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L’islamisme, l’ennemi inconfortable de l’antiterrorisme

L’islamisme, l’ennemi inconfortable de l’antiterrorisme
Julien Auffret

Tous les fondamentaux du terrorisme sont nés à un moment très précis, à savoir en Russie à la fin du XIXe siècle, avec l’organisation anarchiste terroriste Narodnaia Volia, qui a à peu près tout inventé et théorisé. Petit précis historique du terrorisme.


 

Tout d’abord, jusqu’en 1989, le terrorisme est essentiellement un terrorisme d’État : quelqu’un, quelque part, décide que cela doit commencer, s’accentuer ou s’interrompre. En clair, il faut que quelqu’un aide le terrorisme, souvent un État. Après cette date, on assiste à la naissance d’un terrorisme pluriel, puis, à partir de 1995, à celle d’un terrorisme hybride avec la figure de Khaled Kelkal, criminel et opérateur du GIA (Groupe Islamique Armé) en France. Et c’est là qu’apparaît une nouveauté. Habituellement, le terrorisme se veut politique, faisait du racket le financement de sa cause. Pour la première fois, on se trouve face à un nouveau type de terrorisme qui oscille entre criminel de droit commun et terrorisme religieux. Et surtout, nous nous trouvons face à un kaléidoscope de terrorismes qui change complètement la donne concernant la lutte contre celui-ci. 

Il y avait une obsession dans la lutte anti-terroriste dans le dernier tiers du XXe siècle, celle de se focaliser sur un ennemi : l’ennemi rouge d’abord, l’ennemi jaune ensuite. C’est en quelque sorte un ennemi de confort, car les règles sont connues, reconnues et… re-reconnues encore. Et lorsque le terrorisme islamiste s’est imposé comme « la » nouvelle menace, les services antiterroristes se sont retrouvés destructurés, et il a donc fallu se réadapter. Enième écueil, car on a estimé que l’ennemi devait correspondre à ce que l’on voulait et pas à ce qu’il était (car, évidemment, c’est bien trop difficile…). Le seul moyen de répondre à la menace islamiste, c’est de poser le bon diagnostique. Car pendant longtemps, on a voulu se battre contre des gens dont on voulait qu’ils ressemblent à ce que nous aimerions qu’ils soient, à savoir une organisation pyramidale avec un chef et des structures de type militaire, alors que nous sommes face à une nébuleuse hybride en évolution permanente. Et c’est notamment la différence entre Al-Qaïda et l’État islamique.

Pire encore, les terroristes nous disent ce qu’ils vont faire, comment ils vont le faire, qui ils visent et les services n’y croient jamais. La déclaration de guerre de Ben Laden aux États-Unis en 1996 n’est même pas traduite par les Américains. Puis, ils la traduiront mais ne la comprendront pas. Le plus effarant, c’est qu’après chaque attentat, une commission d’enquête s’ouvre qui émet un rapport concluant toujours de la même manière : nous savions tout ou presque tout ; nous n’avons pas compris ce que nous avions ; cela ne se reproduira pas.

En clair ? Non seulement les services antiterroristes sont trop lents, mais l’administration est trop bureaucratique pour la vitesse avec laquelle évolue le terrorisme islamiste, en constante adaptation et évolution. Nous sommes alors face à une conclusion : le déni et la résistance. Nous n’avons pas voulu voir se développer ce terrorisme islamiste, jusqu’au moment où, acculés, on accepte de s’y intéresser mais avec 25 ans de retard. Les terroristes ne s’adapteront pas à nous, c’est donc à nous de nous adapter aux terroristes.

 

Enfin, nous sommes face à la méconnaissance et à l’inculture : beaucoup trop ne sont pas renseignés (ou le sont mal) sur la religion qu’est l’islam, sur les problématiques du Moyen-Orient et nous ne devrions pas l’être. Il y a un immense travail à produire, notamment à l’école, où l’État a totalement déserté son rôle.

Mais l’islam a aussi sa responsabilité dans ces problématiques, car pendant que l’Église chrétienne se réformait, notamment par les cinq grands conciles dans un espace de débat, l’islam n’a pas pu avoir cette réflexion théologique du fait des gouvernants (califes, sultans, émirs…) islamiques du Moyen Âge et de l’époque moderne qui ont tenté d’écraser et de faire taire les débats qui venaient notamment des soufis. Le problème n’est donc pas l’islam, ni les musulmans, mais une certaine manière d’interpréter le Coran. Il faut rappeler à tous les islamophobes que le prophète a notamment signé un pacte avec les Juifs pendant 11 ans, prouvant en son temps que l’islam sait créer la paix et n’est pas celui qui voudrait annihiler juifs et occidentaux.

Les extrémistes se servent de l’extrémisme d’en face pour justifier leur propre existence. On regarde l’islam comme si tous les musulmans étaient non seulement croyants, mais aussi pratiquants. Il se trouve que la réalité de l’islam en France, c’est 4 millions de musulmans, dont 400 000 pratiquants, et dont une partie non négligeable mange du saucisson et boit du bordeaux. La réalité est que nous imaginons l’aile émergée la plus radicale comme représentative du reste, alors qu’elle n’est que résiduelle et marginale.

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Julien Auffret

Elu local. Master d'histoire et professeur stagiaire d'histoire-géographie. Moyen-Orient - religion - islamisme - terrorisme.

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