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L’excellence fait fuir en Corée du Sud

L’excellence fait fuir en Corée du Sud
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Psy et son planétaire “Gangnam Style”, la K-pop, ou encore des marques telles que Samsung, LG, Hyundai et Kia ont fait la renommée internationale de la Corée du Sud. Devenir riche, devenir puissante, devenir la projection qu’elle a rêvée d’elle-même. La Corée du Sud a atteint cet objectif-là. Et après ? Quel est l’envers de ce décor presque (trop) parfait ?


C’est surtout sur son capital humain que la Corée du Sud s’appuie, en développant de façon intensive l’éducation, la formation professionnelle et la valorisation du potentiel humain. Ainsi, les dépenses allouées à la recherche et développement ont augmenté de façon phénoménale, passant de 0,6% du PIB au début des années soixante-dix à 3,5% en 2013 (contre 2,23% en France).

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Un nouveau modèle social

Cette course frénétique vers l’excellence a fait que l’éducation en est devenue une « religion » et les études le gage de la réussite sociale. Chaque année, le 2 Novembre, la Corée du Sud entière est testée. Ce jour-la, plus de 500 000 élèves de terminale prennent part a l’examen de l’Université Nationale, une université très prestigieuse, le « Harvard » sud-coréen, plus communément appelée « Suneung ». Le documentaire « Reach for the SKY » nous fait suivre le parcours de plusieurs jeunes sud-coréens, de leurs familles et de leurs professeurs, pendant leur préparation à cet examen décisif. Celui-ci ne va pas seulement déterminer l’université dans laquelle ils vont entrer, mais également (et surtout) leur statut dans la hiérarchie de la société coréenne. L’enjeu de l’éducation est primordial, et tient presque du sacré… mais les résultats sont bien présents.

 

Un pays au top des classements

 

En effet, pour la 3ème fois consécutive, la Corée du Sud occupe la 1ère place au sein de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) dans le classement qui mesure les aptitudes des élèves de 15 ans en matière de lecture, de mathématiques et de sciences.

Par la suite, même dans la vie professionnelle, le sud-coréen n’échappe pas a la frénésie du travail : en 2013, la moyenne annuelle d’heures travaillées s’élevait à 2163 heures selon l’OCDE (1489 heures pour la France).

 

Le poids du regard des autres

 

Par ailleurs, il semble presque interdit de s’accepter tel que l’on est ni de faire de ses défauts une force : les critères coréens de beauté sont scrupuleusement définis et constamment rappelés : a la sortie du métro, sur les murs de la ville… « Le regard des autres est très important. » Explique une jeune cadre. « Il faut présenter le meilleur de soi-même pour ne pas se faire remarquer, ni se sentir exclue. Ici, on n’existe pas individuellement. On ne se sent protégé qu’à l’intérieur du groupe. »

Tout cela démontre des tendances souvent extrêmes auxquels les Sud-Coréens sont soumis, mais qui sont acceptées comme le prix du miracle coréen. Éducation ultra-sélective, compétition professionnelle permanente, culte de la richesse, de l’apparence, la Corée du Sud mène un contrôle toujours plus dur sur sa population.

Le revers de la médaille

 

En contrepartie, le pays voit sa jeunesse s’envoler. 9 jeunes Coréens sur 10 souhaitent quitter le pays. Et beaucoup franchissent le pas : destination l’Europe, l’Amérique ou l’Australie. Des pays où, selon eux, l’Homme a le droit d’être ce qu’il veut être et ne doit pas suivre des règles strictes et prédéfinies.

Dans la culture coréenne, le strict respect de l’étiquette est le préalable à toute relation sociale. Cette pression s’abat comme un fardeau, et ne permet donc pas aux sud-coréens d’être ce qu’ils ont toujours voulu être : leurs choix sont jugés en permanence. En effet, comme le décrit cette jeune femme (Jang Hye Ji) : « En Corée, tout est formaté, décidé a votre place. Ici [aux États-Unis] on peut choisir ce qu’on peut faire, quand on veut. »

Dans les réunions d’anciens élèves, par exemple, il n’y a souvent que ceux qui ont réussi qui viennent, car on y étale sa situation. Taille de la voiture, quartier d’habitation, habillement, statut social sont montrés ou cachés. La réussite sociale est très importante dans la société sud-coréenne qui, par conséquent, est devenue très matérialiste et où le statut, l’apparence et la capacité financière prévalent.

 

Le culte du travail

 

L’atteinte d’un statut socialement acceptable se réalise donc au travers du travail et du mérite. D’après Lee Hyeon Sung, coréen expatrié aux États-Unis : « Si j’étais resté en Corée, je serais probablement entrain de travailler jour et nuit, 24h/24h dans une grande entreprise. ». Un salarié sud-coréen à temps plein travaille un peu plus de 50 heures par semaine.

Pour ce couple constitué d’un programmeur et d’une institutrice qui veut partir « le plus vite possible », les États-Unis sont décrites comme un nouvel « El Dorado ».

Park Nam Soo : « Si j’ai des enfants, ils seront mal vus dans la société si je n’ai pas une voiture de luxe. C’est parfaitement idiot, on a vraiment pas le choix. En allant aux États-Unis, je ne veux pas faire fortune, je veux juste vivre simplement avec ma famille sans être jugé. »

 

Le business des expatriés

 

Pour satisfaire les demandes croissantes, un nouveau business se crée. Des agences de migrations fleurissent un peu partout dans le pays. Leur métier est simple, il leur faut trouver des employeurs dans les pays d’accueil pour les mettre en relation avec des candidats au départ.
Les candidats peuvent ainsi obtenir un VISA sponsorisé par un employeur.
Ce processus n’est pas si simple, puisqu’il requiert des sacrifices. Des personnes hautement diplômées, doivent abandonner leurs qualifications de départ et se former à des métiers techniques (ouvriers ou agricoles) afin de pouvoir trouver un travail plus rapidement.

Comme l’explique Yoo Ji Min, formateur des futurs soudeurs. « Les métiers techniques ont le vent en poupe. […] Tout le monde en Corée veut faire des études supérieures, mais pas tout le monde peut avoir la même vie au bout. Quand on accepte cette réalité la, on commence à réfléchir différemment. »

authorCe phénomène d’expatriation est aussi décrit dans le livre de Chang Kang-Myoung « Parce que j’aime pas la Corée », dans lequel il donne une vision personnelle des exigences auxquels les jeunes sont soumis : « […] les jeunes, eux, sont découragés, en colère et perdus. Ils ne voient plus la Corée comme une terre d’opportunité. Ils sont confrontés pour la première fois au chômage, à un marché du travail rigide où l’on a, d’un côté, des élites hyper-privilégiées et, de l’autre, des travailleurs irréguliers, mal payés et sans filet de protection sociale. »

Les jeunes n’ont plus droit à l’erreur, contrairement à la génération précédente qui à « reçu des médailles » suite aux révoltes historiques et qui considèrent les jeunes comme  faibles voir fainéants.

Un souffle de changement

 

Il ne faudrait cependant pas condamner la jeunesse sud-coréenne à la passivité puisque certains choisissent de briser les codes instaurés. La « rébellion » est quelque peu timide, mais elle est bien présente. Les jeunes s’attaquent dans un premier temps à un sujet fortement ancré dans la société et qui n’est autre que la beauté. La Corée du Sud y voue un culte et c’est sans scrupule que le réveil s’enclenche : l’apparence tient du personnel, et c’est ainsi que les choses doivent être.

i-D nous permet de découvrir, au travers d’un web-reportage et a l’aide de l’activiste et tattoo-artist Grace Neutral, comment les jeunes en Corée du Sud défient les idéaux de beautés de leur pays. Bien qu’il soit socialement acceptable d’avoir recours a la chirurgie esthétique, synonyme de richesse et de pouvoir, il est illégal et mal-vu d’être tatoué. De l’apparition de studios de tatouages souterrains à l’émancipation et l’affirmation des nouvelles générations, Grace rencontre cette jeunesse qui embrasse des idées alternatives et qui tente de secouer les fondements sociaux de toute une société.

Serait-il temps de revenir a des valeurs plus simplistes ?

 

La volonté de fer de toute une nation à se relever économiquement d’une guerre civile a construit un nouveau modèle social qui a érigé le « pays au matin frais » dans la course des pays les plus industrialisés et où les tendances naissent à flot. Pour un regard extérieur la Corée est synonyme de dynamisme, de jeunesse. Elle est reconnue comme étant à la pointe de la mode, « the place to be » et avant-gardiste. Pourtant, pour les résidents, cette image n’est qu’une façade, un mirage inaccessible.

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Hajar Ouahbi

Nantaise, possédant une soif ardente de découvrir le monde autour d'elle.

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