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Nuit : la notion de milieu gay est-elle dépassée ?

Nuit : la notion de milieu gay est-elle dépassée ?
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Où faire la fête lorsque l’on est jeune (ou pas) et LGBT+ à Paris ? La réponse ne relève pas de l’évidence tant l’offre est diverse. Profitant d’un foisonnement récent de la nuit parisienne : Flash Cocotte, Possession, BLT, House of Moda etc… pour les rendez-vous ponctuels ; Gibus, Tango, Rosa Bonheur etc… pour les implantations permanentes, le festif gay est bel et bien sorti du placard, pour abolir ses propres frontières à la fois spatiales et genrées.


 

Le Marais c’est Has-Been

 

C’est un effet d’abord une logique spatiale qui vole en éclat. Si le Marais avec ses bars, ses commerces et la population le fréquentant fait toujours sans aucun doute office de quartier gay, il n’est plus un choix festif prioritaire pour nombre de jeunes LGBT+ parisiens. Nombre de soirées et de lieux se situent désormais de plus en plus loin du centre. Le meilleur exemple étant sans doute la Flash Cocotte qui se déroule désormais au Cabaret Sauvage, dans le quartier de la Villette, juste à côté du périphérique.

Dans cette même logique on peut également citer le Mastroquet dans le XIIème Arrondissement ou le Rosa Bonheur dans le parc des Buttes Chaumont, la vie gay festive à Paris ne se trouve pas uniquement dans le centre. Le Marais est-il pour autant en déclin ? L’avènement des applications de rencontres fait que les bars et soirées n’ont plus comme fonction première le fait de se rencontrer. L’intérêt est donc à chercher ailleurs, dans un festif plus qualitatif et plus segmenté.

 

La programmation musicale, élément pivot de ce changement

 

Cette segmentation se traduit par des soirées aux ambiances très différentes et à une qualité musicale qui se veut désormais primordiale pour l’organisation de certaines soirées. Si la musique mainstream aura toujours sa place dans la plupart des soirées queers, on observe également des évènements avec des programmations très pointues avec la présence d’artistes phares de sous-genres musicaux.

C’est notamment le cas pour la soirée “Possession” qui accueille la fine fleur de la scène techno mondiale aux côtés de la résidente Parfait. En effet, était-ce envisageable il y a encore quelques années qu’une soirée gay dans un lieu étiqueté gay (le Gibus) puisse proposer une fois par mois un line-up avec des artistes comme Function, Perc, Answer Code Request ou encore Slam ?

À la Possession, la sous-culture techno a donc rejoint la sous-culture queer, par la programmation extrêmement qualitative mais aussi le format : minuit – midi, aidant. Une soirée techno fonctionnant sur la base de plusieurs artistes au cour d’une même soirée. Un format “12h” permet donc nécessairement aux DJ de jouer plus longtemps que dans une soirée de 6h. Un public averti comme l’est désormais le public parisien ne peut qu’apprécier.

 

L’abolition progressive des barrières de genres

 

En effet, une telle soirée n’est pas sans attirer un public hétérosexuel, ne souhaitant qu’une seule chose : faire la fête. C’est donc tout naturellement une barrière de genre qui tombe car chacun vient comme il est et y est accepté. Anne-Claire Gallet aka Dactylo du Club Zero, collectif qui organise la Flash Cocotte et la Possession nous explique : “Les soirées comme la Flash Cocotte s’adresse aux LGBTQI. Les hétéros peuvent être les bienvenus mais il faut qu’ils aient un niveau de culture queer acceptable pour que cela se passe bien. On avait envie de quelque chose de plus mixte même si c’est très difficile à réaliser… On s’est donc dit que la Possession pouvait permettre que l’esprit libertaire d’une soirée gay perdure avec un esprit plus mixte, à travers une programmation très pointue et très solide”.

De son côté, Mathilda Meerschart, organisatrice de la Possession, résume cela de la manière suivante : “nos soirées sont débridés et très qualitatives”, afin de réaliser cette synthèse de mixité. “Ce n’est pas dans tous les clubs où tu peux rouler des pelles à ton mec comme ça. À la Possession, on y arrive malgré tout parce que c’est précisé dès le départ”. Pour Dactylo : “il y a encore un gros travail d’éducation sur le public hétéro à faire, c’est pour cela qu’on a mis un grand drapeau rainbow à l’entrée, pour que tout soit clair. On accorde énormément d’importance à l’accueil du public afin qu’il y ait à l’intérieur un esprit de liberté contrôlée. Devant la porte, on précise aussi que c’est une soirée gay pour voir la réaction des gens et refuser ceux pour qui cela semble poser problème”. Et Mathilda de renchérir : “les hétéros qui insultent les gays à la Possession n’ont absolument rien à y faire”.

 

Un épiphénomène à nuancer

 

Le festif suit donc, dans le fond, le mouvement de la société vers plus d’inclusivité des personnes LGBT+. Sauf qu’il s’agirait là d’une logique inversée, à savoir que le festif queer ouvre ses portes aux hétéros. Néanmoins, il s’agit là d’un exemple, très parisien. Mais qui montre que cela est malgré tout possible. Si la communauté gay elle-même n’échappe pas aux discriminations en son sein, s’ouvrir aux hétéros dans un cadre festif débridé montre une volonté de dé-marginalisation. Et le public, du moins celui qui fréquente la Possession, suit.

Pour ce qui est de l’explosion spatiale du milieu gay, la réalité est également à nuancer. Pour Mathilda : “il y a encore très peu de soirées gays très qualitatives comme à Berlin par exemple où il y a de gros rassemblements. Cela manque encore, par exemple, je n’ai encore jamais vu de teuf LGBT en banlieue alors que des teufs technos, en banlieue, il y en a énormément”. Pour Dactylo malgré tout : “il y a de plus en plus de soirées gays à Paris. Je trouve qu’il y a quand même une certaine diversité” et de conclure : “pour moi l’avenir c’est la mixité”.

Et si la techno sortie désormais de l’ombre, peut aider les LGBT+ dans cette quête de mixité, cela peut être un début. Il n’est plus rare désormais de voir, même à la Flash Cocotte ou dans le Marais des hétérosexuels hommes ou femmes s’amuser sans complexe. La notion de milieu gay n’est donc pas morte, mais elle mute pour s’ouvrir. Et s’il ne s’agit là que de festif, celui-ci peut être moteur d’une mutation plus profonde, vers une acceptation plus importante encore des personnes LGBT+ dans la société.
Credit photo : Flash Cocotte

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Basile Rabouille

Punchliner officiel (Responsable Communication) de Radio Londres. Contributeur occasionnel
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