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À l’approche de l’élection américaine, le Mexique panique

À l’approche de l’élection américaine, le Mexique panique
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« Pauvre Mexique, si loin de Dieu et si près des États-Unis ». Ces mots, prononcés par le dictateur mexicain Porfirio Díaz il y a plus d’un siècle, prennent tout leur sens aujourd’hui. À seulement quelques heures de l’élection présidentielle américaine, le premier partenaire commercial des États-Unis en Amérique latine ne peut pas faire la sourde oreille.


 

Le compte à rebours a commencé. Mardi prochain, la longue et turbulente course à la Maison Blanche arrivera à sa fin. L’immigration – un sujet placé au cœur des campagnes des deux candidats depuis leur tout premier débat – a projeté le Mexique comme protagoniste de ces élections. Pour les Mexicains, les rôles des candidats sont assez clairs. Hillary Clinton, la bonne. Donald Trump, le méchant.

 

Les scénarios possibles 

 

Luis Rubio, président du Centre de Recherche pour le Développement au Mexique, écrit : « Il y a deux scénarios post-électoraux pour nous, tous les deux complexes. » Si le candidat républicain remporte l’élection, dit-il, le Mexique plongera dans une énorme incertitude. « Cette situation sera encore plus grave si l’on considère la personnalité explosive et impulsive de Donald Trump. » Il explique que « le plus grand risque d’une possible victoire du républicain se trouve dans les décisions qu’il pourrait prendre individuellement en qualité de chef d’État, particulièrement par rapport à l’espace de libre échange ».

Quant à une possible victoire de la candidate démocrate, il affirme que « bien que ce scénario soit plus favorable, il implique aussi des risques et des complications. Pendant sa campagne, Clinton n’a pas beaucoup proposé. Contrairement à la campagne de Trump, la sienne a été obscure et plutôt défensive. » Pour le président du think tank, le triomphe de Clinton prendrait la forme d’une troisième période présidentielle pour les démocrates, son projet n’étant pas différent de ce que présente Obama. Et d’ajouter : « le principal des risques avec un gouvernement de Clinton résiderait dans le pouvoir législatif. Clinton pourrait s’entourer de législateurs prêts à imposer des régulations financières et commerciales, avec des conséquences sévères pour le traité de libre échange. »

 

La question du libre échange

 

En effet, bien que l’ALÉNA (Traité de libre échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada entré en vigueur en 1994) soit toujours contesté, son importance est indéniable. Cet espace économique constitue le plus grand accord de libre échange au monde en termes de PIB, et seulement la consolidation du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) ou l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) pourrait le dépasser. Les négociations sur ce dernier, avec lequel « Washington espère contrebalancer l’influence de Pékin », ont mis un sujet très important sur la table. Que pensent les candidats à propos du libre échange ?

Donald Trump en a parlé au premier débat : « L’ALÉNA est l’une des pires choses qui soient jamais arrivés à l’industrie manufacturière. C’est le pire accord commercial jamais signé dans ce pays. » Et il ne cache pas son discours protectionniste envers l’accord transpacifique non plus. Chez Hillary Clintron, ce sujet est compliqué. « Comme beaucoup de démocrates, y compris le président Obama, elle a du mal à trouver une position cohérente concernant le commerce international. » À l’époque où l’ALÉNA entrait en vigueur et tant que première dame, elle soutenait cet accord. Aujourd’hui, elle se dit prête à le renégocier

Le Mexique ne doit pas ignorer les critiques versées sur ce traité de commerce. Celui-ci a déclenché une forte augmentation des exportations du pays latino-américain et dans le sens contraire, une hausse des importations qui a favorisé la baisse des prix de beaucoup de produits. Le résultat ? Une classe moyenne qui s’élargit, un trait caractéristique du paysage social du Mexique contemporain.

Pour les entreprises mexicaines, ce sujet est d’une importance cruciale, explique le New York Times : « Au milieu de l’incertitude de ces élections, plusieurs firmes se trouvent particulièrement hésitantes. » De plus, ce panorama électoral est devenu une source d’angoisse pour les Mexicains, car « quand Monsieur Trump monte dans les sondages, le peso coule à pic ».

 

De l’effet Tequila à l’effet Trump

 

La monnaie mexicaine connaît une longue histoire de dévaluation face au dollar américain. Après l’entrée en vigueur de l’ALÉNA en 1994, un air d’optimisme est palpable au Mexique. L’accroissement massif des investissements étrangers à caractère spéculatif coexiste avec un déficit dans la balance commerciale du pays latino-américain. L’ancrage fixe du peso mexicain au dollar ne correspondant pas à la réalité, la monnaie mexicaine se trouve surévaluée. Mais l’attention des autorités à l’époque ne se dirige pas envers l’économie. Une course présidentielle est en cours et le parti au pouvoir veut éviter prendre des mesures pouvant mettre son hégémonie en question. Une fois à la présidence, Ernesto Zedillo décide de dévaluser le peso de 15%, ce qui provoque une forte fuite des capitaux étrangers. Les banques ayant emprunté en dollars et accordé des prêts en pesos ne peuvent plus se financer.

Bill Clinton – le président américain de l’époque – et le Fonds monétaire international iraient au secours du Mexique, mais les effets de cette crise se feraient sentir dans plusieurs pays sud-américains, provoquant ce qu’on appelle l’effet Tequila. À l’issue de cet épisode, le gouvernement mexicain a renoncé au contrôle de la parité peso-dollar et depuis, la monnaie mexicaine n’a pas cessé de se montrer vulnérable face au billet vert.

 

© dineroenimagen.com

 

Le bilan du président mexicain Enrique Peña Nieto affiche une forte instabilité dans le taux de change. En décembre 2012, lorsqu’il arrive à la présidence, un dollar américain vaut environ treize pesos. Aujourd’hui, la monnaie américaine a déjà dépassé la barrière des vingt pesos, ce qui était inconcevable il y a tout juste un an. Comment expliquer ce phénomène ? Le président mexicain a réagi lors d’une interview à la radio : « Alors que le prix du pétrole continue de baisser et que la Réserve fédérale des États-Unis se trouve hésitante quant aux taux d’intérêt, un facteur qui a également affecté le peso est la position du candidat républicain par rapport au Mexique, qui a provoqué un scénario d’incertitude. »

 

© FiveThirtyEight.com

© FiveThirtyEight.com

 

Selon les experts, il y a vraiment de quoi s’inquiéter dans le cas où Donald Trump remporterait l’élection mardi prochain. Le PIB du pays latino-américain pourrait chuter de 3,4 %, la valeur du dollar pourrait atteindre les 22 pesos en décembre et grimper jusqu’à 25 pesos en 2017. Qu’est-ce que cela signifie pour le Mexique ? Ce brusque changement provoquerait une augmentation des prix de produits achetés en dollars et vendus en pesos, et donc une hausse dans le taux d’inflation annuelle. Aussi, le secteur d’exportations pourrait se bénéficier au début, mais les matières premières vont éventuellement devenir coûteuses pour la production des entreprises. De même, les firmes ayant eu recours à des financements en dollars verraient leurs dettes affectées.

En revanche, Jose Antonio Meade, ministre mexicain des Finances, a affirmé que son pays est préparé pour faire face à une possible victoire du candidat républicain. A-t-il péché par optimisme ?

 

Trop tard pour regretter

 

Il y a quelques semaines, nous parlions ici de la visite de Trump au Mexique, un événement qui a coûté cher au président Peña Nieto, dont la popularité parmi les Mexicains n’avait pas cessé de tomber depuis déjà quelques mois. La semaine dernière, il a déclaré avoir commis une erreur – la plus flagrante de son mandat, selon El País – en invitant l’homme d’affaires et candidat républicain à la Maison Blanche à Mexico. Une semaine après cette visite, Trump était remonté dans les sondages. Début octobre, ses propos obscènes sur les femmes l’ont fait chuter lourdement au sein de l’opinion américaine, mais vendredi dernier, le FBI a repris l’enquête sur les e-mails de Hillary Clinton.

Depuis ce jour-là, l’écart entre les deux candidats à la Maison Blanche se resserre. « Les derniers sondages ne sont guère d’utilité. » Mais en attendant les résultats, le Mexique reste inquiet.

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Pamela Bazan

Correspondante de Radio Londres et étudiante en Sociologie, à Mexico. Mes passions: Le Mexique et les langues étrangères.

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