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« Réparer les vivants », et conter l’itinéraire d’un cœur

« Réparer les vivants », et conter l’itinéraire d’un cœur
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Avec Réparer les vivants, Katell Quillevéré réalise son troisième long-métrage, adaptation du roman éponyme de Maylis de Kerangal. Il y est question du destin de Simon, 17 ans, victime d’un grave accident de la route, et de Claire, cinquantenaire, souffrant d’une maladie cardiaque et dont les jours sont comptés. Il y est surtout question du don d’organe, dont le film est un véritable plaidoyer.


 

Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Alors que le jour n’est pas encore levé, Simon, 17 ans, s’arrache au lit dans lequel sa petite amie est endormie pour rejoindre ses deux amis à la plage, et aller surfer. On apprendra plus tard que c’est son père qui lui a transmis cette passion. A vélo, puis sur sa planche qui fend la mer agitée, les muscles tendus, Simon déborde de vie. Les dix premières minutes du long-métrage de Katell Ouillevéré sont d’une poésie étonnante, sa caméra s’éternise sur les mouvements de l’eau rendue bouillonnante par les vagues, ses images sont belles et vertigineuses, d’un bleu sombre qui semble d’ailleurs teinter toute la pellicule de ce film. C’est cette même mer que l’ami de Simon, les paupières alourdies par la fatigue, aura l’impression d’apercevoir sur l’asphalte de la route infiniment linéaire pendant trajet du retour. Accident. Les trois garçons sont transportés à l’hôpital, Simon est déclaré en état de mort cérébrale. Un jeune médecin (Tahar Rahim) le prend en charge et explique la situation à ses parents effondrés. On retiendra la prestation d’Emmanuelle Seigner, marquante dans ce rôle d’une mère foudroyée par le deuil prématuré. Magistralement dirigée par la réalisatrice, elle apparaît anéantie mais porte aussi une certaine pudeur, et un réel courage dans cette épreuve. Elle et son mari autorisent les médecins à faire don du cœur de leur fils.

Parallèlement, Claire vit, ou plutôt survit avec une maladie dégénérative qui affecte son cœur. Elle sait que ses jours sont comptés. Anne Dorval, qui incarne le rôle d’une mère rongée par une maladie qu’elle essaie de dompter sans espoir de la surmonter, est éblouissante de talent. La réalisatrice s’illustre encore une fois dans l’art du portrait lorsqu’elle dépeint ce personnage, à renfort de gros plans, de dialogues d’une crédibilité désarmante avec ses deux fils, ou d’une scène magnifique où elle assiste à un concert donné par celle qui fut son amante. Ce bel interlude musical sera d’ailleurs la seule rupture avec la composition d’Alexandre Desplat, qui rythme le film comme un battement de cœur et qui donne à certaines scènes une grande puissance émotionnelle.

 

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Copyright Mars Films

 

Si le scénario peut se résumer en quelques lignes, le film de Katell Ouillevéré le sert d’une façon remarquable. Le récit est fluide, les scènes s’enchaînent facilement, les dialogues sont parfaits. Jamais la réalisatrice n’insiste sur le drame de la perte, elle choisit de nous fait suivre le destin du cœur de Simon et de l’espoir qu’il porte plutôt que du sort tragique de celui qu’il animait. Jusqu’à la dernière scène qui lie la vie d’un personnage à la mort de l’autre. Sa caméra s’accroche alors à la transplantation et nous la retranscrit dans les moindres détails, sa réalisation devient alors aussi froide que les blocs opératoires qu’elle s’attèle à filmer. Lors de ces opérations à cœur ouvert, elle laisse de côté l’émotion particulière qu’elle avait réussi à transmettre jusqu’alors uniquement grâce à ses personnages, à leur histoire, leurs sentiments, à sa mise en scène et à la douceur de sa photographie. Le film prend alors des aspects presque documentaires, qui rompent l’atmosphère brumeuse et mélancolique de la première partie et nous empêchent finalement d’être aussi touchés qu’on aurait pu l’être devant la scène finale, qui marque pourtant l’aboutissement et l’apogée de ce récit. Sauf peut-être lors de ce plan rapproché où l’on voit l’infirmier qui murmure dans l’oreille de celui qui s’en va les quelques paroles qui incarnent la dernière volonté de ceux qui l’aimaient. 

Réparer les vivants met en scène deux destins que rien ne lie, et celui d’un organe qui donnera un sens au caractère tragique de l’un en donnant une suite à celui de l’autre. C’est un film vibrant d’espoir, porté par une distribution parfaite et un montage impeccable. Mais si la première partie prend au cœur, l’aspect trop chirurgical de la seconde échoue à transmettre l’émotion attendue. Voir au cinéma un tel sujet porté à l’écran était cependant un pari difficile, et la réalisatrice parvient avec brio à tisser ce lien entre le donneur et la receveuse, personnages auxquels le spectateur s’attache complètement, et à mettre en lumière cet organe vital intact qui lie les morts et les vivants.

 

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Claire Schmid

Responsable Culture. Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

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