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Retour au protectionnisme : pourquoi tant d’engouement ?

Retour au protectionnisme : pourquoi tant d’engouement ?
Philippine de Beaumont

Du Brexit à l’élection de Donald Trump, en passant par les lois pro-magyares d’Orban, la politique est à l’heure du protectionnisme. La remise en place de taxes douanières semble avoir convaincu de nombreux électeurs à travers le monde. Dans une économie ultramondialisée, elles sont pour les politiques un moyen d’apaiser les tensions de ceux qui pensent, à tort ou à raison, que l’économie de leur pays est plombée par le reste du monde. 


 

La douloureuse contrepartie du libre échange

 

L’ALENA, le TFUE, ou plus récemment le TAFTA et le CETA ; autant d’acronymes qui désignent des traités de libre-échange entre divers pays du monde. À l’origine préconisé par l’économiste Adam Smith, le premier traité de libre-échange fut celui du commerce anglo-français de 1786. Ce traité a finalement été un échec pour la France, dont l’industrie était à l’époque nettement moins développée que celle de son voisin d’outre-manche. Dès la première mise en place du libre-échange, on constate donc rapidement les limites d’un système censé bénéficier aux deux signataires : le libre-échange n’est finalement efficace que dans le cas où les deux pays ont le même niveau de développement.

Malgré ce premier échec, l’histoire économique mondiale est marquée par une forte alternance entre politiques de libre-échange et retour au protectionnisme. Ainsi, de 1914 à 1929, année du krach boursier, les échanges mondiaux sont nombreux et les taxes douanières faibles, voire inexistantes. C’est donc tout naturellement qu’au moment de la crise, on accuse le libre-échange d’en être responsable. On tente ensuite de ramener l’ordre économique grâce à un retour au protectionnisme. Retour dont les effets sur la Grande Dépression des années trente ne sont pas si équivoques…

 

Le protectionnisme, un moyen de sortir des crises économiques ?

 

Beaucoup estiment aujourd’hui que la fin du libre-échange pourrait malgré tout être la solution pour redresser leur pays. C’est par exemple le cas de Donald Trump, dont le slogan de campagne « America First » résumait parfaitement ce souhait de retour au protectionnisme. Le libre-échange entraînant une délocalisation de la production et ainsi une déflation salariale aux États-Unis, le nouveau locataire de la Maison Blanche souhaite mettre un terme à ce « vol des emplois ». Et à en croire les résultats de l’élection, les citoyens américains (où le taux de chômage s’élève à 4,9 %) approuvent. Et pour ce qui est des traités, Trump n’est pas prêt non plus à les ratifier, en particulier le TPP, l’accord de partenariat trans-pacifique, qu’il qualifie de « catastrophe ». Il serait même tenté de mettre fin à l’ALENA, un traité signé il y a plus de vingt ans avec le Mexique et le Canada. Mais les Américains ont toujours eu une méfiance particulière pour la concurrence étrangère. Témoignage emblématique de cette méfiance, le « Buy American Act » de 1933, qui oblige le gouvernement américain à acheter des biens produits sur le territoire national. À l’image de l’Allemagne avec ses trains.

Mais mis à part les États-Unis, les protectionnistes se font aussi entendre au sein de l’Union européenne (UE), à commencer par le Royaume Uni. Le 23 juin 2016, le monde entier apprenait les résultats du référendum britannique sur la sortie de l’UE. Les marchés dégringolaient, et les économistes s’affolaient. À l’origine de la sortie de la Grande Bretagne des instances européennes, le parti UKIP, bien décidé à faire entendre ses accusations. D’après eux, les immigrés d’Europe de l’Est tireraient les salaires à la baisse et les loyers à la hausse. L’économie du pays se porterait donc beaucoup mieux en dehors de l’Union européenne.

 

Le protectionnisme, cheval de bataille du FN

 

Mais ce phénomène s’observe aussi en France, avec la montée en puissance du Front national. Les Français, lassés de voir un taux de chômage à la hausse et un pouvoir d’achat à la baisse, se tournent de plus en plus vers Marine Le Pen, dont le programme se veut foncièrement protectionniste. Barrières douanières, sortie de l’Union européenne et retour à une monnaie nationale ; ses propositions ont pour but de redonner à la France et aux entrepreneurs français une place importante dans l’économie du pays. Le 23 novembre 2016, Florian Philippot sortait par ailleurs un communiqué de presse intitulé « Vinci choisit un sous-traitant turc au détriment des façadiers français : nous avons besoin du protectionnisme ». Un moyen de plus pour montrer aux Français qu’on leur arrache leur travail.

Si la France décidait d’élire Marine Le Pen en mai 2017, elle rejoindrait un autre pays de l’Union, qui a lui aussi élu un président issu de la droite radicale, la Hongrie. Entrée dans l’Union européenne en 2004, elle n’a jamais voulu passer à l’euro et ne compte pas le faire avant… 2031. Viktor Orban, membre du FIdesz, est président d’un pays où le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté frôlerait les 5 millions de personnes, soit près de 50 % de la population. Face à une pauvreté extrême, il est inconcevable pour les Hongrois d’accueillir des migrants, qui risqueraient de « prendre leur emplois » et « d’enfoncer » encore un peu plus l’économie du pays. Mais Orban pousse depuis quelques années les entreprises étrangères à quitter le pays, en augmentant leurs impôts et leurs charges. Ainsi, même si elle a pour but de protéger l’emploi des Hongrois, la politique protectionniste d’Orban fait également fuir de potentiels emplois pour ses citoyens….

Les politiques protectionnistes sont privilégiées par les pays traversant des crises, sociales ou économiques. Face à la colère des populations qui ont vu leurs salaires, leur pouvoir d’achat et le taux d’emploi baisser ces dernières années, les femmes et les hommes politiques de ces pays n’hésitent pas à accuser le libre-échange. Malgré les nombreux avertissements des économistes quant aux dangers que représente un retour au protectionnisme, et malgré les nombreux exemples de l’histoire, c’est une génération entière qui, désespérée, veut croire au changement et se précipite aux urnes pour faire entendre sa voix. Voix qu’elle porte naturellement sur les candidats protectionnistes. Mais pour l’heure, aucune politique protectionniste n’a réellement fait ses preuves…

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Philippine de Beaumont

lycéenne de 17 ans, apprécie l'actualité et l'écriture

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Comments

  1. Jonas

    Bonjour, il est dis qu’aucune politique protectionniste n’a fait ses preuves , alors que dans l’histoire économique, le protectionnisme est plutôt la règle, d’ailleurs de quoi parle l’auteur en parlant des « dangers » du protectionnisme ? les grandes crises sont toujours dus à une dérive de la finance, pas au protectionnisme, les vrais libéraux, comme Friederich List, défendent le protectionnisme. C’est le libre échangisme qui n’a aucun fondement puisque les capitalistes auront leur marché tourner vers l’extérieur, ils verront donc leurs ouvriers comme des coûts, ou lieu de les voir comme des consommateurs qu’ils ont intérêts à bien payer, cela aboutit toujours à une contraction de la demande.

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