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Le soir où tout a basculé

Le soir où tout a basculé
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Hier soir, entre le QG de Bruno Le Maire et celui François Fillon, le baromètre de l’ambiance a viré au grand écart. Récit d’une folle soirée.


 

C’est une ambiance étrange qui règne au café La Dauphine. L’ébullition des smartphones des journalistes tranche avec le calme placide, presque anormal, des militants. Ils sont une trentaine, tout au plus, à s’être réunis pour suivre ensemble la soirée électorale, et scruter le score de leur favori, François Fillon. Il est 19h40, et l’ordre du tiercé de tête se diffuse de bouche à oreilles indiscrètes. Fillon-Juppé-Sarkozy. Sans qu’on sache vraiment d’où émane l’information, ni même si elle est réellement sourcée. Dans les rangs fillonistes, on peine à y croire – ou à réaliser, c’est selon. L’heure est à la prudence.

 

Sidération chez les lemairistes

 

Une heure plus tard, QG de campagne de Bruno Le Maire. Les premiers résultats partiels ne sont pas encore tombés que déjà, les militants concèdent leur défaite. C’est un acquis : le renouveau n’aura pas lieu. La mine défaite, les jeunes soutiens du candidat cherchent à se rassurer. « C’était une belle campagne, qu’on a accomplie avec fierté » entend-on. Mais quand les résultats des 2912 premiers bureaux de vote tombent en direct, c’est la sidération dans les rangs lemairistes. Fillon est donné en tête avec 42,8% des suffrages. Leur candidat n’obtient pour l’instant que 3,1%. Devant BFM TV, l’assemblée n’en croit pas ses yeux. « Fillon n’a aucune équipe dans les Alpes-Maritimes et il explose Sarkozy, c’est incroyable » s’étonne un militant. Plus que « la revanche du looser magnifique », c’est le score de l’ancien chef de l’Etat qui fait l’effet d’une bombe. Et apparaît, pour certains, comme le seul motif de satisfaction d’une soirée bien terne : « Le point positif, c’est Sarko out » chuchote, sourire en coin, un jeune soutien lemairiste.

A 21h30, Bruno Le Maire pénètre dans la salle sous des applaudissements émus. Exhortant ses soutiens, il annonce son ralliement personnel à François Fillon pour le second tour. « Je me battrai pour que l’alternance ait lieu en 2017, et je veux plus que jamais être un acteur de ma famille politique ». Nouveaux applaudissements. Un peu plus tard dans la soirée, Nathalie Kosciusko-Morizet fauchera finalement la quatrième place à son concurrent direct. NKM/BLM, le match dans le match, est aussi perdu par l’ancien ministre de l’Agriculture. Pour lui comme pour son équipe, c’est la douche froide.

 

 

« Fillon, président ! »

 

22h30. François Fillon est de retour à son QG, à quelques mètres seulement du café où ses soutiens se sont réunis. A l’intérieur, l’ambiance est à la fête. On célèbre la victoire de l’outsider, celui que personne n’avait vu venir. Une voiture qui passe fait résonner son klaxon. La clameur des militants restés dehors lui répond. Il fait nuit noire mais les flashs et les lampes LED des journalistes éclairent les allées et venues de son équipe. Le député de Paris s’exprime vers 22h40, soulignant un « remarquable succès populaire, une vague », louant son projet « précis et puissant, assumant un langage de vérité ». Dehors, malgré la pluie, des militants tout sourire suivent son discours depuis une télé, installée pour l’occasion. Il pleut de plus en plus fort, mais l’enthousiasme ne faiblit pas. Au milieu de la troupe de journalistes sur le qui-vive, un militant entonne seul une Marseillaise.

Le candidat devrait sortir et se déplacer vers le café où se sont réunis ses militants d’un instant à l’autre. Autour, un dispositif de sécurité se met en place. Vers 23 heures, l’ancien premier ministre se montre enfin. Direction La Dauphine, à une dizaine de mètres. Au son des « Fillon, président ! » qui s’élèvent, le désormais favori du deuxième tour avance, le passage laborieusement dégagé par ses gardes du corps. « Génial ! », « Bravo ! », rugissent certains. La meute de journalistes joue des coudes, les flashs crépitent. Les caméras suivent comme elles le peuvent. Un pied de lampe vacille et manque de tomber à la renverse. Une famille de touristes contemple la scène d’un oeil éberlué, au milieu de la rue. Fillon s’engouffre à l’intérieur de La Dauphine. Rentrent ceux qui le peuvent. De dehors, la scène est surréaliste. La chaleur monte encore. Et sur les vitres de la terrasse, la vapeur se condense en buée. On ne voit plus que des silhouettes floues qui s’agitent et se congratulent. Sur le trottoir, certains sautillent sur place. D’autres exultent, verre à la main. François Fillon vient de remporter le premier tour de la primaire de la droite.

 

 

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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