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« Sully », un miracle cinématographique ?

« Sully », un miracle cinématographique ?
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Après American Sniper, le réalisateur Clint Eastwood signe Sully, un grand film porté par un Tom Hanks magistral. Mais en filigrane, le cinéaste républicain dresse un portrait pas si flatteur d’une Amérique en quête de mythe…


 

Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au « miracle sur l’Hudson » accompli par le commandant « Sully » Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l’opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l’histoire de l’aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.

 

★★★☆ – À ne pas manquer

 

Par une froide journée de janvier, il y a 7 ans, le commandant Sully réussissait l’exploit de faire amerrir un avion de ligne sur l’Hudson suite à la perte des deux réacteurs principaux. Toujours dans sa thématique sur les hommes ordinaires, véritables héros de l’Amérique selon lui, le monument hollywoodien Clint Eastwood s’attèle ici à cette histoire vraie. Après le très discuté (mais immense succès) American Sniper, relatant l’histoire du meilleur tireur d’élite de l’armée américaine, Eastwood filme ici – et toujours – de manière très politique le geste héroïque du commandant. Un film profondément passionnant dans une Amérique désormais trumpienne.

Évacuons immédiatement la forme pour s’attarder plus en profondeur sur le fond et l’aspect politique du film. Sully est une oeuvre à la plastique efficace, qui mixe aisément des effets spéciaux réussis dans les terres follement urbaines de New York. De par son récit non chronologique, Eastwood évite ainsi tous les écueils de narration possible. Le film use d’astuces intelligentes et réussit à tenir en haleine son spectateur pendant toute sa durée, et on se surprendrait presque à conseiller le format IMAX qui se prête totalement au sujet – que ce soit dans les scènes aériennes ou sur les gros plans de Tom Hanks. Une véritable oeuvre cinématographique, qui marque notamment par un mixage son exceptionnel (un Oscar ne serait pas démérité) tandis que le thème musical minimaliste officie avec justesse. Mais dès le titre, on le comprend : Sully est l’histoire d’un homme.

 

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Le film est issu d’une histoire vraie, ayant eu lieu en 2009. © Warner Bros France

 

Un homme (extra)ordinaire

 

Et qui de mieux pour interpréter cet héros ordinaire que l’acteur hollywoodien au physique le plus ordinairement américain ? Après avoir incarné un capitaine d’un navire marchand attaqué par des somaliens devant la caméra fébrile mais virtuose de Greengrass dans Captain Phillips, Tom Hanks se pare donc d’une efficace moustache blanche pour Eastwood. Et c’est là encore un excellent choix de casting par le cinéaste. Car Hanks a désormais tout de celui qui fut son inspiration première, l’unique James Stewart : un physique lambda mais une aura magnétique et un charisme imposant. Les outils parfaits, donc, pour interpréter ce commandant, homme ordinaire devenu extra-ordinaire.

Et ce glissement de l’ordinaire à l’extraordinaire, nous avons eu l’occasion de le ressentir le 20 novembre dernier. Effectivement, nous avons eu l’occasion d’assister, à la suite de la projection du film, à un question/réponse en présence de Tom Hanks, Aaron Eckhart et le véritable (et désormais retraité) Commandant Sully. À travers leurs mots, il est devenu évident qu’Eastwood était un grand cinéaste – chose qui se ressent dans ce film. Sa vision consiste à privilégier l’intention du film – narrer l’histoire vraie d’un homme – au profit des acteurs, qui ne sont que des marionnettes menant au but final. Hanks, dont il s’agit ici de la première collaboration avec Eastwood, semblait pour ainsi dire encore dérangé – et ce des mois après le tournage – de la manière dont le cinéaste traite ses acteurs, “comme des animaux”. Entrecoupée d’une imitation assez burlesque du réalisateur en mode grincheux pour détendre l’atmosphère, la réaction d’un acteur aussi imposant que Tom Hanks – qui serait, aujourd’hui encore, l’acteur hollywoodien le plus bankable de l’histoire – face à la vision que porte Eastwood sur le monde n’étonne finalement pas tant que ça.

 

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Tom Hanks à Paris. ©Simon Robert

 

Filigrane trumpesque

 

Tandis que Trump était au plus bas des sondages, il y a quelques mois, toutes les stars hollywoodiennes se pressaient pour prendre la défense de Hillary Clinton. Mais fidèle à ses idéaux républicains et populistes, Clint Eastwood fut probablement le plus gros soutien cinématographique au milliardaire. Sully – qui, rappelons-le, est sorti aux États-Unis deux mois avant l’élection – se voit donc comme un fer de lance de certaines idées politiques. Loin d’être un mal – au contraire – cette vision du monde et de la société américaine vient totalement contrebalancer la majorité des films américains actuels. On pense notamment à cette vision populiste, de l’homme ordinaire devenant extraordinaire. Ou bien le chauvinisme à outrance, le culte de la personnalité. Mais ce qui frappe le plus, de par son insistance et sa rapidité dans le montage, c’est la vision que porte Eastwood sur les journalistes. On est proche, ici, de la doctrine de Trump “les médias sont tous pourris”. Dans Sully, chaque encart journalistique a un effet négatif ; est pessimiste ; fait rire (volontairement) par sa bêtise. Eastwood critique ici la manière dont une information est reprise, traitée, jugée par la presse. Un gimmick dont il a, finalement, l’habitude mais qui fait écho aux déclarations de Donald Trump. Car si les événements relatés se déroulent en 2009, les mots dépassent leur temporalité.

De même, cette déclaration d’un personnage, venant tout d’un coup ramener le film à une vision salvatrice de l’Amérique – et souhaitant rétablir l’Histoire, la moduler afin d’oublier l’horreur – et de l’acte du commandant Sully. Tandis que celui-ci ne comprend pas pourquoi tout le monde parle autant de son amerrissage, on lui rétorque “À quand remonte la dernière bonne nouvelle en ce qui concerne un avion, à New York ?”. Une référence au 11 septembre 2001 juste effleurée mais efficace, qui replace encore et toujours le film dans un contexte très précis d’une Amérique et de son histoire récente, de 2001 à Donald Trump.

 

Ainsi, en évitant une narration classique, Clint Eastwood réussit encore un coup de maître. Plus qu’un divertissement efficace, Sully impressionne par son message subtil et en filigrane sur sa vision de la société américaine. Hanks en homme ordinaire devenant héros, évitant un crash – comme Donald Trump selon Eastwood ?

 

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