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Pourquoi Waldemar Kita suscite l’ire des supporters nantais

Pourquoi Waldemar Kita suscite l’ire des supporters nantais
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Depuis son rachat du Football Club de Nantes à l’été 2007, Waldemar Kita n’a jamais fait l’unanimité, tant auprès des supporters que des médias. La politique tarifaire, le recrutement énigmatique, l’intronisation contestée de René Girard, le jeu insipide et les résultats en dents de scie ont fait sortir les fans de leurs gonds, samedi 5 novembre, contre Toulouse. Tandis que la très grande majorité d’entre eux a préféré la protestation dans les règles (sifflets, banderoles), plusieurs dizaines ont franchi la ligne jaune en envahissant la tribune présidentielle. Le Franco-Polonais de 63 ans était visé. Si cette violence est indéfendable et condamnable, la lassitude des « vrais » supporters, déjà présente depuis le retour du club dans l’élite, se fait de plus en plus forte. Elle, et seulement elle, peut et doit être entendue. Analyse des raisons. 


 

« Ne trahissez pas notre soutien, arrachez-vous avant qu’il ne soit trop tard ». Une partie de l’épaisse zone d’ombre autour du message brandi par les supporters lors de l’entrée des 22 acteurs sur le billard nantais, samedi 5 novembre, s’est levée plus vite que prévu et pas de la meilleure des manières. 80e minute. Le temps file, inexorablement. Le Toulouse Football Club mène 1-0 depuis le pénalty inscrit par son attaquant Martin Braithwaite. Le survivant de la dernière édition se dirige tout droit vers sa sixième victoire en douze rencontres. En face, les locaux, sans grande inspiration et insuffisamment dangereux, courent après l’égalisation. Une défaite et la dégringolade au classement se poursuivrait. Un nul, au contraire, et la crise, quasi inéluctable, serait repoussée à plus tard. Inespérée, la lumière viendra finalement, dans le temps additionnel, par l’intermédiaire du jeune attaquant polonais Mariusz Stepinski, remplaçant au coup d’envoi. Mais elle sera aussitôt éteinte. Immédiatement éclipsée par les événements déplorables qui ont secoué le Stade de la Beaujoire quelques minutes auparavant…

 

 

Il craint pour sa vie… 

 

Dans les travées de l’antre jaune et verte, la tension est en effet palpable depuis que plusieurs dizaines de casseurs (et non de supporters !) de la Tribune Loire, ont décidé d’envahir la Tribune présidentielle en faisant exploser un pétard. Leur objectif : en découdre avec le président nantais et sa famille. Si l’effet de surprise a été total et la sécurité désordonnée, voire dépassée, la loge de Waldemar Kita a pu être sécurisée à temps.

 

 

Indigné, ce dernier s’est ensuite exprimé devant les journalistes à l’issue de la rencontre : « Vous savez très bien que ça fait dix ans que ça dure et je suis une fois de plus très étonné de voir que personne ne bouge. Je pense qu’on va arriver à un accident grave… Qu’est-ce qu’ils vont faire, me tuer ? J’ai plus peur par rapport à ma famille, c’est tout. Car ils sont déjà venus dans ma maison, chez mes beaux-parents, partout ! Je me demande si à certains moments on a une loi, si on est protégé » (1), a-t-il assené.

 

 

Le lendemain du match, un communiqué du club a également condamné ces agissements. D’abord, choquants pour les familles amassées dans les tribunes, il faut rappeler qu’ils sont, ensuite, aux antipodes du comportement des plus énamourés du FC Nantes. Cette violence qui doit être dénoncée, vilipendée et délégitimée en toute circonstance est d’autant plus regrettable qu’elle risque d’abîmer la formidable réputation du public nantais (l’une des meilleures de France) en mettant dans le même sac la centaine d’individus en question et le reste du public. Si ce dernier est lui irréprochable, il est important de ne pas passer sous silence sa frustration et sa colère, cette fois-ci dans les règles (sifflets, banderoles), qui sont montées d’un cran en ce début de saison.

Les supporters sont en effet sur les nerfs. Ils se sentent trahis et insignifiants aux yeux de la direction. Les chants hostiles, plus inaudibles et minoritaires ces dernières saisons grâce aux résultats corrects de Michel Der Zakarian, ont fleuri de nouveau lors de l’opposition contre Toulouse. Et, Waldemar Kita, pas exempt de tout reproche, y est pour beaucoup. Personnage clivant depuis son rachat du Football Club de Nantes à Serge Dassault à l’été 2007 pour une dizaine de millions d’euros, l’homme d’affaires franco-polonais qui a construit sa fortune avec une société de fabrication de lentilles intraoculaires (Cornéal, vendue en 2006), ne jouit en effet pas d’une bonne réputation. Sa gestion du club est pointée du doigt… 

 

Venir au stade est devenu un luxe 

 

Il fait couler beaucoup d’encre. Alors que le niveau de jeu stagne plus qu’il n’augmente et que le club oscille entre la dixième et la quinzième place depuis son retour dans l’élite en 2013, le prix des places pour les rencontres à domicile progresse, lui, sensiblement. Ce décalage a dû mal à être accepté par le public nantais. Loué pour sa passion et son soutien inextinguible, ce dernier ne s’estime pas reconnu à sa juste valeur. C’est pourquoi le club a enregistré cette saison une baisse importante du nombre d’abonnés. Ils étaient 9 800 fidèles l’an dernier, ils ne sont plus que 8 800 aujourd’hui. Avec un premier prix s’élevant à 190 euros, le FC Nantes possède le quinzième abonnement le moins cher du championnat, juste devant Angers, Dijon, les deux Olympiques et le Paris Saint-Germain.

Conséquence : l’affluence moyenne en pâtit. A l’exception du 16e de finale de Coupe de la Ligue contre Angers qui avait réuni plus de 32 000 supporters (un mardi soir !) grâce à des tarifs très attractifs (entre 5 et 15 euros et gratuit pour les abonnés), le stade est trop souvent clairsemé. 22 409 supporters se déplacent en moyenne à chaque rencontre, alors que la structure pourrait en accueillir plus de 37 000. Le club n’arrive même plus à faire le plein lors des venues des « gros » du championnat ou des ennemis régionaux. Par exemple, la première réception de la saison face à Monaco, troisième de la dernière édition, n’a rassemblé que 26 000 fans, tandis que le derby de l’année contre le Stade Rennais FC n’a pas dépassé les 30 000 supporters. 

 

 

Etonnement, ce taux de remplissage insuffisant n’empêche pas Waldemar Kita de rêver d’un nouveau stade. Il déclarait notamment en octobre 2014 : « A Nantes, on est en retard d’une dizaine d’années… Si vous n’avez pas un équipement au niveau international au top, ça pose un problème. Avec du vieux, on ne fait pas du neuf. J’avais un projet de construction de nouvelle enceinte avec un centre commercial, la mairie voulait améliorer l’existant. Mon projet coûtait 145 millions d’euros. » (propos recueillis par David Phelippeau, journaliste à 20 minutes). Deux ans plus tard, cette idée trotte toujours dans la tête du millionnaire qui aime citer comme modèle Jean-Michel Aulas. Cette politique tarifaire inappropriée creuse donc un peu plus le désamour entre Kita et les supporters. Et, ce ne sont pas les recrues de l’intersaison, qui vont les encourager à se rendre au stade… 

 

Un recrutement énigmatique

 

En effet, dans le domaine du recrutement, Waldemar Kita n’est pas non plus l’exemple à suivre. Dire qu’il n’a jamais vraiment brillé serait un euphémisme. L’homme d’affaires s’est souvent cassé les dents : l’affaire Bangoura qui a débouché sur une interdiction de recrutement pendant un an et une amende de 4,5 millions d’euros « pour avoir incité le joueur à rompre abusivement son contrat pendant une période protégée » (FIFA) en est un exemple. Il a parfois manqué de réussite. Il a souvent été mal conseillé, notamment par ses directeurs sportifs, raison pour laquelle il préfère faire sans aujourd’hui. Surtout, il a à maintes reprises cru avoir la science infuse en imposant ses choix à ses multiples entraîneurs (huit depuis son arrivée). Ce n’est pas faute pourtant d’avoir essayé. L’homme d’affaires n’a pas lésiné. Il a injecté beaucoup d’argent. Selon David Phelippeau, il « aurait ainsi dépensé entre 30 et 35 millions d’euros (selon notre estimation) en achat de joueurs depuis son arrivée ». Pour un résultat quasi nul.

Stefan Babovic ou « le Messi des Balkans », Douglas Ferreira, Michael Gravgaard, Djamel Abdoun, Lubos Kamenar, Ivan Klasnic, Fernando Aristeguieta, Ismaël Bangoura, Itay Shechter ou Kolbeinn Sigthorsson, sont tant d’énigmes du recrutement qui n’ont jamais été résolues. Sous l’ère Kita, le recrutement s’apparente à un grand bêtisier. Au moins deux des cinq recrues du dernier mercato estival, Nicolaj Thomsen et Alexander Kačaniklić, pourraient très prochainement intégrer ce cercle des « flops » si elles n’élèvent pas leur niveau de jeu. Censées être rapides, techniques et capables de faire des différences, elles ne pèsent finalement pas sur le jeu. Elles sont même limitées et pataudes, à tel point qu’elles ne font plus partie des premiers choix de René Girard. L’absence d’un « vrai » buteur parmi les recrues a également laissé circonspect les supporters, quand on sait que le club a respectivement occupé les 19e, 20e et 15e places au classement de la meilleure attaque sur les trois dernières saisons. Pour les fans et les médias, le président a clairement fait fausse route. Le recrutement devait permettre au FC Nantes de passer un cap et de viser un top 10, on éprouve pourtant toutes les difficultés du monde à s’imaginer comment ces promesses pourraient être tenues. Pire, après douze journées seulement… 

 

René Girard, une nomination sous tension 

 

En nommant René Girard au poste d’entraîneur, Waldemar Kita s’est également attiré la foudre d’une partie des supporters nantais. Cette même partie qui n’a pas avalé le départ du très apprécié Michel Der Zakarian (fin de contrat), l’homme des deux remontées dans l’élite française, en froid avec sa direction. Malgré son titre de Champion de France remporté avec Montpellier en 2012, le natif du Gard a été cloué au pilori avant son arrivée. Sa réputation d’entraîneur frileux et défensif qui lui colle à la peau et ses années chez les Girondins de Bordeaux lorsqu’il était footballeur professionnel n’ont pas joué en sa faveur.

 

A tel point que sa nomination a été suivie d’un hashtag #ToutSaufGirard lancé sur Twitter et même d’une pétition « à l’attention de Waldemar Kita » créée « pour l’avenir de notre club de cœur le FC Nantes! ». Elle a recueilli près de 1 200 signatures. Le classement (16e avec 2 points d’avance sur le premier relégable Lille), le piètre jeu proposé et les résultats en dents de scie (trois victoires, trois nuls, six défaites) donnent pour le moment raison aux supporters nantais. C’est maintenant une certitude, l’octuple champion de France va se battre pour rester dans l’élite française. Et, l’ire des supporters contre leur président, n’est pas prête de redescendre… 

L’avenir est donc incertain. Se construira-t-il avec Kita ou sans Kita ? Telle est la question. Le président décrié a laissé plané le doute après la dernière rencontre contre le TFC. « Pourquoi voudriez-vous que je lâche ? Je dois donc laisser tout le personnel, tout ce qu’on a entrepris ? Mais qui va le prendre demain ? Un club, on ne peut pas le lâcher comme ça, c’est une société privée, dans laquelle vous avez des responsabilités et il faut avoir le courage de ne pas laisser tomber, de continuer. Est-ce que je suis en panique ? Est-ce que je tremble ? Pas du tout. Si demain je pars, vous direz que je m’en vais comme un voyou, que je n’ai pas de courage. Je n’y arrive pas dans ce club, j’y arriverai peut-être ailleurs. Je fais d’autres choses dans ma vie et je réussis super bien. Quand je vois le président [Sadran] et l’entraîneur de Toulouse [Dupraz] qui me disent : « Mais tu es fou de rester ici ! ». Mais le temps viendra où on prendra une décision, ça, c’est sûr mais je ne laisserai pas le club dans la merde. » (2). De quoi rassurer les supporters ? Pas si sûr… 

 

Reste qu’après leur déplacement au Parc des Princes (samedi prochain à 17 heures), les Canaris recevront, le 26 novembre prochain, le LOSC, formation également dans la tourmente. Leurs retrouvailles avec le Stade de la Beaujoire seront observées plus qu’à l’accoutumée. Espérons que les supporters nantais, qui ont de vraies raisons d’être remontés contre le président Waldemar Kita, ne dérogent pas à leurs principes. Espérons qu’ils continuent à chanter. Qu’ils continuent à pousser leurs hommes ou à clamer leur mécontentement, mais en adoptant, uniquement, des moyens pacifiques. Tout en gardant, surtout, à l’esprit, que ce n’est que du foot. Car, sans cela, le Football Club de Nantes perdrait son âme. Perdrait son meilleur joueur. Perdrait sa dernière fierté. Car, les casseurs, eux, ne portent pas le même maillot… 

 

(1) (2) Extraits de l’entretien de Waldemar Kita retranscrit par David Phelippeau, journaliste à 20 minutes, après FCN – TFC.

Photo d’illustration : sports.fr

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Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique et à l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais. Mordu du Mölkky, des Canaris et maintenant de Ranieri. #Conceicao2020

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