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A la rencontre de la communauté e-sport au « Meltdown »

A la rencontre de la communauté e-sport au « Meltdown »
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Nous avons passé une soirée dans le premier « bar e-sport » de Paris. Plus qu’un repaire de gamers et d’otakus en tous genres, le Meltdown est devenu une institution incontournable pour une communauté qui sort de l’ombre.


 

Située passage Thiéré dans le 11ème, l’entrée du bar est petite et discrète, avec des escaliers qui descendent vers une cave baignée de lumière verte. On se demande si on va atterrir dans une taverne de gobelins ou dans un Laser Game. On est finalement accueillis par une statue de la créature d’Alien vs Predator dans une salle bourrée d’écrans d’ordinateurs et de bornes d’arcades. Juste à droite, la porte des toilettes ressemble à celle d’un donjon de World of Warcraft. Derrière le bar on sert des pintes de Licorne et des cocktails Bulbizarre et Dracofeu

Le ton est donné : nous sommes bien dans l’antre des « geeks » et « nerds » de tous horizons. Pourtant, c’est ici que la secrétaire d’Etat au Numérique s’est faite remettre un rapport parlementaire très sérieux sur l’e-sport en mars 2016. Car le cliché du geek isolé dans son coin, timide et infréquentable, est en train de prendre l’eau : aujourd’hui les matchs de jeux vidéo sont commentés par des types en costume, certains joueurs pro gagnent des millions et les gamers sont courtisés par les politiques.

 

Pas seulement jouer, mais aussi regarder

 

Nous sommes arrivés ce soir-là en plein tournoi de Hearthstone, jeu de cartes virtuelles qui compte des millions de joueurs dans le monde. Les participants sont installés sur les PC ou jouent depuis leur smartphone (le jeu existe en application mobile). Plus étonnant, de nombreuses personnes sont venues juste pour regarder les matchs : deux commentateurs derrière leur micro donnent d’ailleurs un côté très sérieux à l’événement.

C’est l’un des aspects essentiels du e-sport : les gamers ne jouent plus simplement aux jeux vidéo, ils suivent les compétitions comme on suit n’importe quel autre sport. Il suffit de voir la plateforme de streaming de jeux vidéo Twitch ou la nouvelle rubrique L’Equipe dédiée au sport électronique pour comprendre l’ampleur du phénomène. Et le Meltdown a su se mettre au cœur de cette tendance.

 

Meltdown

 

C’est un peu ce que confie Esypheis (aka Paul dans la vraie vie) : 23 ans, en stage dans un cabinet d’avocats, il vient participer au tournoi Hearthstone comme tous les mercredis soir. « Je ne comprends pas que personne n’ait eu l’idée d’ouvrir ce genre de bar avant. Quand tu vois le nombre de gens qui regardent les matchs sur internet, l’argent en jeu dans les grandes compétitions, tu te rends compte que c’est presque en train de devenir comme le foot ». 

Il s’interrompt, parce qu’apparemment une célébrité vient d’arriver : « Hey Lowelo ! Je regarde tous tes streams mec, trop marrant ! ». Lorsqu’on l’interroge naïvement sur l’intérêt de regarder des streams, il répond : « Ca me permet de m’améliorer, de m’inspirer de styles de jeu différents, de me tenir au jus de l’évolution des decks et des tactiques ».

Ce phénomène qui fait que de plus en plus de gamers passent leur temps libre à regarder d’autres joueurs peut paraître incompréhensible pour les non-initiés. Pourtant, le e-sport pourrait bien arriver jusque sur nos écrans de télévision dans un futur proche : TF1 en diffuse déjà sur son site internet et l’Equipe21 a lancé avec succès l’émission e-football League en 2016.

Pour beaucoup de gamers appartenant à la « génération e-sport », cet essor médiatique est aussi une opportunité pour l’avenir. Julien, 28 ans, a à peine le temps de se griller une clope entre deux matchs qu’il commente en direct pour sa webradio. « On a fait un partenariat avec le Meltdown, c’est des gens super ouverts aux projets, prêts à discuter même avec des toutes petits mecs comme nous. C’est vraiment une équipe aux petits oignons ». Avant, il enchainait les petites antennes type Radio Fidélité, une radio catholique nantaise, avant un passage chez France Bleu et un stage chez BFM TV. Aujourd’hui, il a décidé de monter son projet de « webradio gaming » et y croit dur comme fer : « L’e-sport, c’est là que ça se passe, c’est en plein boom. Et surtout c’est ma génération, c’est là que je me sens bien. »

 

L’e-Sport aimante de nombreuses communautés

 

Même un soir de tournoi de Hearthstone, on voit que le Meltdown ne se réduit pas uniquement au e-Sport. Evidemment, on y rencontre essentiellement des gens liés à cette discipline : les joueurs pro, les streamers, les « casteurs » (les gens des web radios et WebTV qui viennent pour diffuser et commenter les matchs), les organisateurs… Mais on y croise aussi tout un tas de communautés plus ou moins « affinitaires » : métalleux, fans de mangas, cosplayers, beaucoup de kids en tout genre.

Léa, 23 ans, étudiante en fac de chimie, assure ne pas être « gameuse » du tout. « On n’est pas obligé de jouer aux jeux vidéo pour aimer ce bar.  L’ambiance est très conviviale et les gens sont vraiment super sympa. Par contre, les soirées du samedi soir sont assez bizarres, ils font venir un DJ mais pas grand monde ne danse. Sauf l’autre jour quand ils ont lancé une Macarena, c’était vraiment craignos. »

 

Meltdown

 

Lorsqu’on demande à Sophie, l’organisatrice du tournoi, s’il n’y a pas un côté « colonie de vacances » à gérer tout ce petit monde qui se presse autour des écrans et attend son tour pour jouer : « Ça dépend beaucoup des soirs, en fonction du jeu. Par exemple pour Hearthstone, on a une communauté assez mature de gens qui aiment bien réfléchir. Mais les soirs où c’est du League of Legends, on a affaire à des gamins qui ont un peu la grosse tête et qui veulent tout, tout de suite. Le pire, c’est les joueurs de CS : GO (Counter Strike Global Offensive), les gérer relève d’un sport à part entière, ils sont souvent assez nerveux. »

Il faudrait donc plus qu’une soirée pour bien cerner les différentes peuplades qui gravitent autour de l’e-sport. Au gré des tournois, il y a sûrement autant d’ambiances différentes que de soirs de la semaine au Meltdown.

Mais s’il fallait un seul adjectif pour qualifier ce bar, ce serait sans doute « communautaire » : tout le monde se connait, même ceux qui ne se sont jamais adressé la parole. Vous pouvez sympathiser avec n’importe qui autour d’une partie de Mario Kart. C’est un peu le lieu qu’il manquait à toute une génération qui a grandi avec les jeux vidéo, les forums et les dessins animés nippons, mais à qui il a longtemps manqué des lieux de sortie « normaux » pour s’assumer.

Avec l’ascension médiatique à venir du e-sport et la massification de la pratique des jeux vidéo, cette génération sort enfin de l’ombre. Et le Meltdown, ça n’est que le début.

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Numa des Borderies

Journaliste indépendant

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