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Accueil des migrants, a-t-on le choix ?

Accueil des migrants, a-t-on le choix ?
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Lorsqu’on prend de la hauteur, de la distance, lorsqu’on regarde la situation sereinement, de plus haut, de plus loin, lorsqu’on sort de France et qu’on prend du recul, alors on peut voir la situation française concernant l’accueil des réfugiés sous un autre angle. Et on se questionne : l’accueil des migrants est-il un choix ?  


 

Pour y répondre avec réalisme et lucidité, il faut se détacher de la passion. C’est la raison qui nous le demande. Oublions nos préjugés, nos parti-pris, nos analyses antécédentes même, et recommençons à zéro. Immigrationniste, anti-migrant, simple française et français, attardons-nous un peu sur la question. Moi même pour y réfléchir je dois me détacher de mes idéaux et regarder sans aucune influence, la situation. Il est vrai que cet enjeu prend toujours plus d’importance et se lie même aujourd’hui aux questions de sécurité et de terrorisme. Alors un fois pour toutes, mettons-nous d’accord. Car les débats vont de bon train, mais n’est-on pas en train d’oublier l’essentiel ? 

 

La situation actuelle

 

De jour en jour, de tragédie en tragédie, de scandale en polémique, les faits d’hiver sanglants suivent les récits de terreur et l’absence de décisions globales suivies de mesures courageurses, aggravent encore la situation. Au fil des incidents, notre mer Méditerranée confirme son rôle funèbre de cimetière-frontière : le feuillton meurtrier des réfugiés s’ancre pour de bon dans nos vies d’Européens.

Récemment, après le démentellement du camp de Calais suivi de celui de Paris, la municipalité de la capitale française a ouvert un centre humanitaire pour l’accueil des réfugiés. Alors après les élections étasuniennes et des campagnes présidentielles françaises, on en est où de la situation des migrants en Europe ?

 

Migrants ? De qui parle-t-on ?

 

Pour s’entendre sur la réponse, entendons-nous sur la question : de quoi parle-t-on ?
D’après l’ONU, un migrant est un citoyen qui s’est installé dans un autre pays que le sien depuis au moins un an. Par choix, ou par obligation. Un réfugié est quant à lui un citoyen accueilli par un état tiers après avoir fait une demande d’asile.

 

Une situation d’immigration mondiale exceptionelle ?

 

En 2015, ce n’est pas moins de 240 millions de personnes qui migrent tout autour du globe pour des raisons économiques, politiques, ou de survie. Un chiffre qui impresionne. Et il est d’ailleurs vrai que le nombre de migrants ne cesse d’augmenter.
Comme le montre la courbe suivante, les 1,7 millions de réfugiés de 1955, sont onze fois plus nombreux cinquante ans plus tard (19,4 millions en 2005). Un chiffre fulgurant qui continue aujourd’hui d’atteindre des records (52,9 millions en 2010 ; 240 millions en 2015).

Le nombre mondial de réfugiés a explosé au XXIe siècle

Présentée ainsi, la situation est effarante. Effrayante. Mais relativisons. Aujourd’hui encore, le nombre total de migrants ne représente que 3% de la population mondiale. Mieux ! Ce phénomène n’est pas nouveau : si l’on regarde dans l’Histoire, ce chiffre atteignait par exemple 5% à l’aube de la Première Guerre Mondiale. (Pascal Boniface & Hubert Védirine, 2015)

Aujourd’hui cependant, c’est bien sous de nouvelles dimensions que se profilent les flots immenses de migrants, bien souvent dus aux conflits internes ou internationaux. A l’heure actuelle, difficile par exemple de ne pas voir plus qu’une corrélation entre les 14 conflits qui ont éclatés dans le monde au cours de ces 5 dernières années, et les départs d’immigration qui ont lieu dans ces régions.

 

Quelle place pour l’Europe dans l’histoire de l’immigration ?

 

Parlons franc, parlons sans détours ; la situation actuelle est-elle en train de surpeupler notre continent ? Pour l’Europe, l’immigration aujourd’hui de masse est-elle une nouveauté ?

En fait en se penchant sur les chiffres, on découvre que c’est l’inverse : rarement l’Europe a était aussi éloigné des mouvements de population planétaire qu’aujourd’hui.

En Europe, le temps du monopole de l’immigration est loin. Pour retrouver une époque où l’Europe était au centre des déplacements démographiques, il faut remonter deux siècles en arrière. Tout au long du XIXe siècle les Européens furent ainsi 50 millions à fuir l’Europe sclérosée de famines, de maladies et de la pauvreté, pour l’Amérique (Jean-Christophe Victor, 2011).

Le Vieux Continent se trouvait alors en plein coeur de ce que certains appellent aujourd’hui la seconde mondialisation ; après Christophe Colomb et avant la globalisation du XXIe siècle.12% de la population européenne, Irlandais et Allemands en tête, c’est alors une vague d’immigration sans précédente dans l’histoire de l’Humanité qui déferle sur les Etats-Unis, le Canada, l’Argentine ou le Brésil, et qui contribuera à peupler puis construire ces pays sur les bases qu’on leur connaît aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, une Europe envahie ?

 

De nos jours au contraire, les migrations sont peu mondialisées. En 2014, 60% des réfugiés sont ainsi des déplacés intérieurs: ils cherchent d’abord refuge dans leur pays. Par exemple en Syrie, pays champion du nombre de réfugiés, ils seraient ainsi 6,5 millions réfugiés syriens à chercher l’asile… dans leur propre pays. Une caractéristique de l’immigration du XXe siècle qui n’est pas que propre à l’Europe: en 2014, à l’identique, ils sont 5 millions en Colombie.
Pour rester sur les réfugiés du Moyen-Orient, il faut savoir aussi que les migrations en dehors du pays d’origine se font d’abord et avant tout dans les pays limitrophes. D’après l’infographie qui suit, le Liban accueille ainsi près d’1 million de réfugiés, soit 1/5 des réfugiés mondiaux. D’ailleurs, en 2010, moins d’un réfugié sur cinq quittait sa région d’origine (Jean-Christophe Victor, 2011).

Quel pays acceuille les migrants

 

Pourtant si les chiffres sont bien loin d’une supposée invasion, des sentiments de peur et d’insécurité s’imissent en Europe. De fait, si seulement 0,4% des déplacés mondiaux ont traversé les frontières de l’Europe en 2014 (219 000 individus), les réactions des états elles, sont bien là. Entre la Hongrie et la Serbie, à la frontière slovène avec la Croatie, les états construisent des murs et posent des barbelés pour stopper les migrants, l’Autriche et la Slovaquie renforcent les contrôles au frontières…

 

Migrants : une situation, une solution

 

Une première esquisse de la situation actuelle éclaire donc déjà sur le sujet et amène à faire réfléchir : oui mondialement les migrants sont toujours plus nombreux, non l’Europe n’est pas au centre de ces mouvemements de population. La question du choix d’accueil ou non de réfugiés est donc le choix du rôle qu’on souhaite faire jouer à notre continent dans cette crise migratoire qui empire.

 

Accueillir qui ?

 

Relativisons. Nous sommes 750 000 000 à habiter sur le contient. 550 000 000 d’entre nous appartiennent à l’Union Européenne. Avant même de savoir nous sommes prêts d’accueillir des réfugiés voire des migrants, on peut déjà commencer par accepter ceux qui sont au pas de notre notre porte. Ce fameux 0,4% de population mondiale. Qui de toute façon, est déjà là. Car pour l’instant, même cette négligeable proportion de migrants n’est pas accueillie.

En effet, l’opération Triton lancée l’agence Frontex en charge de la surveillance des frontières europénnes ne fait plus que « surveiller » les migrants depuis novembre 2014 alors que jusque là, l’opération italienne Mare Nostrum venait en aide aux bateaux en détresse pour 6 millions d’euros seulement de plus. La vie a un prix.

Ainsi, entre 2000 et 2014, 22 000 personnes sont mortes dans la Méditernannée en tentant d’atteindre l’Europe. En 2014, c’est donc 75% des migrants décédés pendant leur déplacement.

 

Qui sont ces humains ?

 

Derrière ces chiffres pourtant, se cachent des visages, des hommes, des femmes des enfants. Contrairement aux idées reçues, les migrants sont même le plus souvent… des migrantes ! Pourtant, depuis nos pays européens, les clichés vont de bons train : en 2015 et 2016, Robert Ménard, maire FN de Béziers dépeint avec l’affichage municipal les migrants au plus haut du fantasme : sales, pauvres, violents, voleurs… Alors qu’il suffit de les côtoyer pour découvrir l’inverse ! Des villages français comme Peyrelevade ou Campôme ont déjà d’ailleurs vécu l’expérience, et sont prêts à recommencer ! Ils vont jusqu’à dire que « les migrants (leur) manquent ».

Au delà des stéréotypes et des peurs, qu’il faut comprendre sans se laisser dominer par les émotions, on oublie parfois en Europe, qu’à la base, tous ces chiffres sont des humains. Et aussi, ce qu’on oublie parfois, c’est que ces migrants qui partent le plus vite et le plus loin, ce sont les mieux formés, les plus instruits, les plus aisés…

On ommet alors souvent que la première victime de l’immigration, est le pays d’origine, pour lequel ces départs sont des fuites de cerveaux.

 

Migrants : le prix pour partir

 

Oui ceux qui partent sont les plus aisés. Oui. Car il faut rappeller les prix que coûtent aux immigrés leur départ pour des déplacements qui durent parfois plus de deux ans. Et comme pour tout être humain, la vie n’a pas de prix. Mais le marché noir spécule sur leur dos. Depuis l’an 2000, les estimations s’arccordent pour dire que les migrants auraient dépensés 15,7 miliards d’euros rien que pour atteindre l’Europe.
Par exemple, on compte en moyenne 700 à 2 000 euros pour une traversée de Méditerranée, 250 euros pour un appel téléphonique, 170 euros pour un gilet de sauvetage usagé ou encore 20 000 pour atteindre l’Angleterre depuis Calais, en cabine avec le conducteur et en ayant une seconde chance en cas de problème.

 

Quel est le choix à faire ?

 

Si l’immigration n’est surtout pas souhaitable pour le pays de départ puisqu’elle est synonyme d’une perte de capital social, culturel et économique très coûteuse, elle l’est souvent plus pour le pays d’arrivée ne serait-ce que pour des raisons économiques. Mais passons ce critère car il dépend largement de la qualité de l’accueil réservé et ne répond pas à notre question principale.

Imaginez deux territoires séparés par la mer. L’un ravagé, l’autre en paix. Bien sûr, ce second est également soumis à des troubles démocratiques ou sociaux, mais rien de comparable. Supposez que les populations menacées du pays en guerre parviennent à atteindre l’autre rive. Que reste-t-il à faire aux peuple vivant dans une paix relative ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est l’absence, de choix : on accueille les migrants… ou quoi ?

 

Pourquoi ? Que faire ?

 

Avant même de penser à stopper l’immigration, ce qui est nécessaire pour tous, une première mesure d’urgence s’impose. Et il faut agir vite, car ce sont là des cas humanitaires extrêmes : accueillir comme il se doit et sans conditions tous les les migrants qui sont déjà en Europe.

Répondre aux besoins des humains dans l’ugence est donc une priorité, ne serait-ce que parce que c’est ce qu’on aurait aimé qu’on fasse à leur place. Et c’est parce que nous aussi nous avons déjà fui nos pays face à la guerre que nous avons l’obligation de les accueillir. Le 23 octobre 1956, 200.000 Hongrois fuient leur pays face à l’invasion soviétique. 60 ans plus tard le gouvernement hongrois de Viktor Orban continue de bloquer des miliers de réfuigiés à ses frontières, cachant son humanité derrière des murs de barbelés.

Pour autant il ne faut pas glisser dans des politiques immigrationnistes : l’immigration n’est pas souhaitable, mais nous l’assumons comme des humains. C’est pourquoi, comme il faut y mettre un terme, ne serait-ce que pour les populations locales qui ne demandent qu’à vivre dans la paix, il faut simultanément stopper les causes de l’immigration.

 

Une obligation réaliste

 

Voilà donc la seule option lucide. Tout d’abord accepter les migrants sur nos territoires. Sinon quoi ? Les refuser ? et puis après ? Il n’y a pas d’alternative. Les laisser en Méditerrannée ? Les ramener dans les pays en guerre ? Aux mains des terroristes ? Il faudrait être fou ou suicidaire. Et comment ? En avion ? En bateau ? Combien de trajets ? Et qu’est-ce qui garantie là qu’ils resteront dans leur pays ? Pour sauver sa vie et celle de ceux qu’il aime, l’être humain sacrifiera tout ce qu’il a.

Tout en même temps, stoppons la guerre : elle ne profite qu’aux peuples expansionnistes. Nous Françaises et Français, il nous faut le chemin de la stabilité, de la paix, des discussions. Mettons donc fin à la guerre et à l’immigration ainsi déclanchée. Car l’autre profiteur de ces expatriations, c’est celui qui fait des affaires, tantôt sur les enjeux pétroliers du Moyen-Orient, tantôt sur le marché noir migratoire, tantôt sur la main d’oeuvre illégale que les migrants représentent malgré eux une fois arrivés. Là non plus, notre pays ne trouve pas son compte.

 

Et après ? Perspectives…

 

Et qu’en est-il des sans-papiers éparpillés dans le pays ? Comment les retrouver ? Même Trump est sur le point de lâcher l’affaire. Une affaire qui serait finalement bien plus coûteuse encore que la seule solution réaliste qui s’impose encore : les nationaliser car il n’y a pas d’autre choix crédible. Il ne faut pas dire cela en étant un immigrationniste fantasmé. Il faut dire cela en gardant la tête froide et ouvrir les yeux sur l’impasse actuelle de notre pays sur le sujet.

Cela va-t-il conduire à l’afflux massif de migrants du monde entier ? Non car il faut stopper les guerres en même temps, et que beaucoup n’ont même pas la volonté ou les moyens de venir en Europe.

En réalité la réponse anti-migrants de certains face aux réfugiés peut donc bien questionner. Car le choix n’est pas possible.
L’unique solution longue et fastidieuse et réaliste à faire est de les accueillir. Aussi bien que possible car cela risque d’être long. Peut-être même définitif.
Et il faut tout faire pour arrêter la guerre, ne serait-ce que parce que c’est là l’unique façon de leur permettre de rentrer chez eux, une fois leur pays en paix, s’ils le souhaitent.

 

 

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Timéo Darmarin

Rédacteur régulier de 17ans parti traverser l'Europe pour la faire découvrir de très près.
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