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Allociné, Cyprien et le PSG : le web selon Webedia

Allociné, Cyprien et le PSG : le web selon Webedia
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  • On 13 décembre 2016
  • http://radio-londres.fr

Peu de gens en connaissent le nom, pourtant la plupart d’entre nous sommes quotidiennement clients de ses services. La société Webedia, groupe français spécialisé dans l’édition thématique du web, cumule 27 millions de visiteurs uniques mensuels sur l’ensemble de ses plateformes. Aujourd’hui leader incontesté en matière de divertissement en ligne, elle produit, en autres des sites comme AlloCiné, 750g ou encore jeuxvideo.com. Depuis 2013, le groupe opère rachat sur rachat, devenant progressivement un des acteurs les plus influents du marché du numérique en France. Mais dans un milieu jusqu’alors dominé par les indépendants et les petites entreprises, la concentration fait tache, et certains dénoncent aujourd’hui une stratégie dangereuse, voire indésirable.


 

Un groupe aux multiples facettes

 

Sur le site officiel de Webedia, on peut lire en page d’accueil « Notre métier : rassembler, animer et engager des communautés autour de contenus forts ». Cette définition est assez parlante pour comprendre le rôle de l’entreprise sur internet. L’édition thématique du web consiste en la supervision et la production de contenus divers, qu’il s’agisse de divertissement, d’information spécialisée ou encore de vente. Qu’il s’agisse également, puisque l’on est sur internet, de services de presse, de communication en ligne ou de contenus audiovisuels. Webedia édite donc, au même titre qu’un éditeur de livre ou de musique, mais dans une dimension beaucoup plus vaste permise par le média unique qu’est Internet.

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Le groupe Webedia édite plus de 20 marques qui couvriraient plus d’un français sur deux.

Ainsi, le groupe détient plus d’une vingtaine d’enseignes, dans des domaines aussi diversifiés que la cuisine, le cinéma, la mode ou encore la vente en ligne. Mais c’est dans celui du divertissement online qu’il écarte particulièrement la concurrence.  Depuis 2014, Webedia s’impose dans le domaine du gaming. Avec en premier lieu le rachat du site spécialisé Jeuxvideo.com et de la WebTV Millenium, puis plus récemment celui des sociétés Oxent et Bang Bang Management, la holding occupe une place de choix au sein du marché florissant du sport électronique (communément appelé l’eSport). Le Paris Saint-Germain annonçait d’ailleurs début octobre avoir noué un partenariat avec Webedia afin d’étendre sa franchise à l’eSport, devenant ainsi le premier club de sport français à s’engager dans le secteur. Enfin, depuis 2015, le groupe possède la société Mixicon, productrice des vidéastes stars Norman, Cyprien et Squeezie.

 

Une concentration inédite pour le milieu

 

C’est aujourd’hui une évidence : Internet n’est plus le terrain de jeu vierge de toutes considérations économiques ou politiques que l’on connaissait au milieu des années 2000. Les géants que sont Google, Amazone ou encore Facebook y sont omniprésents, et les usagers réguliers du web sont d’ores et déjà familiers des processus de rachats et autres manœuvres diverses opérées par ces grands groupes.

Cependant, ce média est en constante évolution, et de nouvelles manières d’utiliser le web naissent régulièrement de l’activité de petites startups, si ce n’est d’acteurs indépendants. Les grandes entreprises, si elles ne naissent pas directement de la prospérité de ces nouveaux secteurs, tardent bien souvent à en saisir le potentiel. Ce fut longtemps le cas du divertissement online, particulièrement audiovisuel. Les vidéastes qui dès 2007-2008 postaient leurs vidéos sur Dailymotion puis sur YouTube, ont dû attendre l’arrivée des régies publicitaires spécialisées pour ce genre de plateformes pour pouvoir vivre de leurs créations. Certains, comme Cyprien, ont même été engagés pour animer des émissions télévisées, seule évolution de carrière envisageable à l’époque.

L’univers gaming a, quant à lui, véritablement pris son essor lorsque le streaming, la diffusion de contenu en direct, est devenu réalisable et accessible pour tous courant 2010. Quelques streamers indépendants ont alors pris l’habitude de diffuser leurs parties, ou de commenter celles des meilleurs joueurs mondiaux. Développant leurs techniques et améliorant leurs concepts, de véritables émissions ont vu le jour. Les premières entreprises à engager ces jeunes talents formèrent les premières  WebTV. Parmi elles, O’Gaming, Eclypsia et… Millenium, dont le détenteur Gameo Consulting fut racheté par Webedia en novembre 2014, pour la modique somme de 13 millions d’euros.

Ce storytelling vous permettra sans doute de cerner le contexte dans lequel intervient notre problématique. La stratégie de Webedia pose le problème de l’apparition d’un monopole sur un marché qui, jusqu’alors, était plutôt le théâtre d’une concurrence farouche entre des dizaines de petits acteurs. Des acteurs qui, menant leurs barques au gré des innovations des uns et des autres, se trouvent aujourd’hui confrontés aux manœuvres financières d’un groupe qui les dépasse largement autant sur le plan des moyens que sur celui des ambitions. A titre d’exemple, en 2015, l’offre gaming de Webedia (quatre sites au total) totalisait 8,453 millions de visiteurs uniques par mois, tandis que l’un de ses premiers concurrents en matière d’actualité vidéoludique, le site gameblog.fr, dépassait timidement les 2 millions de visiteurs uniques par mois en septembre 2014.

 

Une stratégie qui inquiète

 

Dès lors, certains acteurs du milieu s’inquiètent de la tournure du marché, notamment du devenir des plus petits d’entre eux à l’heure de la concentration quasi-monopolistique.

La dernière opération financière de Webedia, le rachat de Bang Bang Management et d’Oxent  début octobre, a vu ces inquiétudes se cristalliser sur les réseaux sociaux. Les réactions, vives, de certains noms du gaming français comme de leurs communautés ne se sont pas faîtes attendre.

 

Par ailleurs, la critique adressée à la stratégie de Webedia va plus loin. Si l’entreprise accroît son offre et multiplie les filiales, beaucoup dénoncent une stratégie commerciale outrancière, menant à la dérive les branches jugées les moins rentables. C’est notamment le cas de Millenium, pourtant fort prometteuse au moment de son rachat. Le dynamisme de la WebTV, pionnière du marché, est aujourd’hui fort ébranlé. Sur jeuxvideo.com, les plus fidèles du forum s’accordent à dire qu’il y a eu un « avant » et un « après » Webedia. La quantité vendeuse, le « clicbait » (« attirer les clics » à l’aide de titres racoleurs, sans pour autant travailler le fond) primant sur le travail plus lent, mais consciencieux des passionnés, de nombreux visiteurs réguliers du site regrettent ce changement. Le site a d’ailleurs connu une large baisse de sa fréquentation à cette période.

La qualité des services proposés ainsi que les méthodes employées par Webedia ne font donc certainement pas l’unanimité. Cela dit, tous ne sont pas aussi pessimistes quant à l’impact direct du groupe sur le marché. C’est ce que nous a confié Guillaume Reynaud, alias Kenny, streamer et employé chez Eclypsia.tv que nous avons questionné à ce sujet :

« La formation d’un monopole Webedia nous offre à nous, Eclypsia, une position avantageuse  vis à vis du marché. On a tendance à davantage tirer sur les plus gros. De fait, notre image sera moins entachée par l’ampleur du portefeuille de nos investisseur puisque Webedia en a un plus gros. »

De son côté, Kenny préfère envisager ce concurrent féroce comme un défi stimulant.

 « De plus ça nous donne une réelle concurrence, avant cela, nos concurrents se limitaient à la [Millenium TV]  qui était à l’abandon. »

Le streamer semble plus partagé lorsqu’il est question de la position des indépendants dans le marché. Il se veut d’abord rassurant :

« Les indépendants sont la plaque tournante du streaming, ils captent plus de 70% de l’audience à eux seuls et sont générateurs de profits pour nombre de marques. Nous travaillons tous en concurrence entre structures, mais aussi entre animateurs, joueurs, indépendants en nous-mêmes. »

Il nuance cependant :

« Le problème c’est qu’une structure comme Webedia privatise des sources de revenus. En faisant d’ores et déjà signer des sortes de contrat d’exclusivité, elle ferme des portes à beaucoup de protagonistes et notamment à nous. »

Si cette position est plus marginale, force est de constater qu’elle n’a rien d’insensé. En effet, les outsiders comme Eclypsia -et bien d’autres- ont beaucoup à gagner en prenant le rôle de David faisant front au Goliath tout désigné qu’est Webedia. Et ce ne sont pas les nombreuses réactions de soutien en faveur des « petits » ayant fleuris peu après l’annonce des dernières actualités du groupe qui prouveront le contraire.

Seulement ce rôle n’est un avantage que s’il reste une scène pour le jouer. Si l’installation d’un monopole absolu est plus qu’improbable, reste qu’un leadership trop important pourrait peser suffisamment lourd sur la concurrence pour sérieusement nuire à sa capacité à innover, et donc, à tirer le marché vers le haut.

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Etudiant en deuxième année de sciences politiques à l'université de Lille 2 et en préparation aux concours de journalisme à l'AESJ de Lille. Passionné de l'Internet, de politique et d'économie. Parfois musicien.
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Comments

  1. Servals Rugby

    Article bien écrit, bien structuré et instructif 😀

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