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Après le démantèlement de la « jungle », que pensent les Calaisiens ?

Après le démantèlement de la « jungle », que pensent les Calaisiens ?
Camille Baron

Promesse de François Hollande réclamée par de nombreux Calaisiens, la « Jungle » de Calais a été démantelée à partir du lundi 24 octobre. Plus de 800 journalistes étaient présents pour montrer au monde les images de réfugiés prenant des bus en direction de toute la France et des bulldozers démolissant leurs désormais anciennes habitations de fortune du camp de la Lande. Aujourd’hui, il n’y a officiellement plus aucun migrant à Calais mais pour les habitants, tout n’est pas terminé.


 

Jean-Pierre*, résident du quartier des Dunes, situé juste derrière la zone industrielle qui bordait le camp, assure n’avoir jamais été « embêté » par les migrants. Au contraire, il les aidait souvent à porter leurs courses de l’arrêt de bus en face de sa maison, le plus près du camp, jusqu’à la « Jungle ». Marie* vit dans la même rue et se souvient : « parfois on les croisait, ils nous disaient bonjour et on répondait, on est humains quand même ». Pour eux et pour beaucoup d’autres, l’annonce du démantèlement était une bonne nouvelle.

Depuis plusieurs mois, la colère montait chez certains Calaisiens. Le 5 septembre dernier, des agriculteurs, chauffeurs de poids lourd et commerçants manifestaient pour « dire stop à l’insécurité à Calais » et dénoncer des vols et dégradations de champs par des migrants. Exaspérés pour la plupart, ils réclamaient un démantèlement rapide du camp.

Tous n’étaient pas aussi radicaux, et pour de nombreux autres riverains comme Jean-Pierre, la destruction de la « Jungle » était aussi nécessaire pour offrir à ses habitants une vie plus décente.

Malgré l’apparente bonne nouvelle de la fin de la « Jungle », les habitants ne sont pas dupes. « Je suis sûre qu’ils reviendront » nous dit Julie*, boulangère du centre-ville. Comme elle, beaucoup sont persuadés que des migrants continueront à arriver à Calais pour rejoindre l’Angleterre. En effet, c’est ici qu’est situé le tunnel sous la Manche, qui relie la France au Royaume-Uni. Nombreux sont les habitants du camp à avoir tenté de passer dans ce tunnel ou de monter dans les trains et camions en route pour l’autre rive. Même si la Grande Bretagne est loin d’être un eldorado, plus d’asiles y sont accordés qu’en France, le taux de chômage y est inférieur et le travail au noir important, facilité par l’absence de carte d’identité. Certains ont également une partie de leur famille là-bas et l’anglais reste souvent la langue étrangère qu’ils maîtrisent le mieux.

Ce possible retour de migrants renforce le problème majeur de certains Calaisiens aujourd’hui : l’image de leur ville qui fait fuir les touristes. « Dans les médias, on dirait presque que Calais est une zone de guerre. Quand certains viennent tout de même, ils nous disent qu’en fait, ce n’est pas si terrible » témoigne Julie. Même constat pour Alain*, propriétaire d’un restaurant qui ne voit plus aucun touriste depuis août 2015. Selon lui, « rien ne changera immédiatement, il faudra du temps pour redorer l’image de la ville ». Jean-Pierre se pose aussi la question : « quand reviendront-ils ? »

Effectivement, les professionnels du tourisme ont constaté une baisse des réservations depuis cet été, dont l’une des causes peut être une communication négative autour de la ville en lien avec la « Jungle ». Une mauvaise nouvelle pour Calais, où le taux de chômage est important : 12% dans la région contre 9,6% en France au second trimestre de 2016. Là-dessus, Alain est catégorique : « Il faut relancer l’économie, trouver du travail et amener du tourisme, pas seulement d’Angleterre. Le gouvernement doit faire quelque chose de massif, on a besoin de lui. Aujourd’hui, on se sent abandonnés. »

 

*Les prénoms ont été modifiés

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Camille Baron

Étudiante en troisième année de l'académie ESJ Lille.

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