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Ces référendums qui les ont perdus

Ces référendums qui les ont perdus
Camille Baron

Symbole et arme de la démocratie directe entre les citoyens et leurs dirigeants, le référendum est -plus ou moins- utilisé par les gouvernements pour consulter l’avis du peuple. Mais cet outil démocratique est souvent biaisé par une personnification du débat, avec un désormais traditionnel « Si je perds, je démissionne » du porteur du projet, pas forcément une bonne idée.


 

Lundi, peu après minuit, les italiens avaient les yeux rivés sur l’allocution télévisée de leur Président du Conseil. Matteo Renzi donnait sa démission suite à la défaite de « son » référendum. La consultation du peuple sur une réforme constitutionnelle pour diminuer les pouvoirs du Sénat, accélérer l’adoption des lois et mettre fin à l’instabilité gouvernementale du pays s’est soldée par un large « non » -presque 60% des votants. Mais cette réforme serait peut-être passée si le chef du gouvernement ne l’avait pas liée à son destin. Renzi, en promettant de quitter sa fonction en cas de défaite, a fait pencher la balance en sa défaveur. Sa popularité et celle de la gauche étant plus en baisse que ce qu’il imaginait, une bonne partie du peuple a voté « non » juste pour le voir partir. Un résultat qui profite à celui qui prône justement un changement : Beppe Grillo. Son Mouvement 5 Étoiles, une formation anti-système créée par cet ancien humoriste qui réclamait un changement radical de gouvernement et souhaitait, évidemment, la démission de Renzi est ressorti consolidé de ce résultat.

Un phénomène qui n’est pas sans rappeler d’autres cas de figures en Europe au cours des dernières années. Le Brexit, par son résultat, a été l’un des plus spectaculaires et surprenants référendums récents. Le 23 juin dernier, 51,9% des votants se prononçaient pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Le Premier Ministre David Cameron, partisan du « non », avait lui aussi promis de partir en cas de défaite et a donc dû annoncer sa démission le lendemain. Quelques mois plus tard, en septembre, il abandonne également son poste de député à la surprise générale, estimant qu’« il n’est pas vraiment possible d’être un député efficace lorsqu’on a été Premier ministre ». Un résultat ainsi responsable de la complète éviction de Cameron du paysage politique britannique. En s’engageant à consulter le peuple sur cette question, lui qui n’était pas si impopulaire comparé à d’autres dirigeants européens a signé son propre renvoi.

Mais que pouvait-il faire d’autre ? Entre les pressions des députés euro-sceptiques, du parti europhobe Ukip et de sa volonté de se faire réélire en 2013, faire de ce référendum une promesse de campagne était un pari risqué mais presque un choix unique. Et un choix perdant. Les Britanniques, par les urnes, ont fait entendre leur mécontentement et leur vœu de changement face au gouvernement en place.

 

Pourquoi lier son destin à celui des urnes ?

 

La question se pose légitimement : pourquoi conditionner sa démission au résultat d’un référendum ? En personnifiant le combat, on peut en accentuer l’importance, la nécessité ou même respecter une promesse de campagne. Après une défaite, il y a aussi la légitimité de rester au pouvoir qui entre en jeu : quand le peuple désavoue son dirigeant, a-t-il encore sa place, est-il encore apte à le représenter ? C’est plus ou moins ce que l’on entend dans chaque discours d’adieu : le pays a besoin d’un nouveau leader, lui a fait tout ce qui était en son pouvoir mais un changement est apparemment nécessaire.

Bien que faire d’un combat « son » combat est tentant, cela reste risqué et les démissions successives le prouve. Et bien que la défaite ne conduise pas forcément au départ du porteur du projet, cela peut être un dur retour à la réalité de se rendre compte que le peuple ne le soutient pas autant que prévu. En Hongrie, même si lors du référendum sur la politique d’accueil des migrants demandée par l’Union Européenne, le « non » soutenu par le Premier ministre Viktor Orban a été plébiscité à 98,3%, ce n’est pas une victoire pour autant. Avec moins de 40% de participation, il a été impossible de valider le résultat d’octobre dernier. Un symbole de défiance et de méfiance du peuple à l’égard du gouvernement et de son chef qui illustre sa baisse de popularité croissante, même s’il a refusé de reconnaître son échec. En dépensant près de 49 millions d’euros en frais de campagne pour ce référendum, Orban a lui aussi été l’acteur de cette déconvenue. Pour les prochaines élections, cela montre aux autres partis qu’il est possible de le battre car il n’a plus soutien du peuple.

Ce danger de personnification du débat, certains l’ont bien compris et ne préfèrent pas prendre de risque inutile. Le 7 juin 2015 au Luxembourg, le peuple était appelé à s’exprimer sur trois questions : le droit de vote des étrangers, le droit de vote à partir de seize ans et la limitation du mandat ministériel à dix ans. Porté par le Premier ministre Xavier Bettel, celui-ci a bien précisé que ce référendum n’était pas « un vote pour ou contre [lui] » et qu’il ne démissionnerait donc pas en cas d’échec. Bien lui en a pris, puisque le « non » a été massif pour les trois questions -respectivement 80,87%, 78,02% et 69,93%. Réaction attendue, l’opposition a tout de même demandé sa démission.

 

Lier son destin à celui d’un référendum, est-ce une bonne stratégie ? On ne peut répondre catégoriquement à cette question puisque d’autres facteurs entrent en jeu. Le projet serait-il moins puissant s’il n’était pas défendu par un dirigeant au péril de son poste ? Le résultat changerait-il vraiment ? Ces questions se posent légitimement. En attendant d’avoir les réponses, l’Italie devra trouver un nouveau Président du Conseil et se reconstruire politiquement après ce coup d’éclat.

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Camille Baron

Étudiante en troisième année de l'académie ESJ Lille.

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