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En Espagne, la xénophobie absente de l’échiquier politique

En Espagne, la xénophobie absente de l’échiquier politique
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On connaît le FN en France, l’UKIP au Royaume-Uni, le Mouvement 5 étoiles en Italie, le FPÖ en Autriche, et tant d’autres, mais qu’en est-il de l’Espagne ? Le pays ibérique est l’un des rares en Europe à ne pas connaitre une vague de xénophobie se traduisant par la montée de partis anti-immigration. L’Espagne serait-elle plus tolérante que ses voisins ?


 

L’Espagne n’est évidemment pas exempte de xénophobie. Les 4000 cas d’agressions à caractère raciste recensés chaque année par le Mouvement contre l’Intolérance le démontrent très bien. Ce chiffre est en réalité bien plus important puisque la majorité des agressions ne sont pas signalées. Pourtant, les partis xénophobes peinent à surfer sur cette vague de mécontentement et de peur, cette même vague qui parvient ailleurs à les mener aux portes du pouvoir. Des facteurs d’ordre historique, politique et social permettent d’expliquer ce constat paradoxal.

 

Un pays à forte tradition migratoire

 

En dix ans, l’Espagne a vu sa population immigrée augmenter de plus de cinq millions. Ce chiffre est conséquent puisqu’il représente plus de 10 % de la population actuelle du pays. Cet important afflux de migrants n’a pas pour autant permis aux partis xénophobes de trouver des voix.

L’empathie parait être l’un des facteurs principaux de ce constat paradoxal. Ne serait-ce que dans l’histoire récente, l’Espagne a connu beaucoup de migrations. Pendant la guerre civile espagnole (de 1936 à 1939), puis pendant le franquisme (jusqu’en 1975), de nombreux Espagnols, républicains pour la plupart, se sont exilés pour trouver refuge en Europe et en Amérique du Sud. Beaucoup d’entre eux ont effectués le chemin inverse à la fin du régime.

L’Espagne a connu une immigration massive à partir des années 1990. Des travailleurs sont arrivés par centaines de milliers pendant le boom économique qui nécessitait de la main d’œuvre dans le secteur de la construction notamment. Souvent des latino-américains, ils partageaient la même culture et la même religion que le peuple espagnol, ce qui a facilité leur intégration.

Depuis la crise économique de 2008 qui a particulièrement touché le pays, beaucoup d’Espagnols ont émigré vers l’Allemagne pour travailler. Le marché de l’emploi étant meilleur ailleurs : pour réussir, il faut absolument partir. L’Espagne connaît une « fuite des cerveaux » : les jeunes diplômés partent pour fuir le chômage qui touche 43% des moins de 25 ans.

Il y a bien des partis xénophobes comme España 2000, mais leur voix ne porte pas. Le discours xénophobe ne peut attiser la peur, surtout quand des milliers d’immigrés retournent dans leur pays, n’ayant pas trouvé d’emploi en Espagne. 

 

Un système politique peu propice à l’émergence de nouveaux partis

 

Après la dictature franquiste, toutes les tendances conservatrices du pays ont été réunies dans l’Alliance populaire, aujourd’hui Parti Populaire, à condition qu’elles admettent la démocratie, ce qui a pu servir de catalyseur au discours xénophobe.

Historiquement, le PSOE (Parti socialiste, gauche) et le PP (Parti populaire, droite) monopolisaient le terrain politique. Depuis peu, le bipartisme prend l’eau en Espagne, en partie à cause de la colère des électeurs face à une corruption répandue tant à gauche qu’à droite et à la crise qui a suscité un désir de changement, comme dans de nombreux pays.

Il y avait déjà peu de place pour les petits partis en Espagne, alors l’arrivée de Podemos (gauche) et de Ciudadanos (centre-droit) a enterré toutes les chances d’un parti anti-immigration de se faire entendre. En effet, le système espagnol favorise souvent les partis les plus importants au détriment des jeunes formations politiques. Les deux petits poucets ont donc accaparé les voix des déçus des partis historiques. Dans les autres pays, ces mêmes déçus se tournent vers les partis d’extrême droite pour exprimer leur contestation.

 

Le choix du multiculturalisme

 

L’Espagne semble avoir fait un choix différent de celui de la France et du Royaume-Uni, qui ont respectivement opté pour l’assimilation et l’intégration. Des politiques de multiculturalisme sont menées dès les années 1990 pour prendre en compte la diversité culturelle et religieuse tout en respectant le principe d’égalité des individus afin de maintenir une unité nationale. Cependant, le sentiment national n’est pas plus fort qu’ailleurs.

Ce pluralisme se vérifie dans le constat d’un vivre-ensemble plutôt qu’un repli des groupes sur eux-mêmes. En témoigne par exemple le nombre élevé de mariages mixtes (entre conjoints de nationalité différente) célébrés chaque année : selon l’INE (Institut national de la statistique), en 2016, le mariage mixte représente plus d’un mariage sur sept.

 

Si l’Espagne ne connaît pas d’émergence de partis anti-immigration, il ne faut pas pour autant attribuer à ce pays une tolérance exemplaire. L’Espagne connaît de très fortes fractures internes et des conflits qui durent. Les dissensions de certains communautés autonomes (les régions espagnoles) comme le Pays Basque ou la Catalogne avec la Couronne espagnole s’affichent souvent avec véhémence et l’étranger est parfois désigné comme celui qui habite dans la région voisine. Comme quoi, aucun pays n’est réellement épargné par le repli identitaire.

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Hippolyte Radisson

Étudiant en khâgne, passionné de sport et de photo. Parce que l'actualité se doit d'être claire, je m'emploie à essayer de la décrypter.

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  1. egunonetxea

    C’est malheureusement beaucoup plus subtil. Dans les Régions même si certains ne s’affichent pas ouvertement xénophobes, les « préférences locales » ne sont jamais loin

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