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Inde – Pakistan : un conflit qui s’exporte jusqu’aux salles de cinéma

Inde – Pakistan : un conflit qui s’exporte jusqu’aux salles de cinéma
Guillaume Guilbert

Si les relations entre l’Inde, à majorité hindou, et le Pakistan, à majorité musulmane, n’ont jamais été au beau fixe, ces derniers mois ont été particulièrement éprouvants, la bataille se poursuivant sur un terrain pour le moins inattendu : les salles de cinéma.


 

La Guilde des producteurs de cinéma et de télévision d’Inde a cédé aux exigences d’extrémistes hindous. Un parti nationaliste hindou avait en effet, en réponse à l’interdiction des films indiens au Pakistan, menacé de s’en prendre aux cinémas qui diffuseraient des films dont l’un des acteurs était pakistanais. Si la menace était globale, un réalisateur était tout particulièrement visé : Karan Johar, pour son film Ae dil hai mushkil, à cause de la figuration du Pakistanais Fawad Khan, pourtant populaire en Inde.

Mukesh Bahtt, le président de la guilde, a ainsi déclaré à la presse : « Dans l’intérêt général, compte tenu du sentiment des habitants et des soldats du pays tout entier, nous ne travaillerons plus à l’avenir avec des acteurs pakistanais ». Raj Thackeray, leader du parti nationaliste hindou, satisfait de la tournure des choses, a appelé au calme et a suspendu tout type d’appel à la violence envers les cinémas diffusant le film. Il est fort probable que l’Occident jette un regard perplexe sur la situation, celle-ci pouvant paraître irréaliste au premier abord. Et pourtant…

 

Des échanges diplomatiques complexes

 

Narinder Nanu / AFP - Tirée de Le Monde

© Narinder Nanu / AFP

New Delhi et Islamabad entretiennent depuis l’indépendance du Pakistan des relations tendues, les échanges armés n’étant pas rares, notamment dans la région du Cachemire, que se disputent quotidiennement Indiens, Pakistanais et Chinois. Ainsi, en septembre dernier, avait eu lieu une attaque meurtrière – 18 morts – au sein de la base militaire indienne d’Uri, orchestré selon les officiels indiens par des extrémistes pakistanais. Après les protestations diplomatiques courantes, l’Inde a annoncé avoir procédé à des frappes « chirurgicales » au Pakistan la nuit du 28 au 29 septembre.

L’armée pakistanaise a déclaré avoir perdu 2 soldats dans les frappes, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif dénonçant « l’agression évidente et non provoquée des forces indiennes ». Dans la foulée, le ministre de la Défense pakistanais n’a pas hésité à jouer sa meilleure carte, déclarant qu’il pourrait « user de son arme nucléaire ». Les diplomates indiens ont alors tenté de calmer le jeu. Pour rappel, déjà 3 guerres indo-pakistanaises ont d’ores et déjà ébranlé les zones frontalières de la péninsule indienne, entre 1947 et 1971. Si aucune grande guerre majeure n’est à déclarer depuis, les tensions et les agressions n’en restent pas moins fréquentes, créant l’insécurité dans la région. Les spécialistes estiment qu’il y aurait 40 000 à 100 000 morts dans la région frontalière depuis le début du conflit.

 

Une histoire de « soft power »

 

Souvent vulgarisé comme la « politique d’influence », il s’agit pour un pays d’en influencer d’autres à travers son idéologie, sa puissance supposée ou encore sa culture. Faire pénétrer une société et sa culture dans l’imaginaire des autres, c’est déjà exercer une forme de pouvoir sur eux.

Le sport, par exemple, permet de refléter en partie la puissance d’un pays : la plupart des grandes nations sportives sont de grandes puissances. Ainsi, les rencontres de cricket, sport le plus répandu en Inde et au Pakistan, sont suivi avec d’autant plus d’intérêt lorsque les deux pays se rencontrent, car la « guerre » se poursuit également sur le terrain de jeux. Le 15 février 2015, la rencontre entre les deux frères ennemis aurait, selon le Washington Post, généré une audience record d’un milliard de personnes. Les enjeux sont si importants que la sécurité est aux aguets, afin d’éviter le même incident qu’en 1999, lorsque le match prit un violent tournant.

Si le sport est un élément bien connu du « soft power », le cinéma n’est pas en reste, en témoigne l’industrie hollywoodienne, toujours prête à mettre le patriotisme et les valeurs américaines en avant, notamment lors de la Guerre Froide, où le cinéma était une arme de sensibilisation culturelle à grande échelle.

Ainsi, au-delà du symbole que représente le refus des acteurs pakistanais dans les films bollywoodiens, c’est un tournant nationaliste que prend l’Inde, qui décide désormais de faire évoluer sur un tout autre terrain le combat fratricide enclenché il y a des décennies avec son proche voisin. Car le cinéma, au-delà du divertissement ressenti par le spectateur devant un scénario bien ficelé est aussi un moyen d’immiscer le spectateur dans un folklore auquel il doit pouvoir s’identifier. Et ni les Pakistanais ni les Indiens ne semblent avoir envie d’être mis dans le même panier.

 

Le sursaut nationaliste indien : too much ?

 

Récemment, la Cour suprême indienne a tranché : l’hymne national indien devra être joué avant chaque séance cinématographique. Avec une assistance levée, a-t-elle précisée. La pratique n’est en soi pas nouvelle, car entre les années 60 et 70, les cinémas avaient coutume de jouer l’hymne national, mais la pratique s’était peu à peu estompée au fil du temps. La décision divise la communauté indienne : est-ce un retour en arrière, ou bien un regain souhaitable de patriotisme dans une période de tensions ? Sur Twitter, chacun y va de son analyse depuis fin novembre, via le hashtag #NationalAnthem.

 

Les jeunes favorables à la paix

 

Que ce soit au Pakistan ou en Inde, certains issus de la nouvelle génération peinent à comprendre comment une telle haine entre les deux voisins peut toujours subsister après tant d’années, un peu de la même manière que les générations françaises des années 70 n’avaient que peu de ressentiment envers nos voisins allemands, devenus désormais un partenaire et un allié de poids.

Alors que l’Inde est au coude à coude avec son voisin chinois pour le titre de future superpuissance, ses multiples tensions armées avec le Pakistan l’empêchent de pouvoir se concentrer pleinement sur des domaines lui sont pourtant primordiaux : santé, éducation, économie… Le Pakistan, en tant que puissance nucléaire, a déjà un argument de poids pour peser sur la scène internationale, mais n’arrive pas à se détacher réellement de l’ombre du grand frère indien. Fatalement, les deux pays s’enfoncent jour après jour plus dans des rivalités désormais presque naturelles.

Finalement, l’Inde a besoin d’assurer la stabilité de son territoire avant de pouvoir s’ériger pleinement comme un leader mondial, rôle auquel elle aspire depuis déjà plusieurs années.

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Guillaume Guilbert

Étudiant en École de Commerce, intéressé par la politique européenne, asiatique et les relations internationales.

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