Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

« Manchester by the sea » : en plein cœur

« Manchester by the sea » : en plein cœur
mm

Sorti ce mercredi 14 décembre sur nos écrans, Manchester by the sea bouleverse et impressionne. Critique.


 

Manchester by the sea nous raconte l’histoire des Chandler, une famille de classe ouvrière, du Massachusetts. Après le décès soudain de son frère Joe (Kyle Chandler), Lee (Casey Affleck) est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick (Lucas Hedges). Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi (Michelle Williams) et de la communauté où il est né et a grandi.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Pour qui n’a jamais goûté à la brise marine de Manchester-by-the-sea, l’immersion est saisissante. Il manquera l’odeur des poissons entassés dans les filets de pêche, la sensation des mains frigorifiées au fond des poches, certainement. Mais pour les non-initiés, le troisième film de Kenneth Lonergan fait bel et bien office de découverte. Celle, d’abord, d’un paysage atypique : au nord de Boston, la petite ville du Massachusetts est un terrain cinématographique hybride, quelque part entre les neiges permanentes de Fargo et les banlieues bostoniennes des Ben Affleck movies (Gone Baby Gone, The Town).

Ce qui s’y joue n’est pourtant ni la tragi-comédie cocasse des frères Coen, ni la dramaturgie truande des films du « big brother » Affleck. C’est même tout à fait autre chose : Lee vient de perdre Joe, son frère aîné, à la suite d’un arrêt cardiaque foudroyant mais auguré, du fait d’une maladie rare. Là est une première ambivalence : la mort de Joe est tout à la fois planifiée et inattendue. Insupportable et banale. Déchirante mais, à la fin des fins, salvatrice.

Avant la rédemption, un long chemin sinueux à parcourir, tantôt en voiture, tantôt à pied, parfois en rebroussant chemin (« Where the fuck did I park the fucking car ? »). Avec en tête, constamment, ce sentiment tenace de culpabilité, né d’un drame ressurgissant par flash-backs dans l’esprit du protagoniste. Ce chemin est celui du deuil ; il est même double : pour Lee, c’est la mort de ses enfants qu’il s’agit d’intégrer ; et pour le fils de Joe, celle de son père. A la manière d’un combat de coqs, neveu et oncle se toisent, se jaugent et s’apprivoisent peu à peu — on pense à une sublime scène en voiture, au début du film, où l’incompréhension devient tout particulièrement comique.

 

Copyright Claire Folger / Amazon Studios

Copyright Claire Folger / Amazon Studios

 

Il en va ainsi tout du long : entre l’humour doux-amer et le tragique pur, entre l’abstinence scénique totale et le lyrisme impromptu, le film sautille de registres en registres et de cases en cases, parfois brutalement, envoyant valser toutes les conventions du cinéma indépendant, désarçonnant son spectateur. Faussement désordonné, jamais larmoyant et au contraire parfaitement clairvoyant, le procédé agit comme un balancier, alternant avec brio les styles de narration (voir ce spectaculaire zoom en avant dans une scène de commissariat).

Parmi ces grandes ossatures très « fragilement » masculines — dont les façades finissent inévitablement par se fissurer — Casey Affleck se détache et surplombe le long-métrage. De ses larges épaules sur lesquelles s’accumule le lourd poids de sa rancœur, de ses yeux gris-bleu dévorants, de ses traits fatigués, intériorisants ses peines, Lonergan tire une manière bouleversante de faire vivre le mélodrame.

 

C’est une histoire à la fois unique et universelle, la plus belle et la plus simple qui soit que raconte le troisième film de Kenneth Lonergan. Anti-tire-larmes, d’une douceur renversante, Manchester by the sea touche en plein cœur.

 

The following two tabs change content below.
mm

Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

Submit a Comment