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« Premier Contact », spectaculairement minimaliste

« Premier Contact », spectaculairement minimaliste
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Après Sicario ou Prisoners, et avant la suite de Blade Runner, le prodige québécois Denis Villeneuve s’essaye à la science fiction avec Premier Contact. Verdict.


 

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Figure montante du cinéma hollywoodien, et à l’instar de son confrère québécois Jean-Marc Vallée, Denis Villeneuve pourrait avec Premier Contact s’inscrire durablement dans le paysage cinématographique mondial. Il faut dire que Premier Contact est son huitième long métrage, et qu’à 49 ans, c’est un cinéaste expérimenté qui s’attaque à l’adaptation du livre L’histoire de ta vie de Ted Chiang.

Après avoir marqué le Festival de Telluride en 2013 avec Prisoners – un thriller alambiqué et extrêmement intelligent qui emmenait Jake Gyllenhaal dans une enquête sur la disparition de la fille de Hugh Jackman – Villeneuve n’hésitait pas à totalement changer de registre avec Enemy l’année suivante. Toujours accompagné de Gyllenhaal, il s’essayait là à un thriller fantastique minimaliste, métaphysique et totalement fou qui surprenait autant qu’il déstabilisait.

 

Amy Adams as Louise Banks in ARRIVAL by Paramount Pictures

Amy Adams incarne à merveille Louise Banks ©Sony Pictures France

 

Enfin, c’est l’année passée que le Québécois faisait la « Une » avec Sicario, un thriller virtuose dans lequel Emily Blunt chassait les cartels de drogue entre les États-Unis et le Mexique. Une oeuvre puissante et traumatisante, qui marquait notamment par la complexité de son intrigue et de sa mise en scène. Une complexité que l’on retrouve donc aujourd’hui avec Premier Contact.

 

Une oeuvre ambitieuse

 

Pratiquement 20 ans après la sortie du roman, force est de constater que son adaptation reste un total contre-pied face aux blockbusters de science fiction contemporains. Tandis que 12 mystérieux OVNI/vaisseaux extraterrestres se positionnent aléatoirement sur Terre, l’armée américaine recrute une éminente traductrice/linguiste – interprétée par Amy Adams – et un chercheur en physique – incarné par Jeremy Renner.

L’idée étant de tenter de communiquer avec cette race alien, nos protagonistes rentrent dans la carlingue du vaisseau afin d’établir une discussion. À partir de ce spitch ambitieux gravite une intrigue à tiroir, alambiquée et compliquée. Qui de mieux, donc, que le caméléon Denis Villeneuve pour mettre en scène cette arrivée (Arrivals est le titre original) ?

 

arrival-movie-amy-adams-jeremy-renner-forest-whitaker

Forest Whitaker incarne le colonel Weber  ©Sony Pictures France

 

Un miroir de notre société

 

Et c’est bel et bien une belle réussite. À l’instar de toutes les critiques dithyrambiques sur le film, force est de constater que Villeneuve signe ici une grand oeuvre de science fiction, tout autant miroir de notre société que critique acerbe mais intelligente. Le film aborde avec justesse un aspect géopolitique bien trop absent des films de science fiction actuels où ne priment que le moment, sans établir les conséquences. Effectivement, en se posant à 12 emplacements différents sur Terre, il est impossible d’avoir une réaction semblable que l’on soit aux Etats-Unis, en Chine ou en Afrique.

Dès lors s’entame une volonté de créer une coalition internationale, de communiquer. Mais comme notre Histoire nous l’a appris, l’être humain a la fâcheuse tendance à préférer se diviser plutôt que rassembler. Dans la veine d’un District 9, Premier Contact adresse donc un message assez réaliste de notre société, privilégiant un certain égoïsme à un travail commun. C’est ici tout le sujet du film, et à vous de voir dans les aliens – au choix – une métaphore des migrants syriens, mexicains ou autre.

 

Spectaculairement minimaliste

 

Mais la force du film est, comme annoncé précédemment, dans sa complexité. Son message politique n’étant qu’une partie du raisonnement à se faire après le visionnage, on ne peut qu’admirer le positionnement du film dans la science fiction actuelle. Véritable némesis d’un Independace Day : Resurgence (quelqu’un s’en rappelle encore ?), Premier Contact se rapproche bien plus des pontes du genre, d’Alien à 2001 : L’odyssée de l’Espace. Une comparaison évidente de par la grammaire esthétique du film – on pense notamment à l’aspect monolithique des vaisseaux, ou le design des aliens. Plus récemment, le film nous évoque même Interstellar, The Leftovers – de par son message sur le temps et la nécessité de communiquer, de s’aimer avant que le sablier ne se soit écoulé.

 

Amy Adams as Louise Banks in ARRIVAL by Paramount Pictures

Premier Contact, de la science fiction minimaliste ©Sony Pictures France

 

Premier Contact réussit donc à s’inspirer de toutes ces grandes œuvres et pourtant s’inscrit très clairement dans le courant minimaliste. En dosant le spectaculaire, en minimisant les effets formalistes et grandioses, le film se voit comme une oeuvre calme, lente et « simple ». La science fiction faisant très bon ménage avec le minimalisme – on l’a vu récemment avec Midnight Special de Jeff Nichols, véritable ode à Spielberg et pourtant en totale opposition dans la gestion du rythme et du temps – on ne s’étonne pas à ce que Premier Contact soit une oeuvre virtuose. Le compositeur minimaliste par excellence Max Richter – qui est à Phillip Glass ce que Michael Giacchino est à John Williams – laisse The Leftovers le temps de composer la sublime musique du film.

 

En somme, le film de Villeneuve est bien l’oeuvre qui a nous été promise. Peut-être le plus grand film de science fiction de l’année, Premier Contact est une réflexion intelligente sur notre société et nos gouvernements tout en étant une ode profonde à l’amour et la nécessité de communiquer. Un film intelligent, retors et complexe dont on ne sort pas indemne.

 

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