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« Your Name » : intimités en échange

« Your Name » : intimités en échange
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Dès sa sortie, le quatrième film du réalisateur japonais Makoto Shinkai s’est imposé comme un véritable phénomène dans l’archipel. Moins d’un mois après le début de son exploitation, il est le premier film d’animation japonais non produit par le Studio Ghibli à dépasser les 10 milliards de yens. Quelques jours plus tard, il devient le plus gros succès du box-office japonais de cette année. Encensé par la critique, Your Name a également connu un excellent démarrage en France. Retour sur un film d’animation et d’émotion.


 

Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. À travers ses rêves, Mitsuha se voit littéralement propulsée dans la vie du jeune garçon au point qu’elle croit vivre la réalité… Tout bascule lorsqu’elle réalise que Taki rêve également d’une vie dans les montagnes, entouré d’une famille traditionnelle… dans la peau d’une jeune fille ! Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement. Quel mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées ?

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Mitsuha a 17 ans et réside avec sa petite sœur et sa grand-mère dans un village japonais situé dans les montagnes. Elle ne voit que rarement son père en raison de son travail de maire et entretient avec lui une relation conflictuelle. Entre initiations aux rites de la culture nippone et trajets quotidiens vers son lycée, Mitsuha mène une vie qui la rebute. Elle rêve de la capitale, dans tout ce qu’elle a d’animé, de rapide, de lumineux, de divertissant, d’attractif, de vivant. Taki habite à Tokyo, vaque entre ses occupations de serveur, d’étudiant, de dessinateur. Un matin, ils se réveillent tous deux en découvrant qu’ils ont échangé leurs corps, et se rendent rapidement à l’évidence qu’il ne s’agit pas d’un rêve. Dans le même temps, un journaliste à la télévision annonce le survol d’une comète à une distance très réduite de la terre.

Commence ainsi une narration tout en parallélismes, qui conte ce que cet échange a de problématique pour les deux jeunes gens et leurs entourages. De la découverte du corps de l’autre, jusqu’aux situations burlesques de l’adaptation de chacun à une culture différente, en passant par l’apprentissage progressif de la vie de la personne dont ils occupent le corps, le changement brutal dans la vie de ces personnages est raconté avec beaucoup d’humour. Le montage est efficace, servant parfaitement la dynamique de ce long métrage, tout comme la musique originale qui rythme ce conte. A travers cette histoire simple, c’est toute une réflexion sur l’opposition entre la ville et la campagne, les filles et les garçons à l’adolescence, la culture traditionnelle qui survit dans les campagnes et la grouillante mégalopole japonaise qui transparaît. L’échange entre le corps de Mitsuha et celui de Taki se fait de façon aléatoire, chacun tenant un journal pour rapporter à l’autre tout ce qu’il est censé avoir vécu le jour précédent. Puis un jour, le phénomène cesse complètement. Et Taki part à la recherche de celle dont il a partagé la plus forte intimité qui puisse être.

 

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Copyright Eurozoom

 

La deuxième partie du film prend alors une dimension totalement différente. Le scénario s’épaissit, l’intrigue se noue en un véritable imbroglio. Le long métrage de Makoto Shinkai se déploie tout comme le talent de son réalisateur dans des dimensions cosmiques, métaphysiques, dans des considérations sur le temps, l’espace, l’existence, le destin, l’absence, et l’amour bien sûr. On se perd parfois dans les retournements de situations, dans l’explication des phénomènes par des faits parfois presque contradictoires, ce qui donne à ce film un caractère onirique et une possibilité d’interprétation infinie. Certains passages sont sidérants de beauté, la composition des paysages, les vibrations de Tokyo ou la voûte d’un ciel où l’apocalypse se prépare révèlent un film d’animation parfait visuellement. Le récit de ces deux adolescents qui se cherchent dans des dimensions enchevêtrées offre des moments d’une grâce infinie.

On ne compte plus les articles comparant le film de Makoto Shinkai aux chefs d’œuvres que sont le Voyage de Chihiro ou d’autres films d’Hayao Miyasaki. La comparaison avec le grand maître de l’animation japonaise nous semble cependant trop facile et peu justifiée. Si Your Name est sans aucun doute une belle réussite à de nombreux égards, il aura peut être manqué une cohérence, un fil conducteur qui aurait porté entièrement ce film et nous aurait fait garder en mémoire une atmosphère particulière, un style, une « patte » qu’on aurait reconnu au réalisateur. S’il nous offre des jaillissements d’émotion et d’esthétisme sublimes, ceux-ci sont parfois étouffés par des changements de registres trop brutaux et par des scènes presque dissonantes. Your Name n’en reste pas moins une peinture incroyablement poétique et ambitieuse de l’amour et de la mélancolie.

 

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Claire Schmid

Responsable Culture. Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

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