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« Passengers » : elle ne s’est pas endormie par hasard

« Passengers » : elle ne s’est pas endormie par hasard
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Passengers a déjà fait couler beaucoup d’encre. Avant sa sortie, un article du Telegraph évoquait une semaine un film d’horreur accidentel ; un autre de Vox un terrifiant accident cinématographique. Ayant parcouru avec avidité chacun des articles publiés sur le sujet, je dois avouer avoir eu un a priori. Verdict 100% amertume et spoilers.


Attention : article 100% spoilers

 

★☆☆ – A éviter

 

Avec Chris Pratt et Jennifer Lawrence à l’affiche, j’étais convaincue d’avoir affaire à un film catastrophe réussi. Une super production si bien emballée que tous ses aspects dérangeants auraient été noyés dans un emballage d’abdos, de scène de sexe dans l’espace et de répliques savoureuses.  J’étais sur le sentier de la guerre, prête à ne pas me laisser prendre par le charme de ses acteurs et le spectaculaire de ses explosions. Prête à dénoncer le terrible sous-texte qui se cachait dans le merveilleux concept art du vaisseau spatial répondant au doux nom d’Avalon.

Je suis ressortie du cinéma perplexe, effarée, abasourdie, riant nerveusement et, surtout, désarmée. Comment attaquer un film sur le fond quand même sa forme confine à l’absurde ?

 

Un scénario aberrant

 

Le scénario de Passengers est simple : Jim, joué par Chris Pratt, se réveille à bord du vaisseau Avalon, avec 5000 autres passagers placés en hibernation. Au bout de 120 ans de trajet, ils doivent atteindre une planète à coloniser. Mais Jim s’est réveillé 90 ans trop tôt. En Robinson Crusoé de l’espace isolé sur une île déserte inscrite 5 étoiles sur le guide du routard, Jim se sent seul. Il mourra sur le vaisseau avant d’arriver sur la planète, avec pour seul ami un robot qui ne s’appelle même pas Vendredi.

Mais Jim étant un égoïste notoire, il se décide à réveiller une passagère endormie, l’exposant ainsi à une mort certaine et à la compagnie d’un Chris Pratt lobotomisé. La justification du scénario : Jim a lu chacune des informations disponibles sur sa proie dans les fichiers d’Avalon. Il est Amoureux d’elle avec un A majuscule, et doit donc assouvir son fantasme. Une fois réveillée, la belle, nommée Aurora (parce que le scénario est aussi subtil que ça), tombe amoureuse de lui après plusieurs crises de panique (dont trois faites par moi, pendant le film).

Aurora découvre cependant la vérité. Tombée amoureuse de Jim, elle doit faire face à la trahison immense de son amant. Ainsi apparaît la faille fatale du scénario : son incapacité à savoir ce qu’il est. Si Passengers assumait ses choix scénaristiques, il aurait alors pu devenir un drame, ou un thriller psychologique. A la place, il choisit de se transformer en film d’action. Avalon tombe en ruine, et Aurora et Jim doivent unir leurs forces pour sauver leur peau (et peut-être celle des 5000 autres endormis, qui sait). Vient alors le grand drame, le dernier feu d’artifice de l’indignation : Aurora pardonne Jim, cochant ainsi la case de l’héroïne atteinte du plus ridicule syndrome de Stockholm du cinéma.

 

Un film qui n’assume pas ses choix

 

Pendant que le charisme de Chris Pratt se dissolvait dans l’espace et que Jennifer Lawrence touchait son cachet, j’ai cherché en vain à définir Passengers. Un seul mot m’est venu : nanar. Mais le nanar inclut un certain côté divertissant, une audace dans la mise en scène et surtout, dernier élément d’importance : une âme.  En dépit des multiples incursions du scénario dans l’horreur, la comédie romantique ou encore l’action, ce film n’est donc en réalité qu’une chose : un bon gros navet.

Nous le savons aujourd’hui, Passengers est un des plus gros bides de l’année écoulée. Un formidable gâchis d’argent, de temps, et d’effets spéciaux. D’un autre côté, il est aussi rassurant : la preuve, s’il y en avait encore besoin, que le nom de deux artistes au sommet de leur gloire et de beaux effets spéciaux ne suffit plus pour contenter le public.
Mais il y a aussi un troisième aspect, certainement plus gênant pour l’avenir : Passengers était sur le papier un film original. Ni une suite, ni un préquel, ni un spin-off. Un de ses rares essais de superproduction qui ne découlait pas d’une de nos vieilles sagas. Un film de science fiction qui aurait dû nous offrir ce frisson de la nouveauté. La preuve que, pour une fois, bien calé au fin fond d’un studio de Los Angeles, quelqu’un s’était décidé à prendre des risques. Il y a fort à parier qu’avec ce naufrage interstellaire, fort peu nombreux seront ceux qui se risqueront à une telle aventure dans un futur proche.

Alors vivement Blade Runner 2049, je suppose.

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Alexandra Saviana

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