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Amy Adams, étoile filante

Amy Adams, étoile filante
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Avec deux rôles majeurs dans Premier Contact et Nocturnal Animals, Amy Adams s’immisce discrètement dans la catégorie des (très) grandes actrices contemporaines. Portrait d’une étoile filante.


 

L'affiche française de Nocturnal Animals

L’affiche française de Nocturnal Animals

Elle est sans conteste l’actrice hollywoodienne la plus en vue du moment. D’ailleurs, à condition d’avoir suivi nos bons conseils, vous l’avez forcément vue à l’écran récemment : dans Premier Contact, en linguiste libératrice de l’humanité, ou bien dans Nocturnal Animals, en galeriste d’art hébétée par son passé. Deux rôles aux antipodes ? Loin s’en faut : dans les deux films, elle est le centre de gravité du récit, son aimant le plus fruste et le plus séduisant. La glace, la toile, la paroi par laquelle la synergie opère, l’endroit où spectateurs et cinéastes communiquent. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’un coup d’oeil jeté à l’affiche de Nocturnal Animals : diaphane, le visage de l’actrice est imposant, mais aussi complètement ailleurs. Et, déjà, entièrement dévoué à la jonction qu’elle entend opérer.

Car à bien y regarder, le film de Denis Villeneuve et celui de Tom Ford partagent ce même désordre narratif, fonctionnant tous deux comme des (vrai-faux) rubik’s cube scénaristiques, dont il revient, autant aux spectateurs qu’aux personnages eux-mêmes (Susan et Louise), de les reconstituer. Dans un cas comme dans l’autre, difficile d’imaginer pareil effet sans la main tendue, bienveillante et fantastique, de l’actrice. Une main que l’on s’arrache, désormais : alors qu’elle vient d’inaugurer son étoile sur le Walk of Fame d’Hollywood, l’actrice figure parmi les outsiders pour l’Oscar de la meilleure actrice — Emma Stone, Natalie Portman et Isabelle Huppert sont favorites — et sera prochainement à l’affiche de la série Sharp Objects, l’adaptation par HBO du roman de Gillian Flynn (l’auteure du livre qui a inspiré Gone Girl).

 

Du Colorado à L.A.

 

Née en Italie, Amy Adams grandit dans le Colorado. Avec ses six frères et soeurs, elle est éduquée dans la foi par des parents mormons. Son père, anciennement militaire, s’est reconverti dans la chanson et joue dans des discothèques et des restaurants. A l’école, si ses performances sportives sont remarquées, la jeune Amy a plutôt pour ambition de devenir ballerine. A 18 ans, cependant, elle se rend compte que le théâtre musical lui correspond davantage. Elle passe sept ans à danser dans des cafés-théâtres à Atlanta, dans le Colorado ou le Minnesota. Mais, son corps fatiguant,  elle décide de s’installer à Los Angeles. Avec, en tête, l’intention de se focaliser sur le jeu.

Elle décrit sa première année là-bas comme son « année noire, simplement sombre ». Triste et solitaire, elle ne connaît personne et ne parvient pas à socialiser — ce qu’elle attribue, dans The Telegraph, au fait de ne pas être allé à l’université. De petits rôles en petits rôles, elle tourne dans des séries télé (Smallville, Buffy contre les vampires, A la maison blanche…) puis atterrit… chez Spielberg, dans Arrête-moi si tu peux, où elle compose le flirt de Frank, joué par Leonardo DiCaprio. En 2005, elle finit par décrocher le rôle principal de Junebug, une petite production indépendante néanmoins remarquée par la critique. L’année suivante, les nominations pleuvent : Screen Actors Guild Awards, Independent Spirit Awards (qu’elle remporte) et même… Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle — c’est la période  de sa carrière où elle affirme « grandir » en elle-même. Les portes d’Hollywood s’ouvrent enfin à elle.

 

Premier contact avec Hollywood

 

Celle qui troque son blond naturel pour une couleur rousse (la même que son personnage d’Ashley dans Junebug) enchaîne à nouveau quelques rôles mineurs (Ricky Bobby, roi du circuit, Tenacious D in The Pick of Destiny, Son ex et moi), avant d’entrer chez Disney par la grande porte avec Il était une fois…, où elle campe une princesse « des-temps-modernes ». Sa trajectoire de carrière franchit un nouveau palier avec La guerre selon Charlie Wilson (Mike Nichols), Doute (John Patrick Shanley) ou Julie & Julia (Nora Ephron) — plus gros casting, plus grande visibilité. En 2010, le vraiment-très-oscarisable David O. Russell lui offre un rôle dans Fighter. Sans surprise, à nouveau, les nominations pleuvent : Golden Globes, Oscars, BAFTA… mais toujours pas de récompense. Deux seconds rôles plus tard (Man of Steel, Her), O. Russell revient à la charge avec le très faible mais toujours-vraiment-très-oscarisable American Bluff, où elle apparaît plus envoûtante que jamais. Finalement, grâce à ce dernier et à Big Eyes, elle remporte à deux reprises (2014 et 2015) le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie. C’est l’impact cosmique : la comète entre en collision avec la planète Hollywood. On la confond avec Isla Fisher (qui joue aussi dans Nocturnal Animals), on la compare avec Nicole Kidman. Sa beauté, atypique, rafraîchissante, éclate aux yeux du grand public.

Jusqu’à cette année 2016 et ces deux rôles majeurs, enfin à sa mesure, où elle incarne des personnages profonds, en proie à des doutes et à des tiraillements abyssaux, insondables. « Pourquoi maintenant ? » lui demande Andrew Garfield pour Variety. Sa réponse est simple : « Je crois que j’arrivais à un point de ma carrière où j’étais en train de faire des choix plus réfléchis. Il y a quelque chose dans chacun de ces deux personnages qui à a voir avec la relation qu’ils entretiennent avec eux-mêmes et la façon dont ils communiquent avec les autres ».

 

 

C’est peu de le dire : dans Premier Contact, Amy Adams est une linguiste super-héroïne bouleversante, chargée de traduire un langage extra-terrestre circulaire. Ecarquillant les yeux, elle charge son personnage d’empathie comme elle avait rarement su le faire auparavant. Qu’importe que la conclusion du long-métrage soit bancale ; elle en endosse la responsabilité, appelle son contemplateur à la dépasser, à plonger sans vergogne dans la splendeur et l’innocence d’un océan de sensations — et non d’émotions, Premier Contact étant trop omniscient pour cela. Succédant, dans la filmographie de Villeneuve, à son amie proche Emily Blunt (qui jouait dans Sicario ce même rôle d’exploratrice contemporaine), elle est ce premier contact — entre espèce humaine et octopodes, spectateurs et long-métrage, futur, passé et présent, temps et amour.

Ses paupières grandes ouvertes se rabattent légèrement dans Nocturnal Animals, où Tom Ford la pare des pires artifices. Pourtant, là encore, au milieu de ce paysage froid, matérialiste et répugnant, la beauté gracieuse et fragile de l’actrice fait contraste, et inonde l’écran de son humanité. Prise dans l’imaginaire (d’images et de symboles) du récit qu’elle découvre, elle se place dans la condition du spectateur de cinéma, se rapprochant plus que jamais de lui. Au point qu’il suffirait presque de cligner des yeux pour la voir apparaître à côté de nous ? On ne croit pas si bien dire : dans la scène finale du film, son personnage s’assoit à une table de restaurant, attendant son partenaire déjà loin, déjà mort, qui ne viendra pas. Troublante correspondance avec la situation du public de Nocturnal Animals : après s’être immergé dans le récit, le spectateur est seul, à l’abandon, toujours en quête de sens et de reconnaissance. A son instar, l’actrice Amy Adams devient spectatrice, le temps d’un instant en suspension. Ford capte alors à l’écran une chose tout à fait inédite, sublime : les yeux d’Amy Adams, perdus et éperdus dans le vide, battant très légèrement des cils devant l’amour passé, son étoile filante.

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

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