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Faut-il en finir avec les sondages ?

Faut-il en finir avec les sondages ?
Ménélas Kosadinos

Ils se trompent, ils font parler, ils sont partout. Peut-on survivre sans les sondages ?


Les sondages, et les commentaires qu’on peut en faire, ne cessent d’inonder les médias : à l’approche de la primaire socialiste, et surtout des présidentielles, il en tombe plusieurs chaque semaine. L’expérience a pourtant montré leur incapacité à prévoir les résultats malgré leur acharnement, mais est-ce leur réel objectif ? Sortira-t-on de la tyrannie sondocrate ?

 

Des questions de méthodologie

 

Il convient tout d’abord de distinguer plusieurs formes de sondages. Certains portent sur l’adhésion des sondés à une proposition politique, sur l’intention de vote à un scrutin particulier ou encore sur la côte de popularité des personnalités politiques. Il y a également les enquêtes sociologiques plus fouillées qui permettent de réaliser un portrait de la France à un instantané. Mais le vrai sujet réside dans la méthodologie employée pour ces sondages et distingue réellement ceux qui ont une portée sociologique et ceux qui permettent de faire de l’audience avec un énième « Top 5 des personnalités politiques ».

Généralement, les instituts de sondage fonctionnent par la méthode des quotas. Ils sélectionnent les sondés selon des critères représentatifs du groupe dont ils veulent connaître l’opinion, tels que la proportion de chaque catégorie socioprofessionnelle, la répartition selon l’âge et le genre, etc. L’objectif est de constituer un échantillon représentatif de la population pour que les résultats soient le plus proche possible de la réalité des opinions. Encore faut-il prendre en compte que par définition, les instituts de sondage ne connaissent que l’opinion des sondés, et par conséquent ceux qui ne souhaitent pas répondre aux sondages n’existent jamais dans les conclusions tirées par les médias. Mais si certaines personnes répondent volontiers aux sondages et d’autres non, cela s’explique par des déterminants sociologiques qui échappent totalement aux instituts de sondage, rendant leurs études incomplètes par nature.

Un autre aspect méthodologique est crucial : c’est la façon dont les questions sont posées aux sondés. En s’intéressant à la façon dont elles sont articulées, on se rend compte qu’on peut obtenir à peu près n’importe quel résultat sur un même sujet. Selon le cadrage et la formulation de la question, celle-ci peut suggérer une réponse favorable à celui qui commande le sondage : appuyer le discours d’un politique, tirer des conclusions croustillantes pour écouler quelques tirages. « Face à l’afflux massif de migrants et malgré le contexte d’insécurité, pensez-vous que la France puisse accueillir les migrants ? «  / « Pensez-vous que la France doive accueillir les populations qui fuient la guerre et la misère ? », pour caricaturer. La réponse dépend également de facteurs extérieurs mais dont les acteurs du système médiatique saisissent pleinement les tenants et les aboutissants : après un événement marquant (attentat) ou une campagne de communication intense sur un sujet, les réponses seront évidemment modifiées. Ces données ont de quoi relativiser le crédit que donnent les médias en relayant massivement ces sondages ; mais à l’heure de l’info instantanée et en continu, ils permettent la production d’information, moins chère que l’enquête de terrain et donc plus rentable.

Face au travestissement d’un instrument politique en outil statistique neutre, deux options existent : la régulation  – mission que la Commission des Sondages, dont les membres sont désignés par décret du Gouvernement, est incapable d’assumer – ou l’interdiction (difficilement réalisable) des sondages. Sans aller jusque là, on pourrait au moins exiger l’apparition obligatoire d’un encadré détaillant précisément les méthodes et les questions posées à côté de chaque sondage, pour donner plus d’éléments de discernement au consommateur de l’information.

 

Les cotes de popularité : quel intérêt ?

 

Un des sondages préférés de certains médias consiste à demander aux sondés s’ils ont une opinion favorable d’une personnalité politique. Non seulement ils ne permettent que d’avoir une idée vague et extrêmement fluctuante de l’avis des Français sur leurs dirigeants et ne participent à aucune analyse de fond, mais ils renforcent en outre la personnalisation de la vie politique au détriment des idées et des programmes. La situation a été particulièrement marquante avec François Hollande. Les médias n’ont cessé de souligner voire de railler son impopularité, et ce qu’on a appelé le « Hollande bashing » n’a eu d’autre effet que de décrédibiliser la fonction présidentielle. Le rôle d’un président n’est pas d’être populaire comme lorsqu’on vote pour la camarade le plus populaire aux élections de délégué de classe. Il est élu sur un programme et a cinq ans pour l’appliquer. Si on souhaite un contrôle du peuple sur l’exécutif pour sanctionner un élu qui trahit ses promesses, on peut décider d’instituer un principe de révocation des élus, au moyen d’une décision démocratique et citoyenne. Mais laisser s’installer une dictature de la côte de popularité, souvent réalisée avec une méthodologie douteuse, c’est nuire à l’intérêt général en poussant les élus à se concentrer sur ce que les gens pensent d’eux et pas à assumer leurs fonctions.

 

Quand les sondages influencent le débat public

 

Parfois, les sondages pèsent dans le débat public. Quand une action est proposée par des élus, c’est que des gens ont voté et ont – espérons-le – lu leur programme. On peut donc considérer que la proposition a une légitimité populaire du fait qu’elle soit défendue par un élu de la République, et à moins de proposer une révolution de nos institutions, on pourra également considérer que ce sera aux élus de différents bords de trancher, par le moyen. Mais parfois, un sondage qui a par ailleurs pu être réalisé dans un contexte particulier, s’immisce dans le débat. Tel élu pourra arguer que 60% des Français sondés ont affirmés à tel institut de sondage qu’ils soutenaient sa proposition et donc qu’il a forcément raison puisqu’ « en démocratie le peuple a toujours raison ». Certains élus pourraient même jusqu’à adopter une posture opportuniste – soyons fous ! – et se rallieraient à une proposition en désaccord avec leurs convictions, mais qu’ils estimeraient profitable électoralement car elle semble soutenue par une majorité de citoyens. Là encore, définissons clairement le sens que nous voulons donner à notre démocratie : soit nous voulons instaurer un système de votation populaire où chacun peut être amené à voter directement les lois, impliquant ainsi sa responsabilité citoyenne, soit nous considérons qu’un élu l’est pour le programme qu’il a défendu, et qu’une fois installé, il est le seul légitime à orienter l’action publique -prenant en compte bien sûr, la coopération ou la contestation que peuvent manifester les citoyens. Mais invoquer des sondages en gage de démonstration démocratique constitue une forfanterie intellectuelle.

 

Légitimation des discours  et mépris des options alternatives

 

Les sondages, par leur façon d’orienter l’opinion publique dans une certaine direction, servent d’instruments aux responsables politiques pour légitimer leur discours, à la fois par l’appui populaire qu’ils supposent et par leur prétendue teneur scientifique.

On accordera plus de crédit à un candidat qui a de bons sondages, considérant qu’il représente une plus large frange des électeurs. Sauf que jusqu’à la-dite élection, on pourrait considérer Arnaud Montebourg ne représente pas plus de monde que Sylvia Pinel et s’intéresser équitablement à leurs programmes respectifs : parce que si les sondages désignent un candidat plus crédible que les autres, il apparaîtra ainsi face à l’ensemble des électeurs… qu’ils désigneront à leur tour comme plus crédible. Le système politico-médiatique se valide lui-même et exclut les propositions alternatives – on reconnaîtra tout de même que De Rugy ne représente pas un danger pour le système.

A partir du moment où des femmes et hommes politiques sont qualifiés en tant que candidats pour un scrutin, une autre voie que celle de la sondocratie qui présélectionne les candidats et se passionne à intervalles réguliers pour une nouvelle coqueluche s’offre à nous. Chaque candidat est là parce que le programme qu’il défend représente un courant de pensée au sein de l’opinion publique ; à ce titre et dans un souci démocratique, chaque offre politique peut être envisagée également. Et comme dirait Jean-Luc Bennhamias, « il n’y a pas de petit candidat ».

 

 

La sondomanie frénétique dans l’espace public peut être interprétée comme une volonté de donner artificiellement la parole au peuple pour combler sa soif démocratique. On demande leur avis sur tout aux Français mais on ne les laisse décider de rien. On leur pose une question, mais si leurs avis est plus complexe que oui/non, il faudra repasser plus tard et laisser les cadres des grands partis en débattre entre eux. Les médias devraient être le relais des citoyens vers le pouvoir et pas seulement un outil de communication des politiques vers les citoyens.

 

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Ménélas Kosadinos

Jeune rédacteur, lycéen en terminale dans les Yvelines. Engagé dans le milieu associatif, aime l'écriture et essaye de comprendre le monde.

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