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Education : les lycéens du SGL face aux candidats à la présidentielle

Education : les lycéens du SGL face aux candidats à la présidentielle
Claire Lebrun

Le Syndicat Général Lycéen (SGL) organisait ce samedi 14 janvier un forum sur l’éducation où se sont exprimés une majorité de représentants des candidats à la présidentielle. Retour sur un échange plus politique que prévu.



Hier samedi après-midi, dans la grande salle de la Résidence Internationale de Paris, on cogite, on discute. Le public a une moyenne d’âge de 18 ans et n’est pas encore bachelier. Les chaises dépliantes s’accumulent devant le pupitre où les politiques déplient leur catalogue éducatif. Il s’agit pour la plupart de simples représentants des candidats à la présidentielle, ils défilent pour défendre une certaine vision de l’éducation. Certains candidats, bons élèves ont néanmoins fait acte de présence : Charlotte Marchandise, élue lors de laprimaire.org, Yannick Jadot du parti Europe Écologie Les Verts (EELV) et Alexandre Jardin, candidat indépendant.

 

Des petits candidats en opération séduction

 

‘’Méfiez vous des gens qui ont des idées arrêtées’’ prévient Alexandre Jardin candidat indépendant à l’élection présidentielle. ‘’Méfiez vous de tous les discours de jeunesse’’ précise Yannick Jadot, candidat du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV). On dit aux jeunes de se méfier, bien qu’on essaye de leur vendre un programme. Ils se questionnent d’ailleurs, et échangent avec Alexandre Jardin sur les réformes centralisées, avec Yannick Jadot, sur l’importance du numérique, de développer la coopération plutôt que la compétition.

Une mesure phare de ce dernier : le vote obligatoire à 16 ans, ‘’vous pouvez aller en prison à cet âge là, je préfère que vous soyez citoyen’’. Le candidat écologiste explique qu’en Grande-Bretagne ce sont les ‘’vieux’’ qui ont voté la sortie de l’Union Européenne alors qu’ils n’ont pas à en subir les conséquences, la salle applaudit. Celui qui vise  »10% » à la présidentielle dit qu’il n’y a pas d’âge pour être mature, qu’il y a bien des vieux de 70 ans qui veulent ‘’les arabes dehors’’. Les jeunes rient, approuvent en joignant une main à l’autre. Une voix de tribun emporte la fin de son discours ; ‘’je suis Européen de nationalité française ! Ne vous laissez pas imposer l’intérêt de l’état si ce n’est pas celui de la société !’’ Applaudissements. Et après avoir répandu la bonne parole, il s’excuse de devoir y aller; ‘’Ne m’en voulez pas, je vais à une conférence sur la condition animale’’, Applaudissements à nouveau.

Charlotte Marchandise, professeure à la fac et élue en ligne via le site primaire.org veut réconcilier le jeune et le politique : ‘’une étude a montré que 22 000 jeunes pensaient 99% des politiques corrompus’’. Stupéfiant. Il est encore tôt, les jeunes écoutent, ils sont sérieux, ils posent des questions. « Et pourquoi voulez-vous légaliser le cannabis ?’’ l’interroge-t-on. On apprend alors que Charlotte Marchandise a des amis qui achètent du ‘’shit’’ et qu’elle les juge responsables, comme tous ceux qui le font, des inégalités sociales : ‘’un jeune qui deal c’est un jeune qui ne va pas à l’école’’. Elle quitte l’événement peu après ces révélations ‘’on doit encore réunir 500 signatures de maire, je peux pas rester, désolée’’. Applaudissements.

 

La droite est bousculée

 

Vient le tour des fameux représentants. Le premier ? Patrick Hetzel pour François Fillon. Pour la droite conservatrice, on n’a pas tout compris, ‘’c’est un peu flou’’ estime un lycéen. Car selon Patrick Hetzel, ‘’l’avenir se fait sur tirage au sort maintenant ! Vous vous rendez compte, vous pouvez finir en musique ou en sport avec APB sans même avoir de compétences dans ce domaine’’. Les applaudissements faiblissent, la concentration aussi, ils sont bizarre les vieux. Un autre s’est informé sur le site du candidat de la droite et demande si ‘’préférer un système qui promeut l’excellence plutôt que l’égalité n’est pas un système qui empêche de s’épanouir’’. Le vieux rétorque au jeune qu’on oppose pas les deux et qu’au contraire ‘’on maximise les chances au lieu de les réduire, on construit des passerelles’’. Un plus brave apostrophe d’avantage le politique ; ‘’vous voulez refonder l’éducation nationale en renvoyant les élèves en échec scolaire dans des établissements disciplinaires, n’y-a-t-il pas un problème ? Et en quoi permettre au parent d’élève de choisir un profil d’enseignant est logique ? Quelle capacité un parent à de juger un enseignant ?’’ La salle approuve.

S’en suit le représentant Alain Avello au service ‘’de Jean-mar… ah non Marine Le Pen !’’ Bourde du présentateur, c’est vrai qu’il y a de quoi. Pour lui, ‘’l’école primaire est là où tout se joue, chaque enfant doit en sortir en maîtrisant ses fondamentaux. Il faut également redéfinir la politique scolaire dans un cadre national, enseigner l’histoire-géographie dans le sens de valoriser la Nation’’. Il reçoit peu d’applaudissements. Il poursuit : ‘’Je ne défend pas l’idée d’un parti d’extrême droite, le FN n’est ni de droite, ni de gauche, c’est un parti républicain’’ . ‘’OOOOH’’ La salle gronde. Le représentant accuse gentiment ‘’vous n’avez pas le monopole du cœur et des bons sentiments, et je n’en suis pas dépourvu à l’égard de mes compatriotes’’. La salle bouillit.

Soudainement, on se met à parler d’immigration (coïncidence ?) ‘’notre pays n’en peut plus de l’immigration massive et incontrôlée ! Vous êtes issu de milieux favorisés, vous ne connaissez pas cette réalité.’’ Une voix dans la salle murmure ’Vous mentez monsieur !’’ Le représentant lâche ‘’La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde’’. C’en est trop pour un spectateur qui monte le ton et cri ‘’Elle doit prendre sa part !’’. Un silence court, puis la voix du modérateur qui rappelle qu’on est là pour parler d’éducation. Ah oui, c’est vrai. Un tiers des jeunes quittent la salle.

 

Rama Yade et Jacques Cheminade, la rigolade

 

Ellen Thompson, représentante de Rama Yade, est élu locale, étrangère, non-francophone, et ‘’en est arrivé là grâce à l’école’’. Elle a sélectionné 10 des 250 mesures de sa candidate, comme la fin de l’université gratuite. Un élève – qui a lu un article dans le Point – rappelle que sa candidate veut supprimer les fonds publics pour les syndicats, les même fonds qui servent le syndicat organisateur du forum, et demande un commentaire. Mal en point, l’élue répond ‘’pas tous’’. ‘’C’est la sixième mesure du programme choc de Rama Yade’’ souligne le médiateur. ‘’On peut se tourner vers le privé’’ tente l’élue, définitivement mal tombée.

Jacques Chemina ‘’se méfie des orateurs’’ et préfère lire son texte, non pas sans panache ; ‘’On vit sous la coupe néolibérale ! Mon projet est de combattre l’occupation ! L’éducation est au service de l’oligarchie !!!’’ Rires dans la salle. On apprend également que la poésie, qu’on apprend avec le cœur, est supérieure aux mathématiques, qu’on nous inflige. Une lycéenne demande son avis sur les langues, le non-orateur répond passionné ‘’je suis né en Amérique du sud, je parle français et espagnol en même temps. Les russes et les chinois maîtrisent les langues étrangères, il ne faut pas leur laisser ce privilège’’. On applaudit fort, on est fatigués.

 

Conclusion de gauche

 

Les figures qui concluent le bal sont celles de la gauche, à l’image du syndicat organisateur. Le représentant de Nathalie Arthaud appelle à ‘’la révolution’’ et à la victoire ‘’de la lutte collective’’. Un jeune demande comment, concrètement, il changerait le fossé qui sépare ‘’élite et chaire à patron’’ une fois au pouvoir ; ‘’Ah mais on veut pas le pouvoir. Le pouvoir c’est celui de l’argent. On veut tout renverser.’’ Il conclut : ‘’je serai dehors avec une cigarette électronique pour ceux qui veulent discuter’’. 

Thomas Petit, économiste, inspecteur des impôts, défenseur des travailleurs en France et à l’étranger, finalise pour Benoit Hamon. ‘’Etudier Goldman, c’est parfois plus philosophique que de lire les trois mousquetaires’’ insuffle le représentant. Il présente le lycée comme la période, peut-être la plus importante de la vie, et le syndicat lycéen supérieur à l’ENS. 

« Le travail associatif devrait être plus valorisé que de connaître la Princesse de Clèves. Ici, on vous prépare à la citoyenneté. Je suis venu pour écouter vos idées, le service public gratuit du transport lycéen est l’une de vos propositions, je l’a ferai remonter à Benoit Hamon’’

C’est si pratique, l’éducation. Tandis que les candidats à la Primaire de la Belle Alliance Populaire étaient présents à la Bellevilleoise pour débattre avec les jeunes socialistes, les petits candidats s’exprimaient sur l’éducation en gardant bien en tête qu’ils s’adressaient à des jeunes lycéens, et donc à de futurs électeurs. Tous les candidats étaient représentés mis à part Sylvia Pinel, également absente de la journée jeune socialiste, et Vincent Peillon, pourtant  »monsieur éducation », à se demander si le politique est encore conciliable avec le véritable débat d’idées.

 

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Claire Lebrun

En Master Histoire Afrique et Moyen Orient à la Sorbonne Paris 1. Mémoire sur les relations diplomatiques franco-saoudiennes.

Comments

  1. Dahan Simon

    Jacques Cheminades est venu en personne, j’ai participé à l’organisation du forum, et j’y étais

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