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« La La Land » : ode au cinéma ou symphonie décevante ?

« La La Land » : ode au cinéma ou symphonie décevante ?
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Très attendue, plébiscitée par les Golden Globes, la comédie musicale La La Land sort ce mercredi 25 janvier en France. Ode au cinéma ou symphonie décevante ? Notre rédaction est divisée. Incapables de trancher, nos rédacteurs vous proposent donc deux avis différents.


 

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

 

★★★★ – À voir absolument

En 2014, Damien Chazelle créait la surprise avec Whiplash, film sur un jeune batteur qui marquait le public par son originalité et sa dynamique unique. Encensée par la critique et récompensée par sept prix aux Golden Globes, cette comédie musicale confirme le talent de son réalisateur.

Los Angeles, la cité des anges et des étoiles, se dresse dans toute son ostentation et sa luminescence entre deux amants à la poursuite de leur rêve. Mia enchaîne les castings pour devenir actrice et décide de monter son propre one-woman-show. Le processus créatif est conté par Chazelle qui finit par nous mettre sur les planches à la place de la jeune comédienne lors de la première représentation, créant ainsi un procédé d’identification très réussi. Quant à Sebastian, il rêve d’ouvrir son propre club de jazz, musique qui l’anime et le passionne, et qui devient passionnante pour le spectateur par la façon dont elle est présentée, mise en scène et en valeur lors des représentations musicales. Histoire d’amour en apparence classique, le scénario n’en trouve pas moins un équilibre entre un romantisme affiché et une réflexion pertinente sur la quête de reconnaissance et l’évolution d’une relation où chacun accorde une grande importance à ses projets personnels. Il culmine surtout dans une conclusion pleine de mélancolie et sert des scènes d’une candeur infinie, qui nous emmènent danser dans les étoiles.

 

Copyright SND.

Copyright SND.

 

La réalisation de Chazelle est composée de travellings vertigineux. Restera celui de la scène d’ouverture, tournée dans un embouteillage sur une autoroute de Los Angeles où des centaines de personnes improvisent une scène de comédie musicale. Euphorisante, elle donne le « la » à l’ensemble de la mise en scène. Damien Chazelle surprend constamment le spectateur, multiplie les inventions par un langage cinématographique d’une audace hallucinante et crée une esthétique singulière par un merveilleux travail sur les lumières et les couleurs.

Ce long-métrage assume totalement son hommage à certaines comédies musicales et à certains classiques, avec des références délicieuses. On évoquera évidemment Les parapluies de Cherbourg, Un américain à Paris, Chantons sous la pluie, ou encore un soupçon de Woody Allen et de son Midnight in Paris. Mais c’est en fait au cinéma dans son ensemble que La La Land rend hommage. Il est de ces films qui émerveillent, qui transportent totalement, qui démontrent par des idées brillantes de mise en scène la richesse de cet art. La La Land prend au cœur, hypnotise, fait rire, souvent, et pleurer, parfois. On en sort surtout avec une irrésistible envie de chanter, de danser, de rêver, et de vivre, simplement.

Claire Schmid 


 

★★★☆☆ – À voir

Commençons par distribuer les bons points. Dans sa confrontation du Los Angeles des stars à celui de ceux qui se rêvent stars, La La Land est impeccable. Dans sa mélancolie douce-amère sur l’amour et le temps qui passe, il bouleverse. Dans son derniers tiers, véritable et originale ode aux rêves et au cinéma, il détone.

Alors, qu’est-ce qui cloche ? Passé sa promesse de renouveau face à des mélodies vues, revues et rebattues, le film se fait soudainement nostalgique, s’accrochant à ses références comme une moule à son rocher. Lesquelles sont à maintes reprises affichées et énoncées (Casablanca, Chantons sous la pluie, Les Parapluies de Cherbourg pour l’essentiel), mais dont Damien Chazelle, le réalisateur, semble en réalité incapable de s’affranchir.

Pour preuve : sa hantise suprême (tomber-dans-le-cliché) imprègne chaque étape de la love story (vraiment-anti-cliché, donc) qu’il met en scène — et dont il emprunte tout (sauf la fraîcheur) à (500) jours ensemble. Ainsi, la foudre doit attendre une, deux, trois rencontres avant de frapper ; ainsi, renverser le café d’un inconnu n’est plus présage d’amour mais de malheur ; ainsi, Mia déteste le jazz, passion suprême de Sebastian. Problème : toutes ces initiatives se situent toujours par rapport aux stéréotypes qu’elles entendent envoyer valser et auxquels elles ne peuvent, conséquemment, réchapper.

 

Sebastian (Ryan Gosling) und Mia (Emma Stone)

Copyright SND.

 

D’autant qu’il faudra toute la meilleure volonté du monde pour se sentir concerné par ce microcosme hors du temps et du monde (d’ailleurs très Oscars So White), traversé par des dilemmes moraux on ne peut plus corporate (la probité ou la gloire), dont on ne montre ici rien de grinçant, à rebrousse-poil du génial Avé, César !. Le film, sur Hollywood, pour Hollywood (mais attention, le Hollywood d’avant, quand tout était beau et triste) semble en fait intégrer sa propre limite dans un dialogue déconcertant de lucidité : « Comment être révolutionnaire tout en étant conservateur ? ». Là réside le dangereux piège — le contentement nostalgique, degré zéro de la création artistique — dans lequel La La Land finit sinistrement par s’empêtrer.

Reste que ce qui devait être le « meilleur film de l’année » (?) offre à Ryan Gosling l’un de ses meilleurs rôles. Restent une bande-originale sublime (et pour le coup vraiment originale), une brillante démonstration technique et une conclusion bouleversante. Mais pour le chef-d’œuvre de cinéma promis par les critiques, on attend toujours.

Pablo Maillé

 

Retrouvez aussi l’épisode de Clapclap, l’émission de cinéma de Radio Londres, consacré à La La Land !

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