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L’imbroglio des 35 heures

Flickr/CC/thebristolkid
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A chaque élection présidentielle, certains sujets se révèlent être des incontournables :  c’est le cas des 35 heures. La caste politique française fait preuve d’une imagination sans limite pour alimenter ce débat houleux autour de la durée légale du travail. Quand l’un souhaite l’augmenter, l’autre souhaite la diminuer et le troisième désire les moduler. Cependant, qu’en est-il réellement de ces 35 heures ? Comment cela se passe-t-il chez nos voisins européens ? 


 

35 heures : entre critiques et acquis sociaux

 

Ce sont les « lois Aubry » qui en 1998 et 2000 ont permis de réduire le temps de travail à 35 heures contre 39 heures auparavant. Cette initiative n’est pas mise en place pour instaurer une durée minimale ou maximale de travail mais un seuil au-delà duquel le salarié est payé en heures supplémentaires bien mieux rémunérées. Par exemple, sous Nicolas Sarkozy, toute heure supplémentaire dûment travaillée se voyait totalement défiscalisée – la réforme a été supprimée par le gouvernement Hollande en 2012.

Désormais, à la suite de la loi travail portée par Myriam El Khomri, la donne a quelque peu changé puisque si les huit premières heures supplémentaires sont toujours majorées à 25 % pour ensuite l’être à 50 %, les entreprises ont la possibilité de négocier leur baisse jusqu’à 10 %. Ceci malgré les critiques qu’a subit cette mesure, dont celles d’Emmanuel Macron qui jugeait préférable la suppression de ce plancher. Où serait donc l’intérêt des 35 heures ? Et pourquoi ne pas aller jusqu’à les supprimer ?

Alors que de nombreux stéréotypes gravitent autour de cette durée légale du travail, dont celui que les français travaillent moins que dans les autres pays, différents points rendent compliqués la suppression des « lois Aubry ». Tout d’abord, à cause des RTT qui font parties intégrantes des acquis sociaux des français. Enfin, l’attachement aux heures supplémentaires, car même si elles se sont vues refiscalisées en 2012, leur disparition engendreraient une baisse du pouvoir d’achat. Sans oublier les allègements de charges obtenus par les entreprises – ceux-ci limitent ainsi un surcoût qui piétinerait leur compétitivité. Toutefois, une étude du sénateur Les Républicains Albéric de Montgolfier montre que le passage aux 37 heures baisserait le coût du travail de 3 % et augmenterait le taux de marge des sociétés française de deux points. Quel imbroglio !

 

Qu’en est-il chez nos voisins européens ?

 

Si l’on s’intéresse aux chiffres d’Eurostat, organisme de statistique de la Commission européenne, en prenant en compte les temps plein et temps partiel, la durée moyenne travaillée est de 37,5 heures en France pour une moyenne européenne de 37,2 heures par semaine. Les bons élèves situés en tête de peloton sont la Grèce (42 heures), la Pologne (40,7 heures) ou encore la République Tchèque (40,5 heures). En queue de peloton, on retrouve les Pays-Bas (30 heures) et plus surprenant, l’Allemagne (35,3 heures).

 

Les 30 heures en Suède !

 

Depuis 2015, Daniel Bernmar, chef du parti de gauche au conseil municipal de Göteborg en Suède, est à l’origine d’une nouvelle expérimentation : les 30 heures. Après un an d’essai, un audit réalisé dans une maison de retraite met en avant les bienfaits de cette mesure sur la santé des employés. Ce temps libre gagné par ces aides-soignantes est comblé par la pratique du sport qui favorise la diminution de leur tension artérielle, le gain de leur masse musculaire. L’absentéisme s’est vu nettement réduit par deux et la productivité améliorée. Néanmoins, après l’essai dans un centre technique de Toyota où le stresse des salariés devenait problématique, certains voient en cette nouvelle tentative le risque d’une baisse de compétitivité.

 

En France, le débat risque de s’animer très prochainement. D’abord lors des primaires de la gauche, dont Benoît Hamon se présente comme le porte-parole des 32 heures. Puis lors des élections, avec François Fillon qui se veut pourfendeur des 35 heures. En tout cas, le contre-pied suédois amène à la réflexion au moment où la tendance européenne est d’augmenter les durées de travail.

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Rodolphe Henrot

Ingénieur opiniâtre de 22 ans. Je me passionne pour la politique, les sciences et à l’actualité au sens large. Sans oublier mon intérêt pour la littérature.
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