Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

« Nocturnal Animals » : de feu et de glace

« Nocturnal Animals » : de feu et de glace
mm

Sept ans après A Single Man, le touche-à-tout Tom Ford est de retour avec Nocturnal Animals, dont la beauté brutale nous a imprégnés. Critique.


 

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Quiconque aime le cinéma ne pouvait pénétrer dans la salle obscure sans sentir naître en lui les prémisses d’un espoir légitime, nettement inspiré par le casting 5 étoiles du long-métrage. C’est peu dire que le duo d’acteurs incarné par Amy Adams (Susan Morrow) et Jake Gyllenhaal (Edward Sheffield/Tony Hastings) polarisait les attentes des aficionados à l’aube de cette nouvelle année. Ils seront rassurés au pire, conquis sinon, car les deux font la paire et ça n’a rien d’un hasard : dans l’œuvre de Tom Ford, tout va par deux.

Nocturnal Animals, c’est l’histoire d’une dichotomie. La fiction et la réalité, le chaud et le froid, le rouge de la colère et la pâleur du blanc — ou peut-être la vacuité d’un bleu incolore. Le film jongle impétueusement entre ces deux pôles, (re)liant les deux protagonistes de ses séquences métaphoriques. D’un côté, Susan, perdue dans le gigantisme de sa demeure californienne, qui dévore avec intensité le roman de son ex-mari, Edward. De l’autre, le roman lui-même, cascade de violence et d’émotions. La double-lecture commence alors, réveillant progressivement Susan d’un « sommeil » qui durait depuis 19 ans. Dans cette immersion totale et subversive — aussi bien pour l’héroïne que pour le spectateur — elle voit alors sa propre histoire se confondre avec le livre de celui qu’elle avait quitté deux décennies plus tôt : on embarque pour le Texas occidental et ses plaines arides sur fond d’enlèvement et de vol de voiture. « Tous les auteurs parlent d’eux dans leurs romans » avait asséné Edward à l’époque de leur relation. Ici, il se mue en Tony Hastings, un père de famille dont la vie va basculer au début du roman.

 

Jake Gyllenhall et Michael Shannon sont époustouflants.

Jake Gyllenhall et Michael Shannon sont époustouflants.

 

Nocturnal Animals est aussi un monstre d’esthétisme. Tom Ford — styliste de métier s’il fallait le rappeler — n’a pas totalement troqué ses crayons pour une caméra. Il cumule ces deux arts, et même davantage puisque les arts dans leur globalité sont au centre de l’œuvre. Ce sont eux qui transmettent les messages. « Revenge », en lettres majuscules, oppressantes, sur un tableau. Et la beauté brute, brutale, épurée des multiples scènes de lecture, quand Amy Adams se noie littéralement dans ce livre embué de douleurs.

Ford joue avec les sentiments du spectateur comme Edward avec Susan. Il y a le malaise (dans une première scène particulièrement glauque et dérangeante), la peur, la tension, l’angoisse de la suite, de la fin. La bande-originale signée Abel Korzeniowski est un chef-d’œuvre indéniable, mettant en relief la moindre émotion, la moindre idée suggérée par l’image. Il en ressort une mélancolie certaine, sombre, préoccupante, comme pouvait l’être celle d’Under The Skin de Jonathan Glazer dans sa singularité déroutante. Nocturnal Animals éveille les sens au point qu’il nous devient possible de brûler avec les personnages sous le soleil du Trans-Pecos, de goûter le sang qui effluve et d’en respirer l’odeur. N’y voyez pas là de mal-être apparent : au royaume des animaux nocturnes, la mort peut vous rendre vivant…

 

Ford secoue nos peurs et nos démons pour nous livrer une petite pépite au rythme saccadé. Et quand à la fin, l’animosité retombe, ce n’est que pour mieux nous prendre à contre-pied dans une scène finale qui divisera la critique. Nocturnal Animals est incontestablement un noctambule du grand écran, se jouant de la nuit et de la noirceur avec élégance. De feu, et de glace.

 

The following two tabs change content below.
mm

Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...
mm

Derniers articles parClément Zagnoni (voir tous)

Submit a Comment