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Sourires, anaphores : que veulent dire les candidats à la primaire ?

Sourires, anaphores : que veulent dire les candidats à la primaire ?
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Qu’elle soit consciente ou pas, l’utilisation de certaines techniques de communication en dit beaucoup sur le message que les candidats de la primaire de la gauche veulent faire passer. 


La gestuelle, les expressions faciales, la voix, les attitudes physiques sont tout autant de signaux qui, qu’ils soient conscients ou inconscients, permettent une autre lecture du message que celle qui est faite à partir de son contenu explicite. Dans le domaine de la communication ces techniques ont non seulement été conscientisées et utilisées et elles sont aujourd’hui enseignées afin que les futurs communicants maîtrisent parfaitement l’image qu’ils renvoient. La politique n’est pas en reste, nombreux sont les femmes et hommes politiques à être coachés, l’oralité en politique a beaucoup emprunté à la communication et parfois ça se voit.

Cependant au de-là du non verbal, qui influe à hauteur de 80% sur la perception du message, la politique s’est aussi inspirée de la communication, et plus précisément de la publicité pour les mots qu’elle utilise. Des slogans martelés et des termes répétés permettent d’imposer à l’auditoire certaines idées. On approcherait presque, en ce qui concerne le premier débat en tout cas, d’une parfaite illustration de la « novlangue » de George Orwell.

Le premier débat qui a eu lieu le 12 Janvier commençait par une brève présentation de chacun des candidats, des minis professions de foi de (plus ou moins) une minute et vingt secondes que nous analyserons par le prisme de la communication non-verbale et de l’étude des mots utilisés.

 

Valls, le sérieux solitaire 

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Le premier geste que l’ancien premier ministre fait devant la caméra est un signe d’ouverture accompagnant son fringant « BONSOIR! ». En ouvrant de cette manière ses bras il commence sa profession de foi dans un ton presque amical, bien que la suite de cette dernière soit une des plus pauvres en terme de gestuelle.

Manuel Valls réussit à placer son slogan « Une république forte, une France Juste »; il utilise de nombreux termes et synonymes renvoyant à son passé de chef de gouvernement (« J’ai l’expérience », « Gouverner c’est difficile ») et utilise la première personne plus de onze fois, ce qui fait de lui le record-man du « Je » des sept interventions. Enfin, ses phrases trop saccadées manquent de liants et traduisent chez le « social-démocrate » un stress peu contrôlé. Ce stress est d’ailleurs souligné selon le spécialiste de la gestuelle, Stéphane Bunard (dans l’émission de Public Sénat Déshabillons-les) par la tendance qu’il aura pendant tout le débat à se pencher vers la droite (géographiquement parlant).

 

François de Rugy, l’aimable pragmatique

derugySelon les travaux d’une équipe de chercheurs de l’Université de Californie à Berkeley il existe six types différents de sourire. François de Rugy à l’annonce de son nom sourit en ne bougeant presque pas les lèvres si ce n’est pour sourire d’autant plus et lève les sourcils. Ce que nous offre le candidat écologiste est donc un sourire intéressé dans la catégorie des sourires sociaux.

Difficile pour le candidat de citer son slogan « L’Ecologie c’est de Rugy » sans paraître complètement égocentrique, cependant ce dernier se rattrape en disant en une minute plus de cinq fois le mot « écologie ». L’ auteur de Ecologie ou Gauchisme : il faut choisir utilise plus de cinq synonymes illustrant tous la même idée : « concrète », « pragmatique », « de bon sens », « des propositions claires et réalistes ». Comme Valls, De Rugy parle beaucoup de lui en utilisant plus de dix fois la première personne et la seule fois où il utilise le « vous » il le fait en levant la main vers la caméra – « pour répondre à VOS questions », une interpellation dont on se demande si elle est adressée aux journalistes ou aux citoyens. Finalement, on pourrait dire que De Rugy est celui qui s’est le mieux prêté à cet exercice en terme de communication, il est l’un de seuls à avoir clairement redéfini l’objectif (en resituant ce débat et en explicitant son but), l’émetteur en se présentant longuement (N’est-ce pas ce qu’on attend d’un candidat/homme providentiel à la présidence de la Vème République ?) et la cible (par le « vous » final).

 

Vincent Peillon, le professeur autoritaire

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Le fait qu’à plusieurs reprises dans son élocution l’ex ministre de l’éducation lève la tête signifie le fait qu’il a confiance en lui et en ce qu’il dit. De plus, au début de sa présentation, Vincent Peillon lève l’index pour imager le fait de tourner la page, ce geste appelé le doigt de l’autorité est très fréquent en politique. Il est selon Philippe Turchet, synergologue canadien « l’appendice du Je », « le doigt de l’affirmation et de l’autorité ». 

La technique de Peillon est claire, parler à la fois à la Gauche et à la France, il utilise au début et à la fin de son élocution ce parallèle, il rassemblerait la gauche et la France et ferait gagner la gauche donc la France, la boucle est bouclé. Sa technique pour convaincre, dresser un triste tableau de l’Etat de la France puis se présenter comme la solution, c’est ainsi que la quasi totalité de son intervention fait le bilan de tout ce qu’il y a de négatif en France, ce qui va des amis dictateurs de Fillon aux divisions de la gauche, en passant par le terrorisme (mot que personne ne cite à proprement parler, ici la périphrase utilisée est « le tragique revient dans l’histoire »).

 

Sylvia Pinel, la bonne élève immobile

picasion.com_fbc102f73d5254cf9916b194ce5717eaLe conseiller en communication de la candidate du Parti Radical de Gauche peut être fier de son élève, quasiment immobile pendant sa profession de foi Sylvia Pinel n’a, de ce fait, pas pu faire d’erreur. De plus elle a pris en compte sa double cible est a été la seule à parler à la fois aux personnes présentes, journalistes et public, et à la caméra.

Pour ce qui est des termes utilisés elle use de plusieurs termes présents sur sa profession de foi papier, « sécurité de tous », « emploi », « Europe » (à plus de cinq reprises), « modernité », « le PRG, le plus vieux parti de France » (périphrase à laquelle elle rajoute « mais qui reste à l’avant garde », quand même). Enfin « la jeune femme du Tarn et Garonne » utilise ces deux éléments de son identité pour appuyer son discours. Elle fait dès le départ remarquer à deux reprises qu’elle est la seule femme en appuyant cet argument par un haussement de la voix et ajoute à son accent du sud, la précision de son origine en se définissant comme « une jeune femme originaire d’un petit village du Tarn et Garonne ». Hormis quelques hésitations, c’est un sans faute scolaire pour l’ex-ministre du logement.

 

Hamon, l’agitateur 

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Benoit Hamon est le plus agité de tous les candidats, il n’a cessé lors de cette minute de présentation d’utiliser ses mains, de lever ses sourcils, de modifier la tessiture de sa voix selon le contexte, un vrai exercice de prestidigitateur. Il utilise à de très nombreuses reprises  ses doigts rassemblés qui montre que sa pensée est synthétisée et se base sur des arguments méthodiques et précis, toujours selon P. Turchet.

Bien que pendant le débat l’ancien ministre ait semblé être un des plus détendus, sa présentation en terme de contenu a été très sérieuse et très visuelle. Il est aussi celui qui a le plus utilisé le « Nous », plus de dix fois en tout, deux fois plus que « Je ». Son lexique est beaucoup tourné autour du changement (bien ce terme n’est pas utilisé parce que trop attaché à la communication de Hollande et son slogan de campagne 2012): « maîtriser la transition », « tourner la page », « bouleversements inédits »

 

Montebourg, le baryton made in France

montebourgPas de « Bonsoir » pour Montebourg qui, froid, attaque directement par « J’ai toujours été constant dans mes combats ». Comme De Rugy, l’ancien ministre de l’économie arbore à deux reprises un grand sourire que l’ont peut désigner comme des sourires sociaux (contrairement aux sourires sincères qui sont des sourires pour soi). Pauvre en gestuelle, sa présentation est seulement ponctué de hochements de tête et de soulèvements de sourcils marquant ses opinions sur les sujets traités, un classique. Enfin sa voix, la plus grave des sept candidats lui donne une prestance supplémentaire.

Le plus d’Arnaud Montebourg est surement sa définition précise de sa cible, la France mais pas n’importe laquelle il veut parler aux « ouvriers de Florange, à ses travailleurs précaires aux fins de mois difficiles, à ses professeurs des écoles, aux infirmières, cette France qui travaille ou voudrait travailler ». Une toute autre vision de la société que celle d’autres candidats qui refusent de baser leurs modèles de société sur le travail comme Benoit Hamon par exemple. Cette définition est donc, tout sauf anodine. Enfin en termes de choix des mots, il est peut être celui qui a été le moins conventionnel, le moins technique et le plus direct, quitte parfois à écarter les nuances qu’une langue développée peut apporter aux idées.

 

Jean Luc Bennahmias, l’adepte de l’anaphore 

jlbSa voix saccadée, sa chemise ouverte, ses anaphores beaucoup trop nombreuses, ses sourires pour soi (sourires sincères qui se manifestent par le plissement des yeux et le rehaussement des fossettes) fait de Jean-Luc Bennahmias le candidat à la communication la moins travaillé mais qui du coup, semble le plus sincère ou du moins le plus spontané.

Son anaphore sur ce qu’est, selon lui, l’intérêt général, dure presque quasiment toute sa profession de foi, une éternité avec plus de sept phrases commençant par « l’intérêt général c’est… ». Il est aussi celui qu’on peut considérer comme le plus originel car il ne corrige pas certains tics du langage courant comme le fait de chantonner certains mots (comme vous le faites en disant bonjour, bonsoir, ou un bonne nuit à un ami). En effet sa dernière phrase « Voilà, en quelques mots, le sens de ma candidature » est presque chanté comme pour donner de la légereté à un propos pouvant paraître rébarbatif si il n’était pas agrémenté de quelques touches d’humour, de signes de sympathie, pour réveiller le téléspectateur. Cependant ici il est clair que c’est totalement inconscient, car Jean-Luc Bennahmias ne juge pas ses propos rébarbatifs ou répétitifs et est au contraire un de ceux qui met le plus de cœur dans ce qu’il dit, comme a pu le montrer l’extrait devenu viral où il s’emporte sur la question de la légalisation du cannabis.

 

Le deuxième débat a lui été aussi intéressant en ce qui concerne la communication non-verbale et la linguistique, cependant il l’a été peut être plus encore en ce qui concerne la gestion de l’objection. Le deuxième débat ayant été moins convenu que le premier et plus un réel lieu de débat entre les candidats, il a été l’occasion pour ces derniers d’utiliser des techniques de gestion de l’objection propres au domaine commercial. En effet, dans le cadre de l’argumentation commerciale les vendeurs usent de diverses techniques leur permettant de gérer l’objection du client et de vendre. Remplacer les vendeurs par les politiques, les clients par les citoyens et/ou les journalistes et l’action commerciale par le vote et le tour est joué ! Nous analyserons ces techniques à l’aune du troisième débat qui aura lieu ce soir, jeudi à 20h55 sur France 2 et Europe 1.

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Khedidja Zerouali

Etudiante en infocom en attendant de se rendre utile, le sud dans la voix et l'Alsace dans le coeur

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