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La stratégie perdante des modérés contre le nationalisme

La stratégie perdante des modérés contre le nationalisme
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Inutile de le répéter ou de le démontrer : le nationalisme et l’extrême droite gagnent énormément de terrain aujourd’hui. Pourtant, les partis modérés ont l’air de rester passifs devant cette montée. Tendance inévitable ou mauvais choix stratégique ?


 

Deux nationalismes, deux idéologies

 

Lorsque on aborde ce sujet, il faut distinguer deux types de nationalismes, le nationalisme impérialiste, et le nationalisme économique. Or, ce dernier ne prend pas l’idée de la protection de la culture nationale, comme le type de nationalisme qui prend de plus en plus d’ampleur aujourd’hui. Pour cet article nous parlerons donc d’un troisième type de nationalisme, le nationalisme protectionniste. Celui-ci reprend les thèses du nationalisme économique avec en plus, la protection de la culture nationale. Les deux ont des idéologies et des impacts très différents, même s’il est difficile de les distinguer. En effet, vue de loin, ils ont l’air d’avoir le même discours. Cela n’est dû que la seule chose qui les lie est l’idée d’un amour de sa nation et de son peuple.
Or comme il s’agit du concept de base du nationalisme, cela rend leurs séparations peu évidentes. Et pourtant, ne pas distinguer ces deux nationalismes peut induire de très graves erreurs de jugement, d’analyse et de réponse, comme on peut le voir aujourd’hui.

Le nationalisme impérialiste, comme son nom l’indique, cherche à rendre la nation plus grande et plus forte que les autres. Les meilleurs exemples étaient peut-être les fascismes italiens et allemands ou encore l’expansionnisme militaire du Japon. Il s’agit là d’une idée de suprématie totale et inconditionnelle, voir divine et raciale. C’est ce nationalisme-là qui amena à la Seconde Guerre mondiale. Lorsque l’Allemagne plonge dans ce nationalisme, tout espoir de paix est anéanti, car le nazisme était de facto une idéologie impérialiste (le Grand Reich) et de domination raciste (suprématie aryenne). Ce genre de nationalisme n’a plus grand-chose à voir de ce que l’on peut trouver aujourd’hui en politique occidentale.

En effet, aujourd’hui, nous sommes dans l’ère du nationalisme protectionniste. Il ne s’agit pas pour le FN, Donald Trump, Ukip ou le FPÖ d’envahir le voisin ou d’assurer la suprématie de sa race. Les plus grands combats pour eux, c’est de mettre fin à la mondialisation, de rétablir des frontières claires et de détruire tout ce qui n’est pas sous contrôle exclusif de l’Etat (Union Européenne ou traité de libre-échange). La grande majorité des propositions sont ainsi plus d’ordre social et d’économie extérieure que de société. La seule grande proposition de société et de mettre fin à l’immigration et de faire respecter la loi laïque à toutes les religions. Rien de répressif à première vue.

 

Le nationalisme protectionniste représente-t-il un risque ?

 

Ainsi, dans un monde du XXIe siècle populiste et nationaliste, il n’y aura pas de conflit entre les grandes puissances. En effet, les politiciens d’extrêmes droites comme Donald Trump et Marine Le Pen ne considèrent pas la Russie comme un ennemi par exemple, contrairement aux modérés qui appellent à la combattre. Et la Chine reste considérée comme un adversaire commercial, mais pas politique. En vérité, ils sont beaucoup moins dangereux en termes de conflits conventionnels, car ils sont peu interventionnistes. 

Or, c’est à l’intérieur des pays même que se trouve le danger. Déjà en premier lieu, parce qu’amour des siens implique parfois le rejet des autres. Comme par exemple, avec les conflits en ex-Yougoslavie ou avec l’Apartheid sud-africain qui sont des conflits de nationalisme protectionniste.
Aujourd’hui, dans les états multiculturels comme le nôtre, il y a des risques de divisions ethnique et interne très fort. La mondialisation a créé énormément d’échanges de population et de culture. Le monde est devenu un village dont on peut faire le tour en une journée, ou communiquer directement avec un humain qui vit à des millions de kilomètres. Dans un tel monde, nous ne pouvons pas créer des frontières étanches ou une nation sans aucune diversité. Les états et les nations sont condamnés à être moins importants qu’ils ne l’étaient les siècles derniers.

 

Des crises et d’importants clivages

 

Le problème est que lorsque la crise économique frappe de plein fouet ce monde mondialisé, il faut, comme à chaque crise, des responsables. En temps normal (comme dans les années 30) on aurait massivement pointé du doigt les minorités. Ce qu’on fit bien sûr, or on reporta aussi la faute sur la mondialisation en général. Alors que le système bancaire est le principal responsable de la crise de 2008, mais ce dernier est trop complexe pour une grande majorité de la population.

Il se crée donc une fracture dans laquelle le FN s’est admirablement bien engouffré, d’un côté ceux qui vivent avec la mondialisation et ceux qui ne s’y intéressent pas ou dont activités n’en bénéficent pas. Ainsi lorsqu’on a dressé le portrait des électeurs du Brexit, de Trump et du FPÖ, les clivages sont saisissants : 75 % des jeunes entre 18 ans et 24 ans ont voté contre le Brexit. Puis plus les électeurs vieillissent, plus les votes anti Brexit baissent jusqu’à atteindre 39 % chez les +65 ans. En effet, les « digital natives » se sentent bien plus connectées au monde, notamment avec Internet et Erasmus (272 497 échanges en 2013). En plus, des études de l’Oréal et Mckinsey montrent que les jeunes du monde ont une façon de vivre et de consommer qui sont très similaire.
Les villes connectées à la mondialisation comme Los Angeles ou Londres votent de 70 % à 75 % contre Trump ou le Brexit. Puis finalement, lors des présidentielles en Autriche, les ouvriers qui se sentent régulièrement victimes de la mondialisation ont voté à 86% pour le candidat populiste et eurosceptique du FPO, alors que les diplômés d’études supérieur ont quant à eux, voté à 81% pour le candidat écologique.

 

L’extrémisme profite de la situation, devant les modérés qui ne la comprennent pas

 

Comme on peut le voir, il existe une catégorie de la population qui vote massivement à l’extrême-droite, quel qu’en soit le risque. Peut-être parce qu’ils se sentent abandonnés, notamment en terme de politique économique du pays ? D’après Nonna Mayer, politologue directrice de recherche au CNRS, Il y a aussi le fait que

« Leurs programmes et leurs leaders ont, pour une partie de la population, le mérite d’être facilement compréhensibles et de proposer des mesures qui apparaissent à la fois novatrices et simples à mettre en œuvre. Paradoxalement, ces partis de droite extrême sont les derniers à vendre du rêve… »

Or les modérés, n’ont pas encore compris ça, ils concentrent toutes leurs attaques sur l’aspect immigration et société du programme nationaliste. Les attaques anti-extrêmes droites sont majoritairement orientées sur la xénophobie de cette dernière, au lieu de créer un réel débat, avec elle, sur l’économie (ou elle est accusée à tort ou à raison, d’être complètement à la ramasse). Pourtant, on a bien vu avec l’élection de Trump, que les électeurs ne font pas beaucoup attention à la xénophobie ou au machisme d’un candidat, préférant un changement drastique de la politique et de la société, sans prendre en compte les dangers ethniques et la déstabilisation d’une économie que cela impose.

Les modérés attaquent l’extrême au mauvais endroit, restant dans une idée de conflit politique ethnique et culturelle digne des années 30. Alors que les problèmes de l’électorat des extrêmes ne se trouvent pas là, mais dans une défiance de la mondialisation. La quasi-absence de l’Europe dans les débats de la primaire à droite, est le parfait exemple d’une politique de l’autruche et de dénonciation sans fondement de la part des modérés. Si ces derniers ne changent pas drastiquement leurs méthodes pour combattre le populisme, ils perdront à coups sûr. Et pour le moment, on ne peut pas dire que l’extrémisme est inquiété de la stratégie des modérés. En 2016, avec trois grandes victoires à leurs actifs (Trump, Brexit, Référendum en Italie) contre une défaite (Présidentielle en Autriche), ils ont clairement mené le jeu.

 

En 2017, avec les élections françaises et allemandes, se jouera l’avenir de l’Europe. Cette année définira si oui ou non, le monde occidental a basculé dans le populisme nationaliste et anti-mondialiste, ou si finalement, les modérés ont réussi à s’organiser pour limiter le phénomène.  

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Martin Rabaud

Bordelais de 17 ans, étudiant en première année d'école de commerce. Curieux de l'actualité politique, économique, sociale et internationale.

Comments

  1. Fox

    Les partis modérés ne se risqueront jamais à un débat avec les partis d’extrême gauche ou droite sur la mondialisation car ce sont ces même partis qualifiés à tort de « modérés », qui sont à l’origine, et depuis les accords de Bretton Woods, de ce capitalisme sauvage, où seul l’argent détermine la valeur d’un homme ou d’une femme!

    Ces mêmes partis « modérés » qui, en Europe ont construit une Union européenne de la finance, des banques, où les trois derniers Présidents de la Commission Européenne sont issus de la très décriée banque Goldman Sachs, et où un ex Président de la Commission (Manuel Barroso) a trouvé refuge juste après son mandat! Coïncidence? je ne crois pas!

    Parmi ces derniers leaders de la commission, trois sont italiens (Mario Draghi, Mario Monti et Romano Prodi, eux aussi issus de Goldman Sachs et touts trois à l’origine de la débâcle économique de l’Italie, lorsqu’ils en étaient 1er ministres!!!)

    La construction européenne a fait l’erreur monumental de se construire à l’encontre des intérêts du peuple: Où en est l’Europe sociale? Y-a-t-il un grand syndicat ouvrier européen? Qu’en est-il du projet d’harmonisation fiscale entre les pays membres, qui aurait pour vertu de lutter contre l’évasion fiscale des grands groupes comme Amazon, ou Auchan, qui est la source de la perte, pour la France, de plus de 32 milliards d’euros par an! Qui peut me citer le nom de, ne serait-ce que trois membres de la Commission Européenne, réel gouvernant de l’Europe, et pourtant non élue par les citoyens?

    Qui se rappelle de ce fameux Traitésur la Constitution européenne de 2005, rejeté par referendum par les français et qui leur a été imposé quand même par vote du Congrés? Comme on le sait, ce Non massif fut ensuite considéré comme nul et non avenu par les dictateurs de la prétendue « construction européenne ».

    Nicolas Sarkozy, en pleine connivence avec François Hollande et les principaux dirigeants du PS, du MODEM et de EELV, décidèrent de soutenir et de signer le traité de Lisbonne qui reprend la quasi-intégralité du projet de « Constitution européenne » rejeté par le peuple souverain. Comment appelle-t-on un régime qui confisque au peuple son droit de décision souverain?

    Nicolas Sarkozy, en pleine connivence avec François Hollande et les principaux dirigeants du PS, du MODEM et de EELV, décidèrent de soutenir et de signer le traité de Lisbonne qui reprend la quasi-intégralité du projet de « Constitution européenne » rejeté par le peuple souverain.

    Toute la dynamique de la montée de l’extrême droite résulte, en partie de ces questions, mais aussi du souci de se ré-approprier son identité et ses valeurs. Quelle a été la réponse de nos deux derniers présidents à cette main mise de la finance et des agences de notation, sur le pouvoir décisionnel des peuples à l’intérieur de leurs frontières? qu’est devenu le slogan de François Hollande « Moi mon ennemi c’est la finance de 2012? »

    Où en sommes nous de l’État vertueux qui a le souci de contrôler le train de vie de ministres ou de parlementaires gangrénés par la corruption? Comment s’étonner de la montée des extrêmes quand un ex-président français décide d’auto-augmenter son salaire, sans même soumettre cette question à référendum car, que je sache, la France est une RÉPUBLIQUE (RES PUBLICA la « Chose du « Peuple »!). Quand en face on ne fait que voter des lois qui restreignent le train de vie des citoyens (dernière loi en date, la possible confiscation par l’État de votre assurance vie!!).

    Je ne peux pas tout dire, car il me faudrait trois heures, mais on n’a pas le droit de s’étonner de la montée des extrêmes, car ce sont CES partis dits « modérés » qui ont jeté les citoyens dans les bras de ces mouvements…

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