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Turquie : un pas de plus vers un régime autoritaire ?

Turquie : un pas de plus vers un régime autoritaire ?
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En avril prochain, le peuple turc sera appelé à un vote décisif. S’il venait à valider la réforme constitutionnelle proposée par le président Erdogan, le régime parlementaire actuel se muerait ainsi en dictature démocratique.


 

Le 18 janvier, 339 voix ont permis à l’alliance entre le parti du président Erdogan, l’AKP (islamo-conservateur) et le MHP (droite nationaliste) d’obtenir au Parlement la majorité des trois cinquièmes nécessaire à la validation du texte de réforme constitutionnelle, étape préalable à l’organisation d’un référendum national.

Le texte en question prévoit un réel basculement des institutions héritées d’Atatürk. Dans les grandes lignes, ce projet de réforme a pour but de permettre au président de la République de bénéficier de nouvelles prérogatives sur le plan exécutif.

Ainsi, le poste de Premier ministre serait supprimé et ses pouvoirs seraient transférés au président. Ce même président obtiendrait en parallèle la possibilité de nommer un ou plusieurs vices-présidents, ainsi que ses ministres, qu’il pourrait limoger quand bon lui semble.

Le pouvoir législatif serait également concerné. Si le nombre de députés est amené à augmenter (de 550 à 600), ceux-ci pourraient être contournés par le chef de l’exécutif à travers l’utilisation de décrets.

Enfin, la question de l’indépendance de la justice se pose puisqu’il serait désormais possible au président de choisir plusieurs membres du Haut conseil des juges et procureurs, eux-mêmes chargés de nommer et destituer les différents acteurs judiciaires.

Si elle venait à être validée par la population, la nouvelle Constitution transformerait la Turquie, régime parlementaire, en véritable régime présidentiel.

 

Erdogan, un gage de stabilité ?

 

Du côté de l’AKP, on clame les bienfaits de cette réforme constitutionnelle, qui ferait de M. Erdogan une sorte d’ « hyper-président ». Elle fait l’unanimité dans son camp, comme dans celui du MHP.

Le Premier ministre Binali Yildirim, dont le poste est ouvertement menacé par la réforme, ne déroge pas à la règle : « Je suis un marin et je peux vous dire que deux capitaines pour un même navire, c’est le naufrage assuré. Il faut un seul capitaine en action ».

Le principal intéressé par la réforme, Recep Tayyip Erdogan, justifie son impérative mise en place en rappelant le contexte de crise que traverse actuellement son pays, en particulier sur le plan domestique. Alors que la croissance économique tourne au ralenti, la Turquie est secouée par de multiples attentats. Commis par des groupuscules kurdes ou par des djihadistes, ces attentats génèrent une psychose et un climat d’insécurité au sein de la société. L’accueil des réfugiés de guerre, difficile à mettre en place, auquel il faut ajouter les purges entamées au lendemain du putsch manqué du 15 juillet dernier, rendent la situation encore un peu plus explosive.

Pour contrecarrer ces crises diverses, M. Erdogan estime que la stabilité est un élément essentiel. D’autant plus que la Turquie est aujourd’hui engagée à l’échelle internationale, puisqu’elle combat officiellement la propagation de l’islamisme en Syrie et en Irak. Raison de plus, selon lui, pour pérenniser sa place à la tête de l’Etat et mener à bien cette mission.

 

La décision finale entre les mains du peuple turc

 

L’opposition, menée par le CHP et bon nombre d’ONG, s’insurgent quant à elles contre cette réforme, révélatrice de l’entreprise d’un virage autoritaire par le pouvoir.

Alors que la « chasse aux sorcières » (comprenez « la chasse aux potentiels soutiens de Fethullah Gülen », accusé d’être à l’origine du putsch de juillet) se poursuit, que les arrestations sommaires se multiplient, que les partis pro-Kurdes continuent d’être perquisitionnés et que les journalistes remettant en cause l’action de l’Etat sont jetés en prison, on craint pour l’avenir de la société turque en cas de victoire du « oui » au référendum du mois d’avril.

La perspective de voir le président Erdogan décrocher deux mandats supplémentaires et gouverner jusqu’en 2029, rendue possible par la réforme, à de quoi effrayer. Le président de l’Union des barreaux de Turquie, Metin Feyzioglu a, au travers d’une conférence de presse, fait montre d’une certaine détresse :

«Ce n’est pas une réforme, mais un suicide».

Cependant, et même s’il est suspecté de vouloir construire un régime centré autour de son image, M. Erdogan reste dépendant du vote des électeurs.

Le Figaro expliquait en octobre dernier que le président jouissait dans l’ensemble d’une belle cote de popularité, et ce en dépit de l’ampleur inédite de la purge visant en particulier les fonctionnaires et l’armée. Le sondage, relayé par le quotidien, estime à 68% le nombre de Turcs favorables à la politique du chef de la nation, soit une hausse de vingt et un points par rapport au mois de juin 2016.

Si nous avons récemment appris à nous méfier des sondages, ceux-ci donnent toutefois une idée de l’image dont bénéficie le président turc auprès de sa population. De tels chiffres, sans toutefois entrer dans le pronostic, laissent présager une éventuelle victoire du « oui ». Dans ce cas de figure, ce référendum instaurerait un régime quelque peu paradoxal puisque objectivement autoritaire mais mené par un président élu démocratiquement.

 

À l’image de l’élection de Donald Trump, un résultat positif pour le président Erdogan serait difficilement contestable en l’absence d’irrégularités, dans la mesure où celui-ci serait le symbole de la volonté du peuple turc.

 

Photo : A Statesman’s Forum with H.E. Recep Tayyip Erdoğan, Prime Minister of Turkey/ Flickr/ CC/ Brookings Institution

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Florian Bouhot

Journaliste en devenir, étudiant actuellement à Paris IV. Citoyen du monde mordu d'actualité internationale, de ballon rond et de sonorités électroniques.

Comments

  1. Veig

    Il vaudrait sans doute mieux parler de « dictature élective » (où l’élection existe toujours mais où le pouvoir est entièrement aux mains de l’élu, de façon totalitaire) plutôt que de « dictature démocratique » puisque ce n’est plus une démocratie (plus de séparation des pouvoirs, plus d’autre pouvoir que celui du dictateur).

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