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« A Cure For Life » : scénaristiquement abracadabrantesque

« A Cure For Life » : scénaristiquement abracadabrantesque
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Le très versatile Gore Verbinski revient avec A Cure For Life, sorti en salles ce mercredi. Critique d’un long-métrage visuellement remarquable mais qui se noie dans la vacuité de son scénario.


 

Lockhart est un jeune cadre ambitieux. Il doit retrouver son patron, qui a disparu dans un mystérieux centre dans les Alpes suisses. Pris au piège de l’Institut et de son énigmatique corps médical, il découvre peu à peu la sinistre nature des soins proposés aux patients. Alors qu’on lui diagnostique le même mal qui habite l’ensemble des pensionnaires, Lockhart n’a plus d’autres choix que de se soumettre à l’étrange cure délivrée par le centre.

 

★★☆☆☆ – À éviter

 

À première vue, A Cure For Life apparaît comme un Shutter Island 2.0. Un château isolé, perdu dans la montagne helvétique en guise de décor opaque, à l’intérieur duquel se trament des événements étranges maquillés en « cure ». Et puis un homme (Lockhart, incarné par Dane DeHaan) qui ressemble à tous les autres — il est cadre dans une grande entreprise, ce qui semble être la norme pour Verbinski — si ce n’est ce visage si particulier qui le distingue du commun des mortels. Tentante est la comparaison, vous l’avouerez aisément, d’autant que ce protagoniste à l’allure nonchalante se retrouve rapidement prisonnier dudit lieu. L’île mystérieuse et l’hôpital psychiatrique filmés par Scorsese quelques années plus tôt résonnent alors dans nos têtes, et l’on en vient à s’auto-suggérer les scénarios les plus schizophrènes — le souvenir de cette délicieuse agonie, peut-être ? — et les plus irrésistibles. Il n’en sera rien ; car justement de scénario, il n’y a pas. Et c’est bien là tout le problème de l’œuvre de l’américain…

A Cure For Life est loin, très loin du puzzle subtilement composé par Scorsese quelques années auparavant. D’abord parce que le scénario de Justin Haythe est au mieux bancal, au pire le cul par terre, bourré d’incohérences et d’absurdités en tout genre. De l’historique du château aux anguilles en passant par le personnage du directeur de l’établissement (Jason Isaacs), on peine à suivre une histoire qui commence à s’essouffler lentement vers la deuxième partie du long-métrage. Mais — et il est juste de le souligner — la vraie force d’un film n’est jugée qu’une fois celui-ci terminé, car l’histoire du cinéma nous a offert quelques dénouements savoureux qui ont mis en exergue les œuvres concernées. La jouissance folle du spectateur pour qui, subitement, tout se recoupe, et qu’il aurait été injuste de ne pas espérer ; c’est malheureusement là que Verbinski nous perd définitivement, quand, dans une antépénultième scène des plus ubuesques, le personnage de Volmer (le directeur de l’établissement, encore lui) achève impitoyablement toutes nos attentes de logique et de concordance. Et l’on en vient à se demander : pourquoi ?

 

Copyright Twentieth Century Fox France

 

Malgré l’évidence et la fatalité d’un tel désordre scénaristique — le fond touche le fond, en quelque sorte — il faut reconnaître au film une réelle réussite esthétique impulsée par l’expérience de Verbinski. Sa progéniture illumine dans la forme, notamment à travers une pléthore de plans d’ensemble, comme au début de l’œuvre, dans l’immensité de la ville.

Mais quid de l’horreur ? Le réalisateur nous a vendu sa production comme un film à frissons, « une métaphore de notre société de consommation ». Pourtant, si le malaise pointe parfois le bout de son nez — comme dans une scène de viol ou presque, ou lors d’une opération macabre — on n’a guère entraperçu la moindre dose d’épouvante. En 2h27, c’est assez maigre pour un long-métrage qui se veut à contre-courant de ses semblables contemporains. Et on ne pourra que le regretter, encore une fois !

 

A Cure For Life accumule les incohérences pour sombrer dans le cliché à la toute fin. C’est le moment que choisit le personnage d’Hannah (Mia Goth) pour lancer maladroitement, d’une manière presque candide et dans la décontenance la plus totale : « Il est temps de partir » ; comme un symbole pour un film dont on ne gardera malheureusement que quelques images impromptues.

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...
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