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Algorithme : cachez moi cette information que je ne saurais voir

Algorithme : cachez moi cette information que je ne saurais voir
Céline Legay

Utilisés sur les sites commerciaux, les sites de téléchargements musicaux, dans les jeux vidéo, mais aussi sur les réseaux sociaux… Les algorithmes sont devenus aujourd’hui un formidable outil informatique, permettant d’offrir aux utilisateurs, une réponse en concordance avec ce qu’il est, ou du moins ce que la machine pense qu’il est.


Finis les débats enflammés de repas de famille avec le vieil oncle raciste, exit notre mère pro-écolo qui nous fait sans cesse la morale sur notre consommation énergétique, au revoir notre amie fervente défenseuse des animaux, qui n’hésite pas à nous réprimander au moindre morceau de viande achetée…. Grace aux algorithmes, les discours auxquels nous croyons viennent à nous sans qu’on ait besoin de les solliciter. Un joli petit calcul et hop : l’ordinateur connait vos préférences, vos musiques et films préférés, vos opinions politiques, vos intérêts… et peut-être même parfois mieux que vous-même. Génial non ?

 

Un enfermement de la curiosité 

 

Mais l’algorithme n’a pourtant pas que des adeptes. Cette année, il a été vivement critiqué suite au référendum sur le Brexit en mai, puis lors de l’élection de Donald Trump en novembre. La cause : il détournerait le débat démocratique et instaurerait des sortes d’œillères, qui empêcheraient les citoyens de se rendre compte de la véritable pluralité des opinions. Un enfermement de la curiosité dangereux pour le débat démocratique.
Parce qu’il est vrai qu’il est plus agréable d’avoir des informations en concordance avec nos opinions et ça, Facebook l’a bien compris. Chéri par la fameuse plateforme de Mark Zukerberg, l’algorithme de recommandations nous offre tous les jours, dans notre fil d’actualité, des nouvelles qui sont susceptibles de nous intéresser, mettant ainsi de côté les informations qui ne rentreraient pas dans le calcul de l’outil.

 

44% des utilisateurs de Facebook s’informent via la plateforme 

 


Selon une récente étude de l’université d’Oxford, 44% des gens déclarent s’informer via le réseau social Facebook. Quand on sait que la plateforme compte 24 millions d’inscrits en France, on est en droit de se poser la question de savoir si l’information via Facebook par exemple, gourmande en d’algorithme, est réellement productive pour le débat démocratique. En effet, avec un fil d’actualité régit par toutes sortes de calcul mathématiques, se mêlent information journalistique et information amateur. L’algorithme lui, ne décèle pas le vrai du faux. Pour Guillaume Chevillon, professeur en économétrie et statistiques (Essec Business School)

« [les] informations reçues via les médias sociaux pèchent par absence de hiérarchisation et, donc, d’évaluation de la qualité de leur contenu. Les articles écrits par les journalistes les mieux informés sont souvent au même niveau que ceux des blogueurs les moins crédibles. Les rumeurs, idées simplistes ou fallacieuses peuvent donc se répandre »

Une critique de mal-information donc, qui peut avoir des répercussions sur notre perception du monde, et ainsi détériorer la qualité du débat démocratique.
De l’information parfois erronée donc, à laquelle s’ajoute un intérêt pour ce qui a priori nous intéresse. L’algorithme ne laisse pas de place à l’improvisation. Il cherche à nous classer, nous catégoriser dans des cases d’individus aux gouts similaires.

 

« Une évolution dévastatrice, qui détruit la base de l’engagement démocratique »

 

Pour Lawrence Lessig, professeur de droit à Harvard et spécialiste d’internet, cette fragmentation d’internet issue d’algorithme est dangereuse pour la démocratie. Il s’en inquiète d’ailleurs dans une interview accordée à Libération : « Dans le monde physique, si on se promène dans la rue, on va être confronté à des gens différents, à des idées qu’on préférerait repousser. Mais dans le cyberespace, il est de plus en plus facile de segmenter efficacement les gens, de les cantonner à leur propre univers. Cette efficacité même est un problème pour la liberté. C’est une évolution dévastatrice, qui détruit la base de l’engagement démocratique. Et nous ne savons pas comment surmonter cela. »

Il faut dire qu’il est  rassurant de se dire que tout le monde est sur la même longueur d’onde que nous. Et puis, pas besoin de débattre durant des heures, à essayer de convaincre untel ou untel du bien fondé de nos opinons. Dans le jolie monde des algorithmes, le monde va dans notre sens, a les mêmes valeurs que nous, aime la même musique et soutient le même candidat à la présidentielle…

 
L’algorithme est un outil rassurant, mais son utilisation ne doit pas être exclusive, car même si des longs débats enflammés peuvent parfois contredire nos opinions, c’est eux qui expriment le mieux la pluralité des points de vue qui existent dans la réalité.

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Céline Legay

Apprentie journaliste passionnée par l'actualité internationale, politique, et les sujets sociétaux. Amoureuse des voyages et des découvertes en tous genres.

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