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Macron : (enfin) un centrisme de premier tour

Macron : (enfin) un centrisme de premier tour
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Après le ralliement de François Bayrou et l’engouement – réel ou éphémère – qu’il suscite, Emmanuel Macron est en passe de réussir ce que le centre peine à mettre en œuvre depuis de nombreuses années : une véritable campagne de premier tour.


 

Une candidature inédite

 

Depuis l’annonce de sa candidature – et même avant qu’il ne se présente officiellement –, l’ancien ministre de l’Économie fait l’objet d’une fascination au sein des médias, mais également au sein d’une partie de la population. Mis à part Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et François Bayrou en 2007 (qui ont tous deux bénéficié de contextes et de dynamiques différents), le centre n’a jamais vraiment réussi à occuper l’espace des électeurs oscillant entre gauche et droite, à convaincre ces derniers de préférer des propositions modérées que de s’efforcer à choisir l’un ou l’autre des deux partis de gouvernement. 

Si Emmanuel Macron convainc pour l’heure assez d’électeurs pour être considéré comme possible participant au second tour (quoique disposant d’un électorat relativement volatile), c’est principalement pour des raisons intrinsèques à sa candidature. Parce que sans réel « parti » affilié, il apparaît au-dessus de la mêlée politique, multipliant séjours à l’étranger et lançant des appels, comme s’il était déjà élu, aux chercheurs américains à venir innover en France. Parce qu’il dispose d’un certain charisme, à tout le moins plus grand que celui de François Bayrou. Parce qu’il apparaît comme « nouveau » sur la scène politique française, seulement connu de l’opinion depuis qu’il a pris les rennes du ministère de l’Économie en août 2014.

Son relatif succès s’explique également par une conjoncture électorale assez inédite : les candidats issus des primaires de la droite et de la gauche refusent le pragmatisme centriste qui eut pu être incarné par un Alain Juppé ou un Manuel Valls. M. Macron occupe donc de fait un espace qui n’est pas celui de Benoît Hamon et de François Fillon ; la latitude progressiste-libérale de l’élection présidentielle de 2017 n’aura jamais été aussi large. Les déboires judiciaires dans lesquels est actuellement empêtré François Fillon n’arrange rien à la fuite de certains de ses potentiels sympathisants, déjà réticents à son programme conservateur. De même, déjà symbole du virage « social-libéral » du quinquennat, la candidature malheureuse de Manuel Valls a pour sûr gonflé les rangs d’En Marche ! et de son candidat.

 

Une dynamique et une stratégie audacieuse

 

Finalement, Emmanuel Macron est un paradoxe électoral : alors qu’une majorité des Français sondés rejettent l’action du gouvernement, alors qu’ancien ministre, proposant un programme synthétisant progressisme sociétal et libéralisme économique, autrement dit une « fuite en avant » quand on considère l’action de François Hollande depuis 2012, le candidat convainc et rassemble. Il semblerait que M. Macron soit d’une part la caution de gauche d’électeurs acquis à l’individualisme et à l’économie de marché, et d’autre part la caution de réalisme économique d’électeurs ne voulant pas découdre le modèle social français et l’élan progressiste sur le plan sociétal.

Alors qu’une campagne de premier tour se joue principalement sur l’idée de rassembler sa famille politique, le candidat d’En Marche ! n’a précisément pas de véritable appareil partisan et peut pleinement se concentrer à rassembler l’ensemble des Français, soit ni plus ni moins qu’une stratégie de second tour. Disons plutôt qu’à la différence de François Bayrou avant lui, Emmanuel Macron ne s’appuie sur aucune famille centriste partisane et ne s’y attarde donc pas. Plus que de n’être « ni gauche ni droite » comme il l’affirme, son positionnement est bien plus « de gauche et de droite » dans le sens où il ne s’adresse pas à ceux qui sont hors de ces deux familles politiques, mais bien à ces deux-ci en même temps. Au compte-goutte, et ayant l’avantage d’avoir commencé très tôt sa campagne, il égrène les idées et mesures « réalistes », « progressives », « audacieuses » et séduit comme une machine paisible terriblement efficace.

François Bayrou s’étant lui-même rallié à Emmanuel Macron cette semaine, l’offre politique se clarifie par le rassemblement de fait des forces centristes, à l’avantage de l’ancien ministre de François Hollande. L’alliance proposée par l’éternel candidat centriste à la présidentielle offre justement ce à quoi M. Macron avait renoncé : un appareil partisan, et par là même, des militants et un électorat déjà construit et confirmé par trois élections successives. Le ralliement de François Bayrou au candidat d’En Marche ! est une aubaine pour ce dernier, car au-delà de l’aider pour le scrutin de mai prochain, cette alliance lui permet d’avoir une assise électorale en vue des législatives, lui permettant d’augmenter ses chances de transformer l’essai aux élections de juin.

 

En somme, Emmanuel occupe – et parvient pour l’instant à s’y maintenir – un espace politique qui n’avait pourtant jamais réellement séduit les électeurs français, phénomène que l’on peut expliquer par la largesse inédite de cet espace (entre Hamon et Fillon), par la relative fraîcheur qu’il apporte dans l’espace public depuis son passage à Bercy et par une stratégie tournée vers les Français et non vers un parti. Mais à trop vouloir étendre la largeur de son électorat, ce dernier pourrait faire faux bond face à un manque de clarté concernant ses positionnements. Car cette stratégie, aussi efficace soit-elle, devra tâcher à s’enraciner, à s’affirmer encore, pour tenir la distance d’une élection toujours intense, jamais apaisée, plus que jamais imprévisible et dont le premier tour reste ce qu’il est pour les électeurs : le choix du candidat le plus proche de ses idées.

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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