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Football français : un championnat dont l’identité se perd ?

Football français : un championnat dont l’identité se perd ?
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Cela ne vous aura pas échappé, vous qui suivez le championnat de France de football (Ligue 1 pour les intimes), tout ou presque ne semble pas fonctionner. Des stades presque vides, de nombreuses pelouses impraticables, des équipes trop défensives, et un recrutement peu brillant (hormis les ogres parisiens et monégasques) semblent renfrogner les supporters qui montrent de moins en moins leur attachement à notre belle Ligue 1, au détriment des autres championnats européens.


 

Un jeu proposé jugé trop défensif ?

 

Notre championnat a la réputation de favoriser le jeu défensif, ce qui est totalement différent dans les autres championnats européens. Lors de la saison 2012-2013, Elie Baup est nommé à la tête de l’Olympique de Marseille. Trois saisons après son renvoi du FC Nantes, il remplace Didier Deschamps, parti à la tête de l’Equipe de France de Football. Marseille terminera 2e du championnat, derrière le Paris Saint-Germain. Lorsque René Girard devient entraîneur de Lille, en 2013, il apporte avec lui son titre de champion acquis à la surprise générale en mai 2012 avec Montpellier, mais aussi sa réputation d’entraîneur défensif, ce qui déplu particulièrement aux supporters. Au final, Lille terminera la saison 3e, derrière Monaco et Paris. Deux entraîneurs français, certes, mais aussi une tactique commune : d’abord bien défendre et attendre l’erreur de l’adversaire pour ensuite attaquer. Gagner les matches grâce à une solidité défensive et se contenter de petits scores, comme des 1-0, voilà ce qui a permis à ces clubs de bien figurer à l’issue de la saison. La saison suivante, ces deux clubs n’existèrent pas dans les compétitions européennes, se faisant éliminer dès les phases de poules (Marseille), avant de terminer leur saison hors des places européennes dans leur championnat : Marseille termina 6e à l’issue de la saison 2013-2014, Lille 8e à l’issue de la saison 2014-2015.

De l’autre côté de nos frontières, le jeu offensif, défendu par des sélectionneurs comme Joachim Löw (Allemagne) ou Vicente del Bosque (Espagne) leur permis de jouer les premiers rôles dans les compétitions internationales. Le premier remporta la Coupe du Monde de football, en 2014, le second la remporta quatre ans plus tôt, en 2010. On pourrait essayer de comprendre comment ces sélections ont pu décrocher ce précieux sésame. Si l’on regarde la sélection espagnole lors de la Coupe du Monde 2010, on s’aperçoit que cinq joueurs du Real Madrid la composait, ainsi que sept joueurs du FC Barcelone. En tout, la sélection était composée de près de vingt joueurs évoluant dans le championnat espagnol ! En 2014, la sélection allemande qui remporta la Coupe du Monde était, elle, composée de seize joueurs évoluant dans le championnat national ! Preuve que ces championnats prônent un jeu plus offensif que le nôtre ? Fort probable.

 

Une formation des entraîneurs et éducateurs à revoir ?

 

Le problème viendrait-il alors d’en haut ? La Direction Technique Nationale (DTN) définit la politique technique de notre football, et est constituée de François Blaquart (directeur technique national), des entraîneurs nationaux et des cadres techniques régionaux et départementaux. Seulement, si l’on regarde de plus près le parcours des quelques membres de cette direction, avant leur arrivée à la DTN, on peut s’apercevoir que ces derniers n’ont pas eu une grande réussite dans les clubs par lesquels ils sont passés. Par exemple, Laurent Guyot (sélectionneur de l’équipe de France U16) a fait descendre Boulogne en Ligue 2 à l’issue de la saison 2009-2010, puis Sedan en National (3e division) à l’issue de la saison 2012-2013, mais rejoint la DTN en 2013 après cette saison difficile. Et Pierre Mankowski dans tout ça ? Fidèle adjoint de Raymond Domenech, aujourd’hui à la tête de l’équipe de France espoirs (depuis 2014), il obtint des résultats discutables voire même catastrophiques, puisqu’il ne parvint pas à qualifier les Bleuets à l’Euro 2015 et 2017. Ces deux personnes occupent une place clé au sein de cette direction, ce qui peut poser problème. « Qu’est-ce qui leur permet aujourd’hui de représenter l’élite des éducateurs de football et d’enseigner la pédagogie, les objectifs de séance, la prise en main du groupe ?« , s’interroge Faouzi Djedou-Benabid dans son livre (cf. à la fin de l’article).

On ne peut pas le savoir précisément. Toutefois, si l’on essaie de le comprendre, notre politique technique ne peut évoluer sans des personnes compétentes et capables de comprendre les besoins de notre championnat. La Direction Technique Nationale communique aux cadres techniques régionaux et départementaux une politique de formation à suivre, ce qui bloque toute possibilité d’évolution, de changement. Si la plupart de nos chers entraîneurs nationaux ont un jeu jugé trop défensif, cela ne peut venir que de leur formation. Faut-il alors intégrer des entraîneurs étrangers dans la Direction Technique Nationale ou bien proposer une politique de formation complètement différente ? Fort probable.

La formation de nos jeunes talents passerait-elle au second plan ?

 

Hormis l’Olympique Lyonnais qui est un modèle en terme de formation de joueurs, la plupart des clubs français ont du mal à sortir des jeunes de leur centre de formation. Chaque centre (de formation) est classé par catégories en fonction des résultats obtenus : diplômes scolaires obtenus par les joueurs, nombre de contrats professionnels, résultats des sélections. Ce classement est important pour les clubs car il sert à la notoriété du centre : une plus grande attractivité permet d’attirer un plus grand nombre de (jeunes) joueurs. Toutefois, les clubs sont prêts à tout pour bien se classer. Faire signer un joueur (souvent très jeune) en « dédommageant » les parents, en est un exemple.
On peut alors imaginer que les clubs accordent beaucoup d’importance à leur centre de formation. L’argent investit, en moyenne entre 3 et 8 millions, doit apporter des résultats à la hauteur de cet investissement. Néanmoins, les clubs forment trop et mal et préfèrent constituer un stock de jeunes, plutôt que de miser sur leur comportement. C’est seulement depuis la Coupe du Monde 2010 et le fiasco de Knysna, que le comportement du joueur est devenu une préoccupation majeure pour les centres de formation. « Faire des hommes » avant de faire des joueurs.

Le second problème concerne le nombre de joueurs français s’exportant à l’étranger leur formation terminée ou non. Depuis le début des années 2000, on estime à près de mille le nombre de départs. Souvent attirés par les sirènes de grands clubs européens, de nombreux jeunes joueurs préfèrent quitter la France avant d’avoir achevé leur formation. Ou bien, l’ayant achevé, la quitte dans l’optique d’obtenir un meilleur contrat dans un autre club. Bilal Boutobba, pur produit du centre de formation de l’Olympique de Marseille, a préféré faire ses valises en direction du FC Séville, l’été dernier, plutôt que signer un contrat professionnel (l’aboutissement de la formation d’un jeune joueur) avec son club formateur, à seulement 18 ans. On pourrait également parler de Kingsley Coman qui s’est engagé à l’été 2014 en faveur de la Juventus Turin, après avoir refusé un contrat professionnel du Paris Saint-Germain. « En général, un joueur formé en France pourra s’adapter dans tous les clubs moyens ». Si le joueur français peut s’imposer dans n’importe quel club moyen, peu ont réussi à s’imposer dans de grands clubs européens comme Karim Benzema (Real Madrid), Franck Ribéry (Bayern Munich) ou bien Samir Nasri (FC Séville). A cette liste peuvent s’ajouter Paul Pogba (Manchester United) et Raphaël Varane (Real Madrid) qui ont, quant à eux, terminé leur formation à l’étranger en se confrontant à une concurrence rude et une méthode d’entraînement différente de notre championnat, leur permettant ainsi d’accentuer leur progression. Yacine Brahimi ainsi que Sofiane Feghouli, tous deux formés en France mais ne trouvant pas de cadre d’accueil en Ligue 1, partirent en Espagne et devinrent des joueurs de niveau international. 

Il est évident que nous formons trop vite et mal des joueurs moyens qui s’exportent facilement et où que ce soit. « Et les entraîneurs français finissent par s’habituer à cette qualité médiocre« . Le championnat français peut-il conserver ses meilleurs éléments face aux appels des clubs étrangers, aux projets sportifs et financiers plus intéressants ? On peut en douter car pour conserver nos meilleurs jeunes il faudrait une revalorisation de notre politique de formation, ainsi que de réels arguments pour donner confiance aux jeunes joueurs de s’intégrer dans le projet de son club formateur. La formation de nos jeunes talents passerait-elle alors au second plan ? Fort probable.

 

On pouvait imaginer que l’Euro 2016, grâce aux nouveaux stades notamment, allait entraîner une hausse importante des affluences moyennes en Ligue 1 (comme après France 1998), mais on se rend compte que cela est différent. Alors, même si depuis peu de nombreux investisseurs ont fait leur apparition dans notre championnat (Paris, Monaco, Marseille, ou même Lille), il faudra du temps avant que ce dernier ne redevienne attractif, et ne fasse les beaux jours des supporters et des joueurs. On pourrait chercher un voire plusieurs responsables, mais la réalité est là. Il faut changer en profondeur notre championnat et son fonctionnement sans quoi nous n’arriverons pas à concurrencer les autres championnats européens. La formation des entraîneurs, des éducateurs ainsi que de nos jeunes joueurs doit être considérée comme primordiale afin d’apporter un souffle nouveau à la Ligue 1.

Source : Pourquoi le foot français va dans le mur, Faouzi Djedou-Benabid et Yacine Hamened aux éditions Hugo Sport. Photo d’illustration : francebleu.fr

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Armand Patou

Etudiant en Terminale ES. Passionné de sport, mais curieux et ouvert sur le monde qui m'entoure. Twitter : @armand_presse

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