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François Hollande ou le malentendu permanent

François Hollande ou le malentendu permanent
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Rarement un livre – Un Président ne devrait pas dire ça… – avait eu un effet aussi redoutable pour la carrière d’un homme politique, encore moins sur celle du Président de la République en exercice. Passé les turbulences –  phrases sorties de leurs contextes et mal comprises, renoncement à se re-présenter – un peu de recul sur cet ouvrage semble utile pour comprendre l’homme et donc le Président de la République qu’est François Hollande. 4 mois après la parution de l’ouvrage il convient de l’analyser loin du tumulte et des effets politiques qu’il a produit, avec le recul nécessaire à sa bonne compréhension. Car, comme l’écrit Pierre Assouline dans L’Histoire, « Le résultat est là, passionnant, édifiant, ahurissant »


 

En 1974, deux journalistes du Washington Post faisaient tomber le président des Etats-Unis. La conséquence était voulue sans vraiment l’être. Woodward et Bernstein ne faisaient que leur métier de reporter, accumulant les révélations sur les pratiques et les mensonges de Richard Nixon. Les articles sortirent les uns après les autres, toujours plus dévastateurs pour le pouvoir. Un rouage se mit en place, l’effet sur l’opinion fut désastreux et tout se termina quand les institutions politiques américaines commencèrent à jouer leurs propres partitions. La fin était inéluctable pour le président Nixon.

En 2016 deux journalistes du Monde font tomber le président de la République française, ou plutôt l’empêche de se présenter. A la différence de leurs confrères américains, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, n’avaient absolument pas prévu l’effet que leur livre eut sur la carrière politique de François Hollande. Aucunes grandes révélations, aucun scandales dévoilés, juste des petites phrases, des explications et beaucoup de naïveté.

4 mois après la parution de l’ouvrage il convient de l’analyser et de le comprendre loin du tumulte et des effets politiques qu’il a produit, avec le recul nécessaire à sa bonne compréhension.

 

L’intention était pourtant bonne

 

Tout partait d’un bon sentiment: couvrir le quinquennat de François Hollande en recueillant directement la parole, les sentiments et les commentaires du principal intéressé. M. Hollande s’y plia de bonne grâce de septembre 2011 jusqu’en septembre 2016. Le livre qu’en ont tirés les deux grands reporters du Monde laisse même transparaitre un certain plaisir que semble avoir eu le chef de l’Etat de pouvoir se livrer sans fard, commenter la vie politique et se faire, ainsi, le propre mémorialiste de son quinquennat.

François Hollande est passé à côté d’une vocation, celle de journalistes. Gérard Davet et Fabrice Lhomme le font d’ailleurs remarquer à plusieurs reprises tout au long de l’ouvrage. Il écrivit d’ailleurs à plusieurs reprises pour Le matin de Paris, journal proche du pouvoir socialiste et disparu en 1987.  Le chef de l’Etat aime la vie politique mais il préfère en être spectateur plutôt que d’en être l’acteur. Parfois l’impression est celle d’entendre un éditorialiste qui théoriserait sur une situation politique, analysant ce qui vient de se passer, ce qui pourrait arriver. D’ailleurs dans cet exercice, Hollande ne se trompe pas, confirmant l’homme politique redoutable qu’il est.

Mais dès sa sortie le livre ne fût pas pris pour ce qu’il est réellement: les mémoires de François Hollande, Président de la République en exercice. Les phrases sorties de leurs contextes ont eu un effet explosif. Celle sur les femmes voilées qui seront les « Mariannes de demain » a été non seulement mal comprise mais aussi déformée. Les passages sur les footballeurs qui devraient « se muscler le cerveau » ou encore « la lâcheté » des magistrats, pour malheureux qu’ils sont ne constituent pas l’essentiel de l’ouvrage, loin de là.

 

Pour l’histoire

 

Passé l’apparente sympathie que peuvent avoir les auteurs pour leur sujet, problème récurrent de tous ceux qui écrivent des biographies, ce livre ne trompe personne. En effet François Hollande a voulu mettre en valeur son bilan comme un ex-président le ferait, pour l’Histoire. Se justifiant sans cesse, argumentant, M.Hollande ne fait jamais la concession de l’erreur de politique, de la mauvaise idée, seulement celle d’un manque cruel de pédagogie et d’une mauvaise communication.

Ce travail entrepris par les deux grands reporter du Monde est à la fois journalistique, pour ce qu’il a d’immédiat et par l’impact qu’il a eus et qu’il ne cessera d’avoir dans les mois à venir, et un travail d’historiens, enquêtant sur le quinquennat Hollande qui n’est pas encore terminé, tant l’ouvrage est argumenté et fouillé. Ce livre fait déjà date parce qu’il fait oeuvre d’Histoire dans un présent qui semble déjà loin.

Alors que François Hollande a renoncé à se représenter, et s’il n’y a que l’Histoire qui peut être seul juge du mandat du président Hollande, il faut bien aider les lecteurs – et citoyens – à s’y retrouver afin de se faire un avis objectif. C’est en cela que le travail de Gérard Davet et Fabrice Lhomme est un travail d’historien. Tout, ou quasiment tout, est là, il ne suffira que de relire ce livre dans quelques décennies pour avoir une idée précise de ce que fût l’histoire politique de la France sous l’ère Hollande.

 

Un homme seul

 

Si cet ouvrage a une vertu c’est celle de comprendre l’homme qu’est François Hollande. Et l’impression qui transparaît de ce livre est celle d’un homme seul, profondément seul, sincère, et d’une grande naïveté.

On a du mal à imaginer la solitude de François Hollande et quels effets cela peut avoir sur l’esprit, le quotidien et la gestion d’un pays. Un passage est d’ailleurs éclairant à ce sujet, les auteurs décrivant le chef de l’Etat seul, le soir, à l’Elysée « branché sur les chaines d’info, comme un patient sous perfusion » avec pour seul compagnie « le rituel du plateau-repas en solitaire, quasi quotidien ». Comme cloitré dans le palais de l’Elysée, avec pour seul fenêtre sur le monde extérieur la télévision.

François Hollande est un homme qui tient pour sacrée la vie privée, incluant dedans ses propres sentiments. Cette distance qu’il tient à préserver est flagrante, à tel point que Gérard Davet et Fabrice Lhomme s’étonnent même qu’à « plusieurs reprises (ils avaient) cette curieuse impression d’être face à un homme qui s’explique très franchement et en même temps qui ne se livre pas du tout ».

Mais avant tout, le péché originel de Hollande, et finalement ce qui le rend si humain, c’est « sa confiance naturelle en l’homme », qui, comme le font remarquer les auteurs, « l’expose terriblement ».  MM. Davet et Lhomme ont réussi à l’humaniser autant que possible, à dévoiler l’homme, finalement normal, qu’est François Hollande. Cette promesse-là est donc tenue.

 

Une erreur de casting

 

S’il est un homme politique redoutable, sachant manier les appareils politiques comme personne, il fût un président de la République brouillon, qui n’a de cesse, tout au long du livre, de reconnaitre des erreurs de communication et de confesser des regrets. La naïveté et la bonhommie du personnage ont étouffés les traits de caractère normalement inhérents à un chef d’Etat.

Tout au long du livre les auteurs mettent le doigt sur le côté politique poussé à l’extrême de François Hollande. Cet homme aime la politique. Il le dit lui-même, il a aimé la campagne présidentielle de 2012, il a aimé être candidat. Mais il n’a pas su gérer la courte transition entre l’état de candidat et celui de président. C’est une idée maintenant confirmée par ce livre, François Hollande a présidé la France comme il a géré le parti socialiste, en permanence à la recherche du compromis. Surtout ne froisser personne, trouver une solution qui satisfasse le plus grand nombre et si possible tout le monde. Mais dans un objectif constant d’être à la bonne avec tout le monde, de ne pas avoir d’adversaire François Hollande s’est créé ses ennemies au sein de sa propre majorité. Le Président de la République n’a pas su gouverner comme l’exige la fonction présidentielle.

Ce livre, avec la description morale et quasiment sentimentale que font les auteurs de François Hollande, dément les récentes déclarations de son ancien conseiller, Aquilino Morelle, qui a déclaré que selon lui M.Hollande « ne voulait pas exercer le pouvoir » mais simplement être Président de la République. Quoi de plus faux que de dire que François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir. Chef de l’Etat il le fût, et il l’est encore pour quelques mois, mais le problème réside plutôt dans l’incarnation de cette fonction. La moindre parole, le moindre geste – se déplacer en TGV, ne pas recevoir de parlementaires à l’Elysée, déléguer au Premier ministre… – fut toujours en opposition à Nicolas Sarkozy.

 

Le « mal(-)entendu permanent », est l’expression que Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont trouvée pour qualifier François Hollande et les cinq années écoulées. En effet tout ne fut que malentendu. D’abord avec les Français à qui M.Hollande n’a pas su expliquer son programme et l’homme qu’il est. Ensuite avec sa majorité, qu’il n’a pas su apprivoiser et en même temps caresser dans le sens du poil. Enfin avec les deux auteurs de ce livre, ou plutôt avec l’intention originale de l’ouvrage. L’effet qu’il fit, la perception qu’en ont eu les Français et les conséquences politiques sont des malentendus de plus dont le président Hollande se serait bien passé.

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Quentin Paillé

Etudiant en deuxième année de licence d'Histoire à l'université de Caen. Futur journaliste. Passionné de politique, de littérature, de politique étrangère, d'Europe et des institutions.

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