Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Interview : Natalia Naidich, au cœur du Ballet Preljocaj

Interview : Natalia Naidich, au cœur du Ballet Preljocaj
mm

Le nouveau ballet contemporain d’Angelin Preljocaj, La Fresque, est actuellement en tournée dans toute la France. Interview de Natalia Naidich, répétitrice au Ballet Preljocaj, avant une représentation à la Comédie de Valence.


 

Depuis quelques mois, le célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj est au cœur de l’actualité culturelle, avec la sortie de deux nouvelles créations : d’une part La Fresque, un ballet contemporain actuellement en tournée, d’autre part l’adaptation cinématographique de la bande-dessinée de Bastien Vivès, Polina (sortie en novembre 2016), dont Preljocaj est le réalisateur. 

Ce que l’on connaît moins, ce sont les coulisses de sa compagnie, au Pavillon noir à Aix-en-Provence. Entre création et répétitions, la vie d’une pièce chorégraphique passe par des étapes essentielles lors desquelles Angelin Preljocaj est assisté par de nombreuses personnes.

Natalia Naidich, une des répétitrices du Ballet Preljocaj, a répondu à mes questions.

 

Comment les premières représentations, à Aix-en-Provence, se sont-elles passées ?

Très bien ! Il faut savoir qu’Angelin Preljocaj continue à travailler sur la pièce après la première. Il continue à affiner des détails encore aujourd’hui, à travailler avec les danseurs, même si l’on peut dire que la structure et le rythme de la pièce ne vont pas bouger.

 

Vous m’avez dit qu’Angelin avait déjà changé certaines choses dans la pièce ; en tant que répétitrice, avez-vous déjà ressenti le besoin de faire des modifications de votre côté, ou allez-vous toujours dans le sens d’Angelin ?

Les situations peuvent être très différentes : parfois, Angelin est là et je l’assiste. Mon rôle est donc de l’aider à conserver une trace de ses idées. Par exemple, lors d’un filage, je note les choses qu’il souhaite changer ou corriger. Ensuite, je travaille avec les danseurs dans ce sens-là.

Il y a aussi des pièces qui sont dansées des centaines de fois ; il est donc normal que des petites choses se délavent, que des rythmes deviennent un peu différents. Dans ces situations, les répétitrices sont un peu les gardiennes des chorégraphies d’Angelin Preljocaj : notre travail est de revenir, toujours, à sa demande.

 

Pour vous, quels sont les principaux atouts de La Fresque ?

Je trouve que c’est une pièce d’une grande sensibilité, un petit bijou.

Le rythme à l’intérieur de la pièce est juste. Il y a des tableaux très différents les uns des autres, ce qui en fait une pièce vraiment riche.


Comment s’organise le travail chorégraphique sur un ballet comme La Fresque ?

La création de La Fresque était particulière, car il y a eu d’autres choses entre les temps de création, des tournées, ainsi que les vacances, ce qui a obligé à plus d’efficacité.

On a commencé à travailler à la fin de la saison dernière en juin 2016, mais nous avons repris à la rentrée de septembre, après des tournées en été. On avait peu de temps, 4-5 semaines, pour finaliser le ballet. C’était un temps assez concentré et plus court que d’habitude, car en général Angelin prend 3 mois.

 

Participez-vous à l’écriture chorégraphique avec Angelin en tant qu’assistante?

Non, c’est un travail qu’il fait avec les danseurs. Cela peut se passer de différentes façons : Angelin peut créer des phrases et le matériel chorégraphique. Parfois ce sont les danseurs qui improvisent,  et lui prend les matériaux proposés pour les travailler. J’ai un regard extérieur ; j’essaie d’apprendre physiquement les mouvements dans l’espace ainsi que la musicalité, pour que mon travail avec les danseurs soit clair.

Pendant la création, il y a eu des jours où il n’était pas là, car il avait d’autres projets à Paris. Mon travail était alors de clarifier ce qu’il avait fait, puisque les danseurs pouvaient avoir des interprétations différentes. Les jours de création où Angelin n’était pas là, je faisais surtout un travail sur les corps des danseurs, dans l’espace. Quand il revenait, cela donnait une base pour qu’il continue à créer.

 

Natalia Naidich et Antonia Torinesi

Natalia Naidich et Antonia Torinesi


La chorégraphie d’Angelin évolue-t-elle au cours des répétitions ?

Cela dépend des pièces. Pour La Fresque, seuls de petits changements ont été effectués : la structure, les tableaux, le rythme, restent les mêmes.

Il y a des pièces qui ont été modifiées, comme, si je ne me trompe pas, Retour à Berratham : c’est une pièce qui durait près de 2h à la création. Elle dure 1h30 aujourd’hui ; le rythme n’est plus le même, c’est une pièce qui a gagné énormément.

 

Vous, Natalia Naidich, quelles sont vos relations avec les danseurs d’une part, avec Angelin Preljocaj d’autre part ? Devez-vous gérer des tensions, avez-vous un rôle d’intermédiaire ?

Je n’ai pas forcément le rôle d’intermédiaire. Angelin est quelqu’un d’accessible, il n’y a pas de souci à ce niveau-là. Je pense que les danseurs ont une relation assez étroite avec lui ; la communication est relativement simple entre eux. Ils ont même des entretiens personnels, où ils parlent avec Angelin. Il faut davantage gérer les moments de stress ou apaiser certaines choses, avant la première représentation par exemple !

 

Pour revenir sur le travail chorégraphique, comme arrivez-vous, à partir de notes sur papier, à transmettre autant d’informations corporelles aux danseurs ? Vous dansez avec eux ?

Je ne danse pas forcément avec eux, même si j’ai appris les mouvements. Je ne danse plus à leur rythme, et je ne pourrais plus faire ce qu’ils font sur scène !

J’apprends donc physiquement les mouvements, et j’essaie de travailler aussi avec mon corps : c’est vraiment important.

Il faut savoir que chaque chorégraphie d’Angelin est écrite sur une partition chorégraphique : c’est comme une partition de musique mais sur laquelle on écrit la danse, en relation à l’espace et aux mouvements. Danny Lévêque, la choréologue du ballet, est responsable d’écrire cette partition, sur les demandes d’Angelin. On peut toujours aller voir cette partition, si on a un doute. Tout est y écrit, même lorsque Angelin utilise des mots pour demander une intention particulière. C’est un outil de travail vraiment important dans la compagnie.

 

Comment se déroule le quotidien au sein de la compagnie ?

Une journée type dans la compagnie ? Les danseurs arrivent à 10h30 ; ils ont 1h30 d’échauffement tous les jours, avec différents professeurs invités, de danse classique, ou de contemporain. Puis entre 12h15 et 18h ont lieu les répétitions, avec 1h pour manger, de 14h à 15h.

Cependant, la vie dans la compagnie est différente selon les danseurs. Par exemple, le groupe de La Fresque a passé dernièrement plus de temps à Aix-en-Provence au Pavillon Noir, puisqu’on était dans un moment de création. L’autre groupe quant à lui a passé à la rentrée 2 semaines en Australie, puis il est parti à Séoul, avant de se produire à Bangkok. Pour la prochaine création, ce sont les autres danseurs qui vont sûrement plus voyager. Le rythme est de toute façon très intense !

 

Pour résumer votre rôle, peut-on dire que vous êtes le chef d’orchestre qui fait travailler les interprètes sur une partition d’Angelin Preljocaj ?

Tout à fait ! C’est une très belle façon de décrire mon travail !

 

Parlons à présent de votre parcours personnel : comment la danse puis l’écriture chorégraphique sont-elles entrées dans votre vie ?

A la base j’étais danseuse ; je danse depuis que je suis toute petite. Je suis Argentine, j’ai donc appris la danse et dansé là-bas.

J’ai fait l’école Béjart en Suisse, puis je suis retournée danser à Buenos Aires. J’étais dans un théâtre à Buenos Aires, et le directeur de la compagnie connaissait une technique d’écriture chorégraphique, inconnue en Argentine. Il voulait depuis longtemps que quelqu’un l’apprenne : c’était l’écriture Benesh. Je suis venue à Paris faire cette formation de 4 ans, où j’ai appris cette notation. C’était très bien pour moi, car j’avais une blessure au genou qui m’avait fragilisée à ce moment-là et j’avais envie de repartir.

A partir de 2004, j’ai surtout réalisé des partitions chorégraphiques pour différents chorégraphes, français ou étrangers. Et en 2011, j’ai su qu’Angelin Preljocaj cherchait un assistant. Comme la partition chorégraphique est un outil très important dans la compagnie, il voulait que ce soit quelqu’un qui sache lire et écrire la notation Benesh, en plus de savoir bouger évidemment ! Une des épreuves de l’entretien de sélection consistait, en une heure, à construire un cours à partir d’un extrait de partition chorégraphique. Il faut donc savoir transmettre, savoir s’exprimer physiquement aussi. C’est ainsi que je suis entrée dans la compagnie en tant qu’assistante.

 

Je tiens à remercier le Ballet Preljocaj d’avoir rendu possible cette entrevue, ainsi que Natalia Naidich pour sa disponibilité chaleureuse.

The following two tabs change content below.
mm

Antonia Torinesi

Passionnée d'art sous toutes ses formes, j'aime parler des œuvres qui me touchent et rencontrer ceux qui les créent.
mm

Derniers articles parAntonia Torinesi (voir tous)

Submit a Comment