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« Logan », arpenter les ruines du mythe

« Logan », arpenter les ruines du mythe
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Dix-sept ans après avoir enfilé pour la première fois le costume de Wolverine, Hugh Jackman livre avec Logan sa dernière apparition dans le rôle du super-héros. Véritable bijou cinématographique, le film marque aussi la fin d’une ère.


 

Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

 

★★★★★ – À voir absolument

 

L’histoire d’un règne

 

Le 16 août 2000, X-Men débarquait dans nos salles obscures françaises. Le cinéaste Bryan Singer, auréolé du succès de Usual Suspect, décide d’adapter à l’écran un genre si peu représenté alors : les super-héros. En offrant à un acteur australien inconnu, Hugh Jackman, le rôle phare, le cinéaste ne se doutait pas du raz-de-marée qu’il allait déclencher. Presque deux décennies plus tard, on fixe toujours à X-Men l’enclenchement d’un règne mondial des super-héros au cinéma. Si – fort probablement – les plus grands films de super-héros sortis depuis 2000 ne comptent pas d’autres X-Men que le premier, la saga a su cristalliser tous les enjeux du genre et a su le faire évoluer vers quelque chose de plus sombre, moins enfantin – la Seconde Guerre mondiale via le passé de Magneto, la guerre froide et la crise de cuba dans X-Men : Le Commencement – mais aussi des thèmes bien plus profonds et universels – l’idée de famille recomposée, la perte d’un être cher, la question de l’évolution dans une Amérique négationniste. Le personnage de Wolverine a même eu droit à deux spin-off (films dérivés de l’intrigue principale des X-Men) : une origin story (comprenez l’exploration du passé du personnage) dans X-Men Origins : Wolverine et une aventure au Japon (?) dans Wolverine : Le combat de l’immortel.

 

Un western sanglant

 

Il y a quelques années, Steven Spielberg faisait une prédiction assez forte en déclarant que « tel le western, le genre super-héroïque disparaîtra de lui même rapidement« . Il associait alors les conditions de productions à la chaîne juste par volonté de faire du profit des deux genres. Et l’ironie et la douce-amère réalité de Logan est que le film, adieu à Wolverine, est un western super-héroïque. Comme si le personnage, ayant enclenché le règne et l’omniprésence des super-héros au cinéma, avait décidé de quitter la scène sous les conseils du maître des blockbusters Spielberg. Bien évidemment, nombreux sont les films de super-héros se mixant à un autre genre : du thriller The Dark Knight au space-opéra des Gardiens de la Galaxie, du film noir Watchmen à la « comédie » Deadpool. Mais quand Logan décide d’être un western, ce n’est pas juste pour lui prendre son ambiance ou son esthétique, c’est pour embrasser son propos et pour livrer un message fort sur le cinéma et nos mythes. De la frontière mexicaine au Canada, Logan inverse les déplacements migratoires américains du XIXème siècle et arpente du Sud au Nord une Amérique salie et désabusée.

 

Crédits: 20th Century Fox 2017

 

Les ruines du passé

 

Dès ses décors désertiques, Logan en appelle à l’imaginaire du western. Ici aussi, nos héros sont des pionniers d’une nouvelle Amérique – des mutants – qui doivent fuir en se battant pour survivre. Le film flirte alors doucement avec le road-trip dans son mouvement et sa vision d’une Amérique perdue. Mais rapidement, Logan se trouve un rythme bien à lui et alterne entre scènes d’une violence inouïes (le film est interdit au moins de 12 ans en France !) et scènes profondément émouvantes et humanistes. Car la plus grande force du film, c’est dans son aspect méta : il a conscience non seulement d’être un film, mais aussi d’arriver 17 ans après X-Men. Le temps est passé, et on se surprend à voir nos protagonistes se balader dans un univers déjà établi. Un univers qui, comme le genre des super-héros aujourd’hui, est en ruine. On déambule dans ce passé laissé à l’abandon, on se rattache à des souvenirs nous venant des précédents films. Pire, on voit que le temps s’est écoulé ; à l’instar d’un Star Wars : Le réveil de la force ou d’un Creed : l’héritage de Rocky Balboa récemment, Logan se positionne comme un dur réveil, un dur rappel à la réalité : le temps s’est écoulé, les personnages qui nous enchantaient enfants ont vieilli, sont fatigués. Plus intéressant et révélateur encore, le film nous identifie surtout à Laura/X23, véritable métaphore du spectateur : elle est jeune, a grandi en entendant les récits des X-Men et autres super-héros, et se rend compte de la désillusion du temps et de Wolverine lui-même : Il n’est pas ce qu’elle a lu de lui. C’est donc à elle de se lever, à elle, issue d’une nouvelle génération, de continuer le combat tandis que nos héros du passé prennent leur retraite. En filigrane dans tout le film, Logan nous montre finalement que nos (super-)héros n’ont jamais véritablement existé, qu’ils ne sont que des mythes – bien loin de la réalité. Les grecs avaient leurs légendes sur les Dieux ; nos Dieux sont les super-héros, dont on se remémore la bravoure pour affronter nos vies.

 

Ainsi donc, Logan est une grande oeuvre méta. Tandis qu’on suit nos personnages arpentant les ruines des mythes, on arpente nous-même notre passé. Creuser le genre du super-héros en tant que western sombre, violent et sans concession, c’est ce que fait Logan, qui signe la fin d’une ère cinématographique. Monumental.

 

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Simon ROBERT

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