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« Loving », l’amour sublimé

« Loving », l’amour sublimé
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Ce mercredi 15 février, sort au cinéma Loving, nouvelle réalisation de Jeff Nichols. Nous avions eu la chance de le découvrir lors de la dernière édition du Arras Film Festival ; en voici notre critique.


 

Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Voilà déjà une décennie que Jeff Nichols sillonne les routes du cinéma indépendant américain. Le jeune réalisateur a pris son temps, mais il s’est bel et bien imposé, au fil de ces dernières années, en nouveau crack du petit monde de l’indé made in Sundance, franchissant pas à pas les étages des festivals avant d’atteindre le sommet avec Midnight Special, son premier film de science-fiction, encensé par la critique et plébiscité par la Berlinale. L’année dernière, c’était donc sur les plates-bandes de Spielberg et de ses confrères que marchait prudemment — et avec une grâce tout à fait remarquable — Jeff Nichols, son tout premier sci-fi movie se voulant aussi intimiste que possible.

Cette fois, c’est sur l’aire du drame historique que le cinéaste a choisi de s’arrêter. Loving narre l’histoire vraie de Mildred et Richard, un couple mixte dans la Virginie des années 1950. Tous deux s’aiment et veulent se marier mais, dans l’Etat où ils vivent, les lois ségrégationnistes subsistent ; de fait, leur union est interdite. L’affaire est aussi simple, aussi laconique et aussi absurde que cela : un couple qui s’aime, un Etat qui les opprime.

En apparence, rien à voir avec les symptômes extra-terrestres d’Alton, l’enfant-protagoniste de Midnight Special, pas plus qu’avec Ellis et Neckbone, les deux adolescents de Mud. Et pourtant : qu’ils soient poursuivis, incompris ou délaissés, les personnages que Nichols met en scène sont toujours aux prises avec un perturbateur qui, quelque soit sa nature, les empêche de libérer l’amour qu’ils ressentent pour leurs proches. Au fond, seule change ici la dimension historique par rapport à ses précédents films ; l’histoire racontée est, elle, toujours la même — amour, famille, croyance.

 

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Copyright Ben Rothstein © Big Beach, LLC

 

Avant l’intervention raciste de l’Etat, la vie suit son cours dans la société de la petite Virginie où Mildred et Richard sont installés. Leurs mots sont simples, doux. « I’m pregnant ». « I’m gonna build you a house ». « I love you ». Sourires. Hochements de tête. Regards amoureux. Ce pourrait être risible, c’est au contraire bouleversant. Avec sa caméra, Nichols étreint ses acteurs, caresse leurs visages, effleure leur peau ; et, par là, épure sa réalisation, l’efface de ses éventuels effets de manche. On reconnaît ici la marque des plus grands mais, surtout, l’extraordinaire minutie et l’immense pudeur du réalisateur. Nul besoin d’emphase : à ses yeux, pour raconter la double histoire de Loving (celle avec un grand H et l’histoire intime de Mildred et Richard), il suffit de lui rester fidèle — c’est-à-dire d’éviter d’accélérer la cadence ou de spectaculariser le réel, écueils récurrents des longs-métrages étiquetés « true story ».

Rester fidèle, justement, à cette note d’intention tout en conservant de réelles ambitions de mise en scène relève alors, pour tout faiseur d’image, du périlleux numéro d’équilibriste. Jeff Nichols relève le défi, comble cet entre-deux avec une totale délicatesse : habités par leurs personnages, Joel Edgerton et Ruth Negga livrent des prestations qui resteront parmi les plus convaincantes de leur carrière, sublimés par une très légère teinte lilas à l’écran, dont les nuances s’ajustent au gré de la rudesse des situations. Leurs personnages sont vivants, humains mais certainement pas en lutte, car le combat n’a jamais lieu ; et c’est dans les silences de leurs dialogues, dans la continuité de leur amour malgré les années qui défilent que leur affection mutuelle est palpable, intacte. 

 

La beauté lumineuse et douce de Loving n’est pas seulement sa grande force ; elle est son état d’âme. Et quand la justice y triomphe enfin, elle le fait sans les paillettes de l’Histoire. Seulement avec une once d’humour — qu’apporte un sublime personnage d’avocat — et une vaste étendue de tendresse, toile de fond de la toute dernière image du film.

 


Clapclap, l’émission cinéma de Radio Londres, passe aussi en revue Loving ! Et nos rédacteurs ne sont pas vraiment d’accord…

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Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique.
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