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Marine Le Pen ou la vision sélective de la justice

Marine Le Pen ou la vision sélective de la justice
Céline Legay

La dénonciation du supposé « laxisme judiciaire » a pendant un temps pu faire écho auprès des électeurs du Front National. Aujourd’hui, aux vues des différentes affaires judiciaires qui touchent le parti, il paraît plus compliqué pour Marine Le Pen de réellement se démarquer sur ce terrain, ou du moins dans le bon sens. Une vision de la justice qui lui est propre, sélective en matière de choix des délits qui doivent être jugés et condamnés.
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« Appliquer la tolérance zéro et en finir avec le laxisme judiciaire ». La 17ème proposition des 144 engagements du projet présidentiel de Marine Le Pen promet aux citoyens de l’action en matière de lutte contre la délinquance, les crimes et délits en tous genres.

Mais aujourd’hui, à l’aune des affaires qui touchent en plein cœur le Front National, la promesse peut apparaître comme teintée d’ironie. Dans la pratique, le discours de Marine Le Pen est différent, ou du moins plus sélectif.  « C’est qui, le parti le plus poursuivi de France ? », titrait le Canard Enchainé dans son édition du 22 février. Le journal satirique a fait le récapitulatif des nombreuses affaires qui visent le FN, et elles sont nombreuses. A ce titre, la formation droitière remporte la palme du parti le plus empêtré dans les affaires judiciaires. Au total : 13 mises en examen ont déjà touché des personnalités du pati. Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête de la formation d’extrême droite, toutes les campagnes électorales du Front National ont fait l’objet d’enquêtes judiciaires.

 

Soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen

 

Concernant sa campagne pour la présidentielle de 2017,  l’affaire la plus médiatisée est sans doute celle qui se réfère aux soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen.

Un rapport de l’Olaf (l’Office européen de lutte anti-fraude) de juillet 2016 fait état de l’établissement de « faux contrats d’assistants parlementaires ». N’ayant pas de pouvoir judiciaire, l’organisme européen a transmis son rapport à la justice Française, qui a ouvert une information judiciaire le 15 décembre dernier pour « abus de confiance et recel, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux et travail  dissimulé »De son côté, l’Olaf a sommé Marine Le Pen de rembourser 339 000 euros au Parlement européen, au motif que celui-ci aurait payé des salaires à des « assistants fantômes ». Une vingtaine de membres du FN seraient concernés dans cette affaire, dont son père Jean-Marie Le Pen, l’euro-député Bruno Gollnisch, sa cheffe de cabinet Cathérine Griset, ou bien encore son garde du corps Thierry Légier.

 

Un comportement à l’égard des policiers qui résonne comme une fausse note 

 

L’épisode du Parlement européen a aussi mis en lumière une autre contradiction de la candidate frontiste. Le 22 février, Marine Le Pen a refusé de répondre aux interrogations de la police de Nanterre concernant les soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur elle. «  Comme pendant les régionales, je ne répondrai pas pendant la campagne électorale. Cette période ne permettant ni la neutralité ni la sérénité nécessaire au fonctionnement correct de la justice  », a-t-elle indiqué par la suite à la l’AFP. En tant qu’eurodéputée, son immunité parlementaire lui permet ce refus de se rendre aux convocations de la police judiciaire. Cependant, le comportement affiché de la présidente du FN à l’égard des forces de l’ordre est bien loin des discours traditionnels pro-policiers du parti.  Le Front National, qui s’était érigé comme le fervent défenseur de la police (comme en témoigne son dernier clip de campagne), se retrouve à son tour à devoir rendre des comptes avec elle. Un comportement qui résonne comme une fausse note dans la communication de la formation d’extrême droite, qui s’était placée comme le principal soutien des policiers et gendarmes. 

 

« Les Français n’en ont pas marre d’entendre parler des affaires, ils en ont marre qu’il y ait des affaires »

 

 

« C’est quand même assez étonnant que deux mois avant la présidentielle, il y ait cette très forte activité judiciaire », avait déclaré Marine Le Pen au 20h de TF1 le 22 février. Face aux accusations qui pèsent sur elle et le FN,  la candidate frontiste dénonce une instrumentalisation de la justice, à seulement quelques semaines de l’élection tant attendue, et critique la rencontre entre le calendrier politique et judiciaire.
Sur ce point précis, la candidate a changé d’avis. Franceinfo a en effet pu retrouver une vidéo de 2004 de l’émission de France 2 « Mots Croisés », où en pleine affaire judiciaire sur les emplois fictifs de la mairie de Paris qui mettait en cause Alain Juppé, Marine Le Pen tenait ce jour-là un tout autre discours, plus proche de sa proposition de campagne sur la tolérance zéro en matière de justice :

« Tout le monde a piqué de l’argent dans la caisse, sauf le Front national. Et on trouve ça normal ? Oh ben non, c’est pas très grave, à la limite, les Français en ont marre. Mais les Français n’en ont pas marre d’entendre parler des affaires, ils en ont marre qu’il y ait des affaires. Ils en ont marre de voir des élus qui détournent de l’argent. C’est scandaleux ! »

Aux vues des différentes affaires qui touchent le Front National en plein cœur de la campagne, si son 17ème engagement, qui promeut la tolérance zéro en matière judiciaire, devait s’appliquer aujourd’hui, Marine Le Pen serait peut-être finalement la première à en payer les conséquences.

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Céline Legay

Apprentie journaliste passionnée par l'actualité internationale, politique, et les sujets sociétaux. Amoureuse des voyages et des découvertes en tous genres.

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