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« Moonlight », vers les étoiles

« Moonlight », vers les étoiles
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Moonlight raconte la vie en trois chapitres de Chiron, jeune afro-américain né en Floride. Chiron, garçon renfermé, fils d’une mère droguée et d’un père absent, va se battre pour trouver son identité au milieu de la violence et des trafics de stupéfiants. Une histoire d’acceptation et surtout de découverte de soi. 


 

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Moonlight se vit et se regarde d’abord comme un douloureux roman d’apprentissage. La venue au monde de Chiron, jeune afro-américain né en Floride, porté par la souffrance de l’environnement qui l’a vu naître. La première fois qu’il apparaît à l’écran, c’est pour être sauvé par Juan, dealer de drogue – joué par un Mahershala Ali impeccable – d’une bande de jeunes garçons qui le poursuivent. Petit, pauvre, fils d’une droguée et d’un père absent, Chiron ne connaît que le silence comme remède.

Commence alors l’histoire de Chiron et de Juan. Il ne trouvera pas le salut avec lui, ni avec sa compagne, interprétée par l’excellent Janelle Monae. A la place, quelques instants de bonheur, comme volés, et une absence de réponse à une lancinante question, qui lacère l’ensemble du film, jusqu’à l’acceptation finale : Chiron est-il gay ?

Comme un leitmotiv, en trame délicate et complexe, la romance qui se noue avec son amour de jeunesse commence à tisser la complexité du héros. En trois chapitres qui sonnent comme trois actes, Barry Jenkins, réalisateur et scénariste, offre à son Chiron une profondeur psychologique assez inédite pour un personnage afro-américain.

Jenkins semble s’être saisi d’un sujet jusque-là souvent survolé pour se l’accaparer. Les trois chapitres de la vie Chiron sont très brefs : un jour, un instant, quelques heures. Le réalisateur fait la photographie d’un instant T dans la vie du garçon pour dépeindre aussi bien sa trajectoire personnelle que la complexité de son environnement. A coup de lueurs pastels, il montre la violence des quartiers pauvres, la dureté de relations phagocytées par la drogue et la misère.

Mais malgré le malheur d’une vie qu’il décrit sans en cacher les détails sordides, ni sans épargner ses personnages, Moonlight parvient à ménager des instants de grâce. Au détour d’une bagarre, quelques instants après que la foudre se soit une nouvelle fois abattue sur son personnage principal, Jenkins lui offre quelques moments de répit. Souvent, sur la plage, “l’endroit” préféré de Chiron, comme lorsqu’il apprend à nager avec Juan, ou qu’il embrasse son premier amour. Ces oasis de douceur, toujours inattendues après les pires moments de tempête, sont la vraie force du film. Malgré tout, elles poussent Chiron à continuer, à se construire, à aller de l’avant.

 

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Copyright David Bornfriend

 

Une ode à la vie et à l’amour, malgré tout : c’est ce qu’est Moonlight. Dans toute sa brièveté, quand le spectateur se sent presque comme un voyeur, un intru dans la vie si terrible de Chiron, le film parvient à nous ramener à l’universalité de ces instants de vie. La bande originale, mêlant classique et contemporain, y est pour beaucoup. La composition de Nicholas Britell, toute en douceur, fait corps avec le film ; chacun des morceaux est là pour sublimer l’instant, pour accompagner la caméra de Jenkins et le jeu presque organique de ses acteurs.

On pourra reprocher à Moonlight ses questions sans réponses, ses ellipses faciles, où encore l’alternance aléatoire des points de vue, qui troublent la cohérence narrative du film. Les critiques existent, car c’est un film imparfait, dont le montage prend parfois des allures de court-métrage. Mais Moonlight a le courage de s’attaquer avec franchise à la complexité des vies des noirs Américains, autant dans leur sexualité que dans leur rapport à l’homme avec un petit h.

La masculinité noire, thème central du film, n’aura peut-être jamais été aussi bien filmée. Adulte, devenu dealer comme Juan, tout en muscle et en bijoux en or, Chiron n’en est pas moins d’une extrême vulnérabilité lorsqu’il retrouve son amour de jeunesse. Loin, très loin de l’archétype du mâle dominant tétanisé par sa sexualité. A la place, il représente son personnage en plein questionnement, tout en fragilité et en acceptation. Jenkins entrevoit alors avec sa caméra des instants qui sonnent comme une vérité pure ; et dans ces instants, Moonlight s’envole, haut, très haut, vers les étoiles.

 

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Alexandra Saviana

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