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Populisme : la lutte impossible ?

Populisme : la lutte impossible ?
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On ne peut que constater la récurrente montée du populisme en période de crises économiques, politiques et sociales. Est-ce le « cancer » de la politique ? Peut-on lutter ?


À chaque époque trouble ses populistes, qui perturbent pour quelques années, ou plus si affinités, la sphère des débats politiques.  Celui-ci mène dangereusement notre monde et l’attirance pour ce courant paraît indubitablement mauvaise : on s’éloigne des vraies solutions, pour ne débattre que de promesses radicales et opportunistes.

Dessin Bloem

Dessin Bloem.

 

Un populisme, des populismes

 

Qu’est-ce que le populisme, d’ailleurs ? Celui-ci consiste en un discours politique qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants, les élites. En effet, le terme de populisme fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône son recours. Celui-ci est ainsi porté par les peuples, par leur colère, et par leur bon vouloir électoral – bien que le peuple entier soit loin de se retrouver dans le populisme.

Même si la classe médiatique condamne dans sa majorité les populistes signe sans doute qu’elle constitue une classe éduquée consciente que le populisme n’est pas une vraie réponse mais aussi que celle-ci est à l’abri des plus grands dangers économiques ou de la précarité, les politiciens populistes rencontrent cependant un grand succès dans le monde, succès couronné récemment par l’élection de Trump à la Maison-Blanche. Nous avons ici affaire à la réussite de ce qui se rapproche d’un populisme d’extrême-droite, à distinguer du populisme d’extrême-gauche et des autres.

Rien ne semble dissuader une part croissante des électeurs de nos démocraties modernes de se tourner vers le populisme, soulignant chaque fois un peu plus le fossé qui semble séparer l’élite politique des citoyens peu impliqués dans la vie politique. A ce sujet, les populistes opposent souvent le peuple aux élites, les intérêts de ces derniers étant supposément incompatibles avec ceux des électeurs. Le populiste prend donc les élites comme cible de ses critiques, au risque de condamner le droit à l’expertise ou au réalisme. Le magazine américain Foreign Policy le souligne dans un article signé James Traub :

« Peut-être que nous sommes devenus si enclins à célébrer l’authenticité de chaque conviction personnelle que cela devient élitiste de croire en la raison, l’expertise et les leçons de l’Histoire »

Le rôle de l’élite d’une nation est réel et réduire la responsabilité des crises aux seules élites semble une analyse pauvre.

 

Le populisme toujours plus en vogue, des solutions qui peinent à émerger

 

Qu’a-t-on fait ? Des stratégies d’endiguement du populisme sont toujours cherchées. Malheureusement, la stratégie adoptée par les politiciens pour combattre les populistes de la droite extrême revient parfois à radicaliser son propre propos ou se rapprocher de leurs discours, à travers la formulation d’analyses simplistes et de promesses légères. Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne pour la primaire de la droite et du centre, en a été un bon exemple. La tentation de leur voler des électeurs en appliquant leurs bonnes recettes est en effet présente.

Le bilan de ces dernières années n’est pas convaincant, avec une montée significatives des populismes, encore et toujours, fleurtant avec les extrêmes. Les électeurs sont toujours plus « tentés par le risque », comme le formule justement Serge Halimi dans Le Monde diplomatique à propos de Donald Trump. La lutte paraît de plus en plus difficile et le populisme apparaît comme une fatalité de la vie politique en temps de crises, occupant le terrain, allant jusqu’à dicter les thèmes principaux desquels discuter, enlisant parfois le débat jusqu’à l’absurde

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Caricature Heiko Sakurai

Caricature Heiko Sakurai.

 

Relativiser la situation et entrer en réflexion : un phénomène de montée du populisme à prendre en compte

 

Peut-on seulement vouloir bâillonner la voix de ces personnes qui votent pour des politiques dits populistes ? Ceci est l’éternelle question, une interrogation d’autant plus légitime que celle-ci se pose aussi dans le cadre d’une montée de l’extrême droite dans beaucoup de pays occidentaux. Peut-on résumer ces électeurs à des ignorants, à des fous ? Au final, le vote est leur seul moyen efficace pour se faire entendre, car leur résignation dans les urnes pour d’autres projets n’entraînerait jamais une aussi grande remise en question de l’élite politique, intellectuelle et médiatique, qui paraît souhaitable malgré sa lenteur ; c’est-à-dire le premier pas pour de véritables changements au cœur de la machine politique. Est-ce l’unique point positif des décisions parfois surprenantes de l’électorat ayant succombé aux yeux doux des populistes ? D’ailleurs, cet électorat « succombe »-t-il seulement à des discours ? Ne serait-ce pas sous-estimer la réflexion individuelle de chaque individu ? La façon même de décrire et de prendre en compte le comportement électoral pose question.

Il semble aussi intéressant de constater que la crise économique ne permet pas un grand champ d’action, de toute manière : la pauvreté, le chômage et les inégalités ne seront pas résorbés en une nuit, quel que soit le parti politique au pouvoir. Bien que des améliorations puissent se faire sentir, les populistes ne feront, ainsi, pas de miracles. Impossible d’appeler à la résignation cependant, d’autant que beaucoup de chemins attendent d’être explorés (ou ré-explorés) : il faut essayer de se réinventer coûte que coûte, faire ne serait-ce qu’un peu mieux. Aujourd’hui, on ne peut également qu’appréhender l’importance que prend l’attitude, le style, la volonté des dirigeants au regard des peuples, par rapport aux purs et simples résultats politiques et économiques. Il est possible de se faire juger sur bien d’autres choses, comme le prouve l’émancipation fulgurante et réussie d’Emmanuel Macron en France. Ceci peut immensément profiter au populiste, qui sait user de son aura plus que de raison, mais peut aussi faire émerger ses concurrents les plus féroces, pourtant des candidats réputés plus sérieux au sein de l’échiquier politique.

 

Le combat contre les voix populistes qui s’élèvent

 

Sans empêcher la vogue des populistes, peut-on l’entraver ? Concentrons-nous encore sur la France. Au-delà de la radicalisation du discours politique, à l’image d’un Sarkozy sur les politiques de sécurité lors de la campagne de la primaire de la droite et du centre, il existe beaucoup d’autres voies. Former des coalitions politiques fortes ou faire émerger des leaders modérés semble une alternative probante. Ceci se révèle néanmoins parfois impossible, comme la gauche française ultra-divisée le prouve : l’absence de leader désigné et les difficultés que rencontre la faction politique à assumer le bilan impopulaire du Parti Socialiste au gouvernement la mène à l’impossibilité d’afficher une claire alternative aux populistes – même si, ayant pu le faire, aurait-ce seulement payé ?

François Fillon, nouveau leader de la droite ultra-libérale et conservatrice, pourra peut-être unir toutes les droites et vaincre le populisme ambiant. Son positionnement stratégique pourra éventuellement lui permettre de chasser sur les terres de l’extrême droite. A l’opposé sur l’échiquier des partis, l’extrême gauche a une couverture médiatique en hausse et promet souvent une « révolution sociale » et des mesures anticapitalistes. Cela n’est-il pas furieusement antisystème, un thème phare du populiste ? S’inscrire à contre-courant des excès de la mondialisation, de la montée des inégalités et de la précarité peut également sembler une alternative envisageable, bien que cela ne sera sans doute pas à même d’attirer les foules : Jean-Luc Mélenchon a une popularité toute relative. Nous pourrions aussi décrire ce discours comme une forme de populisme d’extrême gauche. Pascal Hérard en parlait en mai 2014 :

« Jean-Luc Mélenchon tire à boulets rouges sur les élites politiques en appelant à ce qu’ils « s’en aillent tous » (titre de l’un de ses ouvrages) et promet des lendemains qui chantent où le peuple pourrait enfin décider du sort de la nation. Le populisme agressif d’un Jean-Luc Mélenchon est celui d’une extrême gauche antiraciste, opposée à l’Europe libérale, une gauche souverainiste d’un point de vue économique bien qu’internationaliste… »

 

 

Caricature Plantu

Caricature Plantu.

 

Revenons sur l’exemple de Donald Trump. Le magnat de l’immobilier devenu Président des Etats-Unis d’Amérique est un habitué des déclarations douteuses. Il semble possible de dissuader les politiciens comme lui de proférer des mensonges, à travers la pratique du « fact-checking », notamment sur Twitter. Cela consiste tout simplement à vérifier les faits énoncés par des personnalités publiques, sachant que la diffusion des informations récoltées est susceptible de les décrédibiliser.

Le Washington Post a même mis en place un système de vérification des tweets de Donald Trump, qui, une fois installé, clarifie les dires du Président et rappelle le contexte. Ici, un exemple d’affichage au tweet de M. Trump prétendant avoir « gagné le vote populaire » à la présidentielle américaine si on « déduit les millions de gens qui ont voté illégalement » :

"Ceci est incorrect ou faux."

« Ceci est incorrect ou faux. »

 

Certains proposent également de refuser une audience ou de l’attention aux représentants du populisme, mais on peut critiquer un traitement défavorable qui ne respecte pas les règles du débat démocratique. Ainsi, un blocage d’une minorité étudiante de Sciences Po Paris avait entraîné en novembre dernier l’annulation de l’invitation de Florian Philippot sur le campus parisien. Limiter le temps de parole et la visibilité de ceux qui dérangent, une solution réelle ?

La déception et la colère grondent, ces temps-ci, dans bon nombre de démocraties occidentales. A travers quelques exemples parmi tant d’autres, qui se veulent concrets avant tout, nous avons souligné la possibilité d’un rebond. Laissons Pierre Moscovici conclure sur la nécessité d’une action européenne, notamment d’Europe de l’Ouest, qui reste préservée de toute présidence populiste pour le moment et peut sauver l’honneur face aux choix américains ou hongrois.

« Si sursaut il y a, ce doit être celui des anti-populistes, celui des Européens. Nous avons reçu suffisamment de signaux d’alarme depuis une décennie – avec une accélération marquée depuis deux ans – pour que nous entendions le réveil et que nous nous mettions en mouvement. Tout de suite, maintenant. » (Débats La Croix, décembre 2016)

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Sophie Paques

Lycéenne en terminale S passionnée par l'actualité, particulièrement par les sujets de politique et société.
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Comments

  1. Je comprends votre optimisme (vous êtes encore lycéennes, si l’on n’est pas fou d’espoir à 18ans, quand le sera-t’on) et votre refus de la résignation vous honore.

    Mais parier sur le fact-checking est un contre sens dangereux. (Les expériences Britaniques et Américaines en sont une preuve suffisante : le fact checking est utile, indispensable, et, dans des affaires de campagnes électorales, parfaitement inefficace.)
    Les campagnes sont des moments puissamment irrationnels. (Lisons Cialdini !)

    Vous esquissez trois tendances qui pourraient être efficaces :

    * Fillon tente de fédérer l’identité chrétienne. Malheureusement pour lui, l’affaire Pénélope est en train de le plomber. Si il n’arrive pas à tout mettre sur le dos de la presse (que les français n’aiment pas), il est cuit (mais il ira au bout, et fera ses 15%-18% au lieu de 20-25%). Si il est au deuxième tour contre MLP, la gauche ne votera pas pour lui.

    * Macron tente de faire fait vibrer les foules en évitant soigneusement de parler de son programme, et en se construisant une figure quasi Gaulliste (voix erraillée, et tout). Lu quelque part : « Macron c’est le parti de ceux qui veulent renverser la table, mais après avoir débarasser et fait la vaisselle ». Problème: sur un second tour façe à Le Pen, la droite et l’extreme gauche ne veulent pas voter pour lui.

    * Mélenchon peut faire l’inverse : après avoir harrangué les foules pendant des années, et tout en montant ses electeurs contre des « élites », appuyer une programme fourni et plus « polissé » qu’avant (même si la question du financement lui parait toujours aussi « vulgaire ».) Ca serait un populisme « adouçis ». Mais la droite irait voter en masse pour MLP contre lui.

    * Bayrou : nan je rigole. Il va faire un belle campagne. Abordera un nouveau sujet de fond que tout le monde raillera avant d’en parler pendant 15 ans (je parie sur le végétarisme ou la méditation.) Et il fera 4.5% au 1er tour (ce qui lui coutera des sous), alors qu’il ferait 85% au deuxième contre MLP. On appelle ça un « gagnant de Condorcet ».

    Si j’ai oublié un scenario qui ne fait pas gagner MLP, je suis preneur. (Et on n’est que Lundi, j’épargne la victoire du FN au 1er tour.)

    Donc, non, la lutte n’est pas impossible. Pour le moment, elle est juste perdue.

    Tant pis. Nil novi sub sole. Vanitas.

    PS : J’exagère. Une chose peut encore faire perdre MLP, pour le moment : MLP. Si ça se trouve, il suffit de lui poser la question « au fait, ça sera qui votre 1er ministre, Florian ou Marion ? » pour déclencher sa perte. Qui osera ?

  2. Dorian Severin-Eudes

    Il est bon de se souvenir qu’un jour la démocratie libérale à été un de ces extrêmismes populistes qu’on est si prompt à décrier.
    1789 n’était pas exactement une rupture cordiale du contrat social Hobbsien, autour d’un thé et de petits biscuits.
    Le suffrage universel a été aussi récemment qu’au début de la IIIème république décrié comme un appel au populisme.

    Parler d’analyse simpliste de la réalité par « les populismes », quand soit même l’on adopte un point de vue réductionniste concernant le monde politique, tant dans ses enjeux que ses représentations, me semble particulièrement ironique.

    Les « élites » peuvent sembler floues dans le discours de la gauche, a condition qu’on oublie totalement l’analyse critique du capitalisme par Marx.

    Idem concernant le discours d’extrême droite qui s’attaque presque exclusivement a des notions d’élitisme culturel.

    Amalgamer des discours aussi divergeants que ceux de Mélenchon et Le Pen sous prétexte de l’usage d’une terminologie « populaire » ne recouvrant ni les mêmes griefs, ni les mêmes réalités, revient à pratiquer ce réductionnisme dont ont les accuses.

    Tous pourris reflet du tous pourris.

    Doit on rétablir le suffrage censitaire alors, pour tenir à distance ces hordes populaires illetrés si facilement instrumentalisables?

    Un article incendiaire et simpliste.

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