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« Seuls », une belle tentative teintée d’échec

« Seuls », une belle tentative teintée d’échec
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Un matin, vous vous réveillez comme d’habitude mais votre ville est déserte, comme si tous les habitants avaient été évacués sans vous. Vous finissez par rencontrer quatre autre jeunes mais un cinquième individu rôde dans les parages armé de couteaux : comment réussissez-vous à vous sortir de là ? C’est là l’enjeu du film Seuls. Critique.


 

Leila, 16 ans, est une lycéenne ordinaire. Un jour, elle sèche les cours pour aller à la fête foraine. Le lendemain, elle se réveille en retard mais la ville est déserte et les habitants semblent avoir été évacués dans la précipitation. Elle rencontre Terry et Camille, puis Yvan, le fils d’un milliardaire, et enfin Dodji, un adolescent indépendant et solitaire. Ensemble, ils vont chercher à comprendre ce qu’il s’est passé, alors qu’un épais brouillard enserre la ville et qu’un individu les traque, armé de couteaux.

 

★★★☆☆ – À voir

 

Une réalisation travaillée

 

L’ambiance oppressante est l’un des gros points forts du film, surtout lorsqu’on le voit en grand écran. Les effets spéciaux sont bien travaillés, surtout ceux pour rendre le brouillard crédible, à la fois menaçant et mystérieux. Les plans sur la ville vide avec une bonne utilisation des couleurs froides (notamment le gris et le blanc) pose bien le cadre post-apocalyptique. Aucun personnage n’a de souvenir et le spectateur est aussi ignorant qu’eux : que s’est-il passé dans la nuit pour que tout le monde disparaisse sauf eux ?

Le lieu et l’époque ne sont pas donnés. Le quartier de Leila ressemble à une banlieue pavillonnaire à l’américaine, tandis que le quartier de Camille, la Cité des Fleurs, est une banlieue parisienne avec des grandes barres d’immeuble. On mentionne également le périphérique, ce qui semble situer l’action dans une ville de banlieue proche de Paris.

La musique renforce la tension avec un son électro qui augmente l’angoisse du spectateur, déjà bien mis sous tension par l’image. Le film arrive par ces aspects à égaler certaines productions américaines, montrant de réels moyens donnés à la production, ce qui prouve que le cinéma français a des moyens et des outils pour créer un produit fini, cohérent et travaillé.

 

Des personnages forts

 

L’ambiance du film repose aussi sur les personnages, qui sont l’autre gros point fort. Le groupe est composé de deux filles, Leila et Camille, et trois garçons, Terry, Dodji et Yvan. Chacun se distingue et se démarque des autres avec une personnalité propre. L’histoire s’attarde sur chacun d’entre eux et ils ont tous un rôle clé dans le déroulement de l’action, même si Leila est clairement l’héroïne du film.

C’est sur elle que l’histoire commence : son frère Aysam, qui est son modèle, est à l’hôpital en chambre stérile. Il semble avoir été victime d’un accident de la route bien qu’on n’ait aucune information dessus. Son père est médecin et il travaille à l’hôpital où est soigné Aysam. Elle essaye de défendre un camarade harcelé au lycée et se bat avec une fille qui insulte son frère. Pour éviter d’être convoqué chez le principal, elle sèche les cours et se rend à la fête foraine où elle s’amuse au stand de tir ou dans les manèges. Elle est la leader de la bande, elle conduit et se bat sans problème. Elle a un fort caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle sait utiliser une arme à feu. Protectrice, elle refuse de laisser quelqu’un derrière et c’est elle qui console les plus jeunes lorsqu’ils paniquent ou qu’ils craquent car leurs parents leur manquent. Elle montre peu à peu des sentiments pour Dodji.

Dodji est trouvé par Terry, Leila et Camille, menotté dans un commissariat. On apprend plus tard qu’il a tué le compagnon violent de sa mère. Il refuse dans un premier temps de rester avec le groupe mais quand il le retrouve blessé dans un tunnel et que Leila le soigne, il décide finalement de rester avec eux. Il est solitaire, indépendant mais protecteur avec les plus jeunes, et n’hésite pas à se mettre en danger pour protéger ses amis. Il se déplace en scooter et sait aussi utiliser une arme à feu. Il semble être croyant.

 

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Copyright StudioCanal

 

Yvan est le fils d’un banquier milliardaire. Terry, Camille et Leila le trouvent après avoir rencontré Dodji au commissariat mais c’est chez Yvan qu’ils l’emmèneront pour être soigné. Yvan est peureux, naïf, plein de préjugés, mais il a un fort sens de l’humour et il réfléchit plus que Dodji et Leila, qui agissent parfois à l’aveuglette. Il est notamment très doué avec la technologie et manipule une vieille radio pour entrer en contact avec de potentiels secours.

Camille est une enfant fragile. Timide, elle n’ose pas demander de l’aide et craque lorsqu’elle est sous pression mais elle ne manque ni de courage ni de répartie. Elle semble avoir une relation conflictuelle avec son beau-père et sa mère lui manque beaucoup. Elle est sage et timorée mais se révèle beaucoup plus forte et combattive vers la fin du film, lorsque l’étau se resserre.

Terry est le personnage le moins approfondi. On apprend vers la fin de l’histoire que sa mère dirige une association en faveur des handicapés mentaux. Il a, comme Yvan, un fort sens de l’humour et de la répartie et est assez impulsif. Même s’il est le plus jeune, il n’a pas peur et prend au début la situation comme un jeu. Il lui arrive de faire référence à des produits de la pop culture comme la série The Walking Dead.

On applaudit l’initiative du réalisateur de mettre à la tête de la bande un personnage féminin fort, combattif, courageux et solidaire tel que Leila. Le personnage de Camille n’est pas en reste : plus fragile et timide, elle montre peu à peu sa détermination et son courage dans l’adversité. Les garçons ne sont pas pour autant délaissés avec trois figures différentes : Yvan est le plus cérébral mais s’il est, au début, le cliché de l’enfant riche, enlevé dans sa tour d’ivoire qui doit se confronter aux difficultés du monde réel, il parvient à se délester de ses préjugés pour devenir aussi valeureux que ses camarades ; Dodji est le loup solitaire, détaché, indépendant, le cliché du bad boy délinquant et bagarreur, qui se révèle être soucieux des autres, protecteur et qui n’hésite pas à se sacrifier ; Terry mûrit tout au long du film : il passe de gamin insouciant à un garçon réfléchi, sérieux et courageux.

 

Un scénario qui peine à suivre

 

La bande de héros est très bien construite avec des personnages différents et avec des caractères bien dessinés, avec chacun un back-ground plus ou moins approfondi. A l’opposé, les deux antagonistes sont très flous dans leurs intentions. On a le « maître des couteaux » comme le surnomme Terry en référence à une BD ainsi que Saul, un garçon blond, cruel, qui soutient les théories fascistes et qui n’hésite pas à enlever une enfant dans le but de l’épouser. Cependant, on ne connaît rien de lui, ni de son sbire à couteaux.

Saul espionne la bande au moyen d’un drone et utilise une arbalète comme arme. Il est mentionné au début de l’histoire comme un fusil de Tchekov mais assez mal présenté, de manière brouillonne et rapide. On ne sait pas pourquoi il enlève cet enfant en particulier, ils semblent se connaître mais on ne sait pas d’où, on ne sait pas pourquoi il veut à tout prix l’épouser, il semble en savoir long sur les autres mais on ne sait pas vraiment comment. Le scénario tend à le montrer comme le grand antagoniste omniscient mais on a du mal à comprendre comment il sait tout ça, pourquoi il agit ainsi et quel est son réel but. Il n’aime pas Leila et Dodji car ils sont respectivement arabe et noir mais cela semble un peu léger pour justifier ses actes. Ses moyens semblent illimités puisqu’il possède un drone, des armes et une arbalète, il a un fort pouvoir sur le « maître des couteaux » qu’il manipule facilement, sans qu’on sache comment ils se connaissent aussi.

 

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Copyright StudioCanal

 

La première moitié du film installe l’histoire et reste cohérente : les cinq enfants se rencontrent, cherchent à savoir ce qu’il se passe et sont traqués par un individu avec des couteaux tout en cherchant à contacter les secours.

La seconde semble se perdre avec les rêves de Leila, qui n’ont finalement aucune réelle importance, si ce n’est de montrer le lien fort qui l’unit à son frère ; c’est ce lien avec son frère qui va résoudre l’intrigue – mais il n’était pas nécessaire de créer un suspense avec les rêves, qui ne sont finalement pas exploités. On se perd aussi avec les réelles capacités de Saul et du « maître des couteaux » : l’enlèvement en est un parfait exemple. Il n’est pas filmé et on ne sait absolument pas comment Saul a fait, puisqu’il ne prend presque jamais part à l’action dans le film, restant à distance pour observer à travers son drone. On ne retrouve que la chambre vide avec la fenêtre ouverte à l’extérieur sans qu’on sache qui a enlevé l’enfant, comment il a fait pour s’enfuir avec sa victime et pourquoi l’enfant en question ne s’est pas débattu.

On sent que le film doit être conclu et qu’il reste beaucoup de choses à inclure, notamment le gros twist final qui retourne toute l’histoire. On enchaîne alors beaucoup de situations qui ne sont pas vraiment bien expliquées et approfondies. On comprend que ne pas avoir lu la BD originelle laisse des lacunes, mal comblées par le film, qui cherche à inclure beaucoup d’éléments pour aboutir à son twist puis à sa grande conclusion, magnifiquement filmée, dans un décor très dystopique, et qui ouvre vers de possibles suites.

 

Seuls est une belle tentative mais teintée d’échec. On peut saluer le travail du réalisateur pour installer une ambiance fascinante et prenante. Le spectateur est pris entre rêve et réalité, dans une atmosphère à la fois fantastique et glaçante. Les acteurs jouent extrêmement bien, tous sans exception, même les plus jeunes. On a une véritable évolution dans leur jeu qui suit l’évolution des personnages et du groupe qui peu à peu se soude pour finir par être inséparable. Si les acteurs sont pour certains encore inconnus du grand public, hormis Stéphane Bak qui se montre aussi bon dans le drame que dans l’humour, on peut leur promettre une belle carrière. Mais les incohérences scénaristiques ne permettent pas, hélas, au spectateur de s’immerger pleinement dans le film.

 

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Phéline Leloir-Duault

Hypokhâgneuse. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

Comments

  1. Mario Leplaideur

    La BD est par ailleurs une série de volumes, ce qui rend le développement de l’intrigue beaucoup plus complexe et détaillée. On apprend au fur et à mesure à formuler des hypothèses sur la situation dans laquelle sont les personnages;des hypothèses auxquelles l’auteur répond petit à petit, on n’est donc pas laissé sur sa faim. J’invite tout le monde à la lire, elle est très bien 🙂

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