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Slovaquie : l’ascension fulgurante de l’extrémisme

Slovaquie : l’ascension fulgurante de l’extrémisme
Philippine de Beaumont

Le 1er février, le chef du gouvernement slovaque, Robert Fico, présentait une unité de police pour la lutte contre l’extrémisme, ajoutant une nouvelle composante à l’agence nationale anti-criminalité. Cette mesure intervient dans un contexte particulièrement compliqué pour le pays : la Slovaquie est marquée par l’extrémisme, en particulier au sein des rangs politiques. 


 

En France, le nom  de Marian Kotleba ne nous dit rien. Et pourtant, la presse française s’était vaguement agitée après son élection au poste de gouverneur de la province de Banská Bystrica en Slovaquie, en novembre 2013. « Raciste », « xénophobe » ou encore « néofasciste », tels étaient les mots régulièrement utilisés pour le décrire. Chef du parti néo-nazi LSNS (Notre Slovaquie), Marian Kotleba est depuis toujours connu pour ses positions extrémistes. Opposé à l’Union européenne, à l’OTAN, et surtout aux immigrés et aux Roms, ce dirigeant a pris l’habitude de se faire appeler « vodca », soit « führer » en slovaque. Fanatique assumé de l’Etat slovaque clérical fasciste de la période de la seconde guerre mondiale, Kotleba refuse de reconnaître les crimes commis par les nazis et évite consciencieusement tous les hommages rendus à leurs victimes. Son passé, Marian Kotleba ne le cache pas. En 2003, il créé un parti, Ensemble, dont les membres portaient un uniforme ressemblant à s’y méprendre à celui des SS de la Seconde Guerre mondiale. Ce parti sera interdit en 2007 pour son extrémisme violent.

Mais ces agissements ne semblent pas repousser les slovaques, puisque depuis les législatives de mars 2016, en plus de diriger une province, le parti LSNS occupe 14 sièges au Parlement. Cependant, ce parti ne monopolise pas tous les bancs de l’extrême droite slovaque. On relève aussi celui de Boris Kollak, Sme Rodina (Nous sommes une famille), et SNS (Notre Slovaquie), aux aussi rentrés au Parlement depuis les législatives de 2016. Et si SMER SD (Direction Démocratie sociale), le parti actuellement au pouvoir, se réclame socialiste, il n’en est pas moins l’auteur de nombreuses décisions à caractère extrémiste.

 

Mais pourquoi une telle popularité des extrêmes ?

 

Comme le constatait Le Monde en janvier dernier, les idéaux politiques de la gauche dans les pays de l’ex-bloc communiste sont bien éloignés de ceux de la gauche d’Europe occidentale. On relève ainsi une politique anti-immigration belle et bien présente, ainsi qu’un avis très conservateur sur les questions de société, comme pour le mariage homosexuel. En 2009, Robert Fico, chef du SMER SD et premier ministre, s’en était pris à la minorité hongroise vivant dans le pays, en interdisant aux administrations d’utiliser cette langue. Bien plus tard, en 2015, c’était ses positions vis-à-vis des quotas d’immigration de l’Union Européenne qui avaient fait parler d’elles. Il avait déclaré qu’il n’accepterait que des immigrés chrétiens, soit 125 irakiens, accueillis à titre volontaire. Le gouvernement slovaque avait porté plainte devant le tribunal des droits de l’homme, pour dénoncer ces quotas, qui représentaient pour eux une atteinte aux droits des parlements nationaux. Et la composition particulière de l’organe politique slovaque n’arrange rien à l’extrémisme du gouvernement déjà en place. En effet, il n’est composé que d’une seule chambre (le Parlement), ce qui oblige le Premier Ministre à composer avec les partis élus aux législatives. C’est ainsi qu’en mars 2016, le Premier Ministre Fico perdait la majorité au Parlement, et se voyait forcé de former une coalition avec le parti d’extrême droite SNS.

Plus inquiétant encore, de nombreuses milices se développent dans le pays. La principale, Slovenski Branci, compte 200 membres à son actif, et a même une branche reconnue par le ministère de l’Intérieur. Et l’essor des milices n’est pas près de s’arrêter, puisque Marian Kotleba a annoncé vouloir utiliser 5 millions d’euros pour créer des milices permettant d’assurer la sécurité du pays.

Comme dans les pays occidentaux, la peur des migrants serait la principale raison. On constate en effet que le programme de Kotleba se concentre surtout sur l’évacuation des étrangers et des minorités comme les Roms, qu’il fait surveiller de près par une police spécialisée, alors que la Slovaquie est le pays avec une des proportions de Roms les plus importantes de l’Union Européenne. Autre raison avancée pour expliquer la montée de l’extrémisme, les lacunes du parti socialiste en termes de politiques sociales. Lors des législatives, Robert Fico avait mis en avant sa lutte contre l’immigration, en oubliant les politiques sociales, attitude peu appréciée des électeurs.

 

Une lutte paradoxale

 

L’unité de police mise en place par le Premier Ministre pour lutter contre l’extrémisme apparait donc très paradoxale au vu de la politique menée par le SMER-SD. Cette unité censée lutter contre « la recrudescence des actes et propos extrémistes en Slovaquie », sera composée de 125 agents intégrés à l’agence nationale anti-criminalité. Ils seront donc chargés d’enquêter « sur les délits liés au soutien et au financement du terrorisme et de l’extrémisme, les crimes et expressions de haine, sur Internet et dans la rue. » La lutte contre l’extrémisme de Kotleba avait déjà été engagée par des citoyens avec le projet Watch BBSK. Ce projet avait pour but « d’analyser et d’évaluer le travail fait par les autorités de Banska Bytrica ». En d’autres termes, dénoncer les agissements du parti sur les minorités, et en particulier sur les Roms.

 

Depuis quelques années, on assiste  à une ascension fulgurante de l’extrémisme en Slovaquie, illustrée par les milices, mais aussi par la multiplication de partis politiques néo-fascistes. Et la lutte engagée par le parti socialiste contre cet extrémisme est tout à fait paradoxale.

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Philippine de Beaumont

lycéenne de 17 ans, apprécie l'actualité et l'écriture

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