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« Split » : Shyamalan à son meilleur depuis longtemps

« Split » : Shyamalan à son meilleur depuis longtemps
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Après The Visit, un film d’horreur en found-footage qui, sans révolutionner le genre, laissait présager du retour en grâce du réalisateur de Sixième Sens et Signes, M. Night Shyamalan confirme en ce début d’année. Split est un thriller d’angoisse au rythme intense et aux personnages non seulement attachants mais aussi glaçants, et signe le retour de Shyamalan au succès de ses premiers films, après un long passage à vide tout au long des années 2000. Critique (attention spoilers).


 

Kevin est un jeune homme atteint de troubles dissociatifs du comportement, dont le corps abrite vingt-trois personnalités, qui kidnappe trois jeunes filles sous l’impulsion de certaines de ces personnalités. Casey, Claire et Marcia vont tenter de s’évader dans l’espoir d’échapper à un rite sacrificiel pour la Bête, monstre inventé par l’esprit malade de Kevin.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Une réalisation millimétrée

 

Dire que M. Night Shyamalan est un réalisateur de talent ne va plus de soi depuis la sortie de véritables échecs scénaristiques, commerciaux et critiques comme La jeune fille de l’eau en 2006 ou Phénomènes en 2008. Si le magazine Newsweek lui accorde en 2002 une couverture le qualifiant de « nouveau Spielberg » après la sortie des succès internationaux qu’ont été ses premiers films, il est depuis tombé en disgrâce. Il signe coup-sur-coup Le dernier maître de l’air et After Earth, piteux échecs qui entachent sa carrière de cinéaste.

On retrouve ici la maîtrise dont le réalisateur sait faire preuve, avec des cadres étudiés, qui enserrent les personnages de son film dans des cages visuelles qui retranscrivent les situations de ceux-ci. Dans la scène qui suit l’arrivée des jeunes filles dans leur lieu de rétention, un décalage s’établit entre elle, par leur attitude face aux événements, décalage rendu encore plus profond par les plans, qui les séparent visuellement. A d’autres moment, le point de vue se fait celui d’une caméra de surveillance, observateur muet des actions de Dennis, Patricia ou Hedwig, diverses personnalités de Kevin.

 

Casey (à gauche), Claire et Marcia (à droite) dans la chambre

 

La lumière a une importance toute particulière dans ce film, tant textuellement, dans les dires des personnalités de Kevin, qui se partagent la « lumière » pour contrôler son corps, que cinématographiquement. Shyamalan souligne habilement les changements d’humeur de Kevin, joué par un James McAvoy au sommet de sa forme, et créé des ambiances propres à instaurer tension et angoisse chez le spectateur.

On peut cependant reprocher au film un montage qui peut casser la claustrophobie des scènes dans la cave, par le déplacement de Kevin à l’extérieur, dans ces interactions avec sa psychologue par exemple.

 

Des personnages passionnants

 

Le marketing du film a énormément poussé sur le devant de la scène les supposées 23 personnalités vivant dans le corps de Kevin mais évidemment il n’en est rien ; on en verra tout au plus 6, dont deux sont très rapidement expédiées. Cependant le jeu, ou plutôt les jeux, de James McAvoy font très rapidement oublier ce petit mensonge, tant il maîtrise les transitions entre ceux-ci. On ressentira des frissons face à Dennis ou Patricia, de la tendresse pour Hedwig qui n’a que 9 ans, de la pitié pour Barry, poussé hors de la « lumière ».

 

Casey face à face avec Hedwig, l’enfant de 9 ans qui vit dans Kevin

 

Avant de passer aux jeunes actrices, il faut rendre hommage à Betty Buckley, alias le docteur Karen Fletcher, qui signe une performance touchante de psychiatre compréhensive mais affolée par le comportement de son patient. Elle se bat pour la reconnaissance des capacités surnaturelles tout en essayant de ramener Kevin à la raison, prenant des risques pour comprendre la psyché du personnage.

Même si le personnage le plus intéressant est celui de James McAvoy, Anya Taylor-Joy nous livre un jeu tout en nuance, laissant paraître peu à peu sa personnalité, son passé, et ce pourquoi elle est telle qu’elle est. Elle est la seule qui présente un réel intérêt parmi les jeunes filles kidnappées, les deux autres étant rapidement isolées dans l’attente du sacrifice, tandis que Casey reçoit des visites d’Hedwig ou de Dennis. Si le personnage de Marcia est plat et sans intérêt, cela reste mieux que celui de Claire, qui est forcée et horripilante dès le début du film. Le fait que l’on ne sache rien d’elles contribue à les rendre lisses ; et lorsqu’elles se font finalement tuer, on ne ressent guère plus qu’un sentiment de gâchis.

 

Retournement de situation

 

Tout ce film n’est qu’une origin-story pour un super-vilain. Cela peut paraître au premier abord décevant, le film de super-héros étant souvent décrié par rapport au thriller fantastique dont Shyamalan connaît si bien la recette. Mais ce serait vite oublier Incassable. Ce film sorti en 2000 fait la part belle au super-héros réaliste de Bruce Willis, si réaliste qu’on doute longtemps de la mystique du personnage de Samuel L. Jackson.

Et bien Split est l’histoire de l’apparition et du développement d’une personnalité contraire à la moralité et à la solidité de David Dune (Bruce Willis), un personnage fissuré, en morceau, split, précisément.

On n’apprend que le film se déroule dans le même univers narratif qu’à la toute dernière minute, dans un retournement de situation qui vient justifier les bouleversements surnaturels que certains auraient pu décrier. L’apparition de Dune dans un dîner de Philadelphie fait comprendre immédiatement au spectateur attentif que ce qu’il vient de voir est l’émergence d’un antagoniste pour le prochain film de Shyamalan, en cours d’écriture, Incassable 2.

 

Ainsi, le réalisateur signe une oeuvre équilibrée, au rythme étudié et à la réalisation sans accroc. On n’échappe pas à l’écueil de performances secondaires plates en comparaison aux prestations remarquables de James McAvoy et Anya Taylor-Joy. Malgré tout, M. Night Shyamalan est de retour dans un genre qu’il affectionne, tout en ambiguïté et en subtilité. Et ça se ressent.

 

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Pierre-Ulysse Gorzkowski

Jeune rédacteur de 16 ans, je suis en Terminale L et je me passionne pour le monde des médias. J'ai envie d'élargir ma culture, et m'intéresse donc à tout ce qui m'entoure, la politique, la culture ou encore tout ce qui peut se passer à l'international.
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