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Avec Trump, le Mexique se retrouve dans l’oeil du cyclone

Avec Trump, le Mexique se retrouve dans l’oeil du cyclone
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Le scénario redouté par le Mexique a fini par se produire : c’est bien Donald Trump, bâtisseur de mur et protectionniste de la première heure, qui est devenu le 45ème Président des États-Unis. Et le président nouvellement élu n’a pas attendu pour mettre en place son programme. Le 25 janvier, seulement cinq jours après son investiture, il lançait officiellement la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine. Le premier acte d’une bataille dans laquelle le Mexique risque de perdre gros.


Il aura donc suffi de cinq jours pour que Donald Trump mette à exécution la plus emblématique de ses promesses de campagne. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a signé le 25 janvier un décret présidentiel autorisant le lancement de la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine. Avant d’affirmer une nouvelle fois, lors d’une interview accordée à la chaîne ABC, que ce projet serait financé par le Mexique lui-même. Il n’en fallait pas davantage pour envenimer les relations avec le voisin méridional des États-Unis ; le lendemain, Enrique Peña Nieto, le président du Mexique, a décidé d’annuler son déplacement à Washington, où était prévue une « réunion de travail » avec Donald Trump. S’agit-il des prémices d’une crise diplomatique majeure entre les États-Unis et le Mexique ? Et quelles seraient les conséquences d’une telle crise pour le pays d’Enrique Peña Nieto ?

 

La frontière entre les États-Unis et le Mexique, à Tijuana ( Crédits : Flickr / Jonathan Prüssing )

La frontière entre les États-Unis et le Mexique, à Tijuana ( Crédits : Flickr / Jonathan Prüssing )

 

« Le Mexique ne paiera pas », vraiment ?

 

Le 12 janvier dernier, le président Peña Nieto déclarait devant les ambassadeurs mexicains : « Bien entendu, le Mexique ne paiera pas le mur ». Le Mexique, certes, ne possède aucune obligation légale à financer le projet porté par Donald Trump. Mais le paiement pourrait être indirect. C’est en effet l’une des dernières propositions de l’administration Trump, dévoilée jeudi par Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche : les États-Unis pourraient imposer une taxe de 20% sur tous les produits mexicains importés sur le sol américain. « En faisant cela, nous pouvons récolter 10 milliards de dollars par an et facilement payer le mur grâce à ce seul mécanisme. » affirmait Spicer devant les journalistes. Le coût du mur étant estimé à 25 milliards de dollars, sa construction serait ainsi remboursée en deux ans et demi par le Mexique. Mais l’imposition d’une telle taxe pèserait lourd sur l’économie mexicaine. Le pays exporte aujourd’hui principalement vers le territoire américain, et possède une balance commerciale largement positive avec les États-Unis. Une situation qui inspira de nombreux tweets acerbes à Donald Trump. Le lendemain de la signature du décret autorisant la construction du mur, il se justifiait ainsi sur le réseau social : « Les États-Unis ont un déficit commercial de 60 milliards de dollars avec le Mexique. Depuis le début de l’ALÉNA, c’est une relation asymétrique, et nous avons perdu énormément d’emplois et d’entreprises. »

 

60 milliards de dollars de déficit 

 

L’ALÉNA, justement, est l’autre principal point de friction entre Donald Trump et Enrique Pena Nieto. L’ALÉNA ( NAFTA, pour North American Free Trade Agreement ) , c’est l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain, en vigueur depuis 1994. Deuxième plus importante zone de libre-échange derrière l’Union Européenne, l’ALÉNA permet au Mexique – et au Canada – d’avoir des échanges commerciaux libres de toute taxe avec le géant étasunien. Les résultats de l’ALÉNA sont éloquents : depuis sa mise en place, l’ensemble des exportations mexicaines et canadiennes à destination des États-Unis ont triplé. Cet accroissement considérable des échanges a permis au Mexique de se développer rapidement sur le plan économique, passant d’une situation de repli sur soi à un libre-échangisme assumé. Un libre-échangisme largement tourné vers le pays de l’Oncle Sam : les États-Unis sont devenus, de très loin, le premier partenaire commercial du Mexique. Aujourd’hui, 82% des exportations mexicaines partent aux États-Unis, soit plus de 4 produits exportés sur 5. À titre de comparaison, le premier partenaire économique de la France, l’Allemagne, représente 16% de nos exportations. C’est dire la dépendance économique du Mexique vis-à-vis de son voisin américain.

 

Le nouveau Président des États-Unis Donald Trump a autorisé, par décret présidentiel, le lancement de la construction d'un mur le long de la frontière mexicaine ( Crédits : Flickr / Karl-Ludwig Poggemann )

Le nouveau Président des États-Unis Donald Trump a autorisé, par décret présidentiel, le lancement de la construction d’un mur le long de la frontière mexicaine ( Crédits : Flickr / Karl-Ludwig Poggemann )

 

Mais il y a dans cette équation une donnée qui n’est pas du goût de Donald Trump : comme indiqué précédemment, les échanges commerciaux entre le Mexique et les États-Unis profitent davantage au Mexique. C’est pourquoi Trump veut aboutir à une renégociation de l’ALÉNA, quitte à réduire drastiquement les échanges commerciaux en Amérique du Nord. La valeur totale des exportations mexicaines aux États-Unis est en effet de 295 milliards de dollars américains, contre seulement 235 pour les exportations américaines au Mexique. En d’autres termes, le chiffre qu’avance le président Trump est juste : les États-Unis ont bel et bien un déficit commercial de 60 milliards de dollars avec le Mexique. Mais c’est oublier la vocation initiale de l’ALÉNA : réduire le flux de migrants mexicains vers les États-Unis en offrant aux citoyens du Mexique de meilleures conditions de vie. Voilà le grand paradoxe : Donald Trump, dont l’un des principaux objectifs est de combattre avec acharnement l’immigration mexicaine, souhaite remettre en cause un accord qui a, justement, permis la réduction de cette immigration.

 

La menace d’une guerre commerciale

 

Tout porte aujourd’hui à croire que la construction d’un mur et la renégociation des accords de l’ALÉNA seraient lourds de conséquences pour le Mexique de Peña Nieto. Le président mexicain, déjà très impopulaire après avoir été impliqué dans plusieurs scandales de corruption, doit maintenant faire face aux velléités isolationnistes de son homologue américain. Et si Donald Trump mettait véritablement ses menaces à exécution en choisissant de rompre les relations économiques avec le Mexique, le pays se retrouverait à genoux, à moins de trouver d’autres partenaires commerciaux. À l’heure actuelle, le deuxième partenaire économique du pays, le Canada, ne représente que 7% des exportations mexicaines.

 

Enrique Peña Nieto lors du sommet Ibéro-Américain, en 2016 ( Crédits : Flickr / Javier Duarte de Ochoa )

Enrique Peña Nieto lors du sommet Ibéro-Américain, en 2016 ( Crédits : Flickr / Javier Duarte de Ochoa )

 

Face à cette situation plus que compliquée, quelle marge de manœuvre reste-t-il à Enrique Peña Nieto ? Le président, en quête de reconnaissance à un an du terme de son mandat, a fait le choix du bras de fer avec Donald Trump. Une décision saluée par son prédécesseur, Vicente Fox Quesada, membre d’un parti d’opposition. Mais une guerre commerciale pourrait s’avérer dévastatrice pour un pays dont le quart du PIB provient des exportations à destination des États-Unis. En ce début d’année 2017, vingt-trois ans après la création de l’ALÉNA, le Mexique semble plus que jamais aller droit dans le mur.

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Pierre-Alexandre Bigel

Je suis étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris, et j'aime beaucoup le théâtre, la série House of Cards et l'Olympique de Marseille ! Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est mettre ma plume au service de Radio Londres

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