Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Tzvetan Todorov, le penseur libre

Tzvetan Todorov, le penseur libre
mm

Tzvetan Todorov (1939-2017), essayiste et historien des idées est décédé ce mardi 7 février 2017 à l’âge de 77 ans d’une maladie neurodégénérative. Cet homme, ancré dans son époque, représente un courant de pensée moderne, post-Guerre froide. Au regard de son expérience, il a essayé de comprendre les enjeux de la société actuelle.


 

Une vie entre la Bulgarie et la France

 

Né à Sofia, capitale de la Bulgarie, le 1er mars 1939, Tzvetan Todorov vient d’une famille évoluant dans le milieu intellectuel. Son père, Todor Borov, était professeur d’université et sa mère, Haritina Peeva, travaillait comme bibliothécaire.

C’est dans ce pays en proie à des changements politiques que Tzvetan Todorov passe son enfance. Les Soviétiques libèrent la Bulgarie, occupée depuis 1941 par les armées nazies, en 1945. Le parti communiste, soutenu par l’Union soviétique connaît un essor important lors des élections législatives de 1945. Par la suite, la République populaire de Bulgarie est instituée et les communistes s’installent définitivement au pouvoir en 1947, et ratifient une nouvelle constitution. En conséquence, une politique basée sur un parti unique se met en place avec une nationalisation de l’économie, une collectivisation des terres et des mesures d’expropriations.

Tzvetan Todorov intègre les codes d’une société vivant sous la domination d’un pouvoir totalitaire socialiste. En effet, la répression envers les opposants et le manque de liberté marquent sa jeunesse et sa vision du monde. Il développe un manque de confiance envers l’Etat et les institutions. Cela va conditionner son désir de liberté.

Néanmoins, sa jeunesse est imprégnée de littérature et de figures intellectuelles. Il se prend de fascination pour des auteurs russes comme Tchekhov ou Tolstoï. Par la suite, il étudie à l’Université de Sofia la linguistique bulgare, puis y devient professeur en 1961. La linguistique n’étant pas tournée vers l’idéologie, elle est autorisée à l’enseignement et à la recherche.

En 1963, il obtient un visa pour étudier en France et s’y installe définitivement. Quelques années après, en 1968, il devient directeur de recherche dans le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) à Paris. Alors, il poursuit sa carrière universitaire en France jusqu’à se faire naturaliser français en 1973.

 

Linguiste, historien et philosophe

 

Il consacre son premier ouvrage à la linguistique Théorie de la littérature (1965). En France, il co-fonde la revue littéraire Poétique, qui lui permet de décortiquer l’écrit d’une façon presque mathématique. Puis, son ouvrage Introduction à la littérature fantastique le conduit à devenir un incontournable linguiste. Par ailleurs, par ses origines et son intérêt pour la littérature russe, il ouvre un nouveau pont d’étude et remet au goût du jour des classiques oubliés.

Son œuvre ne peut être résumée de manière exhaustive. Toutefois, plusieurs idées peuvent être retenues, comme sa fascination pour l’Occident. La liberté et l’opulence qu’il voit et vit en Europe de l’ouest après plusieurs années en Bulgarie le conduisent à adhérer au système démocratique occidental. Pour cela, Mai 68 représente un moment fondamental dans sa pensée, là où les verrous d’une société meurtrie par la Seconde guerre mondiale sautent. Là aussi où une jeunesse émerge, emportée vers une soif de liberté.

Pourtant, cela ne l’empêche pas de voir les dérives qui touchent les sociétés occidentales contemporaines. La fin de la guerre froide, l’évolution vers un monde mondialisé font émerger de nouveaux risques pour une démocratie où le citoyen serait passif. Le néolibéralisme s’appuie sur des techniques autoritaires pour s’imposer dans de nombreux pays comme l’idéologie principale. Alors, Tzvetan Todorov prône une tempérance, une reconnaissance de l’autre afin de construire une société pérenne sur des bases humanistes et ne pas reproduire les erreurs du passé.

Enfin, il travaille sur la mémoire dans les sociétés. Comment elle peut être utilisée par les gouvernements afin de promouvoir des nationalismes. La mémoire conditionne les groupes sociaux et les politiques. Ainsi, elle doit être libre d’accès et de parole, non pas comme dans les régimes totalitaires et autoritaires qui la contrôlent et corrigent.

 

Le savoir comme outil face à la répression 

 

Lire les ouvrages de Tzvetan Todorov, ses interviews ou ses contributions dans les journaux, permet de comprendre sa pensée. En premier lieu, il montre comment le savoir est un outil indispensable pour analyser et faire le tri dans les flux d’informations continuels qui paraissent chaque jour.

Dans les derniers entretiens qu’il a accordé, il porte un regard sur la France et l’Europe contemporaine. Face à la perte globale de sens de nos sociétés, il devient difficile pour les individus de distinguer le bien du mal, sans tomber dans une forme de manichéisme. Pourtant, c’est à cause de cette vision d’une monde binaire opposant les groupes d’individus face aux autres, qu’il y a une montée d’une forme de radicalisme. Il le rappelait lui même lors d’une interview au Monde en 2016 : « La barbarie, c’est plutôt le refus de la pleine humanité de l’autre.« 

 

Ainsi, ce penseur et historien des idées, profondément humaniste, a été influencé par son enfance dans un régime où le contrôle étatique dominait chaque moment de la vie des citoyens. Apporter un recul critique, une prise de conscience sur les nouveaux dangers, l’insoumission, et l’émancipation c’est ce que Tzvetan Todorov a tenté de transmettre dans son travail en général. Son prochain livre, Le triomphe de l’artiste paraîtra en mars 2017.

 

Quelques ouvrages de Tzvetan Todorov :

 

Introduction à la littérature fantastique, (édition de 1970, Seuil)

Les abus de la mémoire (1995, Arléa)

La signature humaine, (édition de 2009, Seuil)

Les ennemis intimes de la démocratie, (2012, Robert Lafont)

The following two tabs change content below.
mm

Pauline Maufrais

mm

Derniers articles parPauline Maufrais (voir tous)

Submit a Comment