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« Monsieur et Madame Adelman » : c’est la femme qui fait l’homme

« Monsieur et Madame Adelman » : c’est la femme qui fait l’homme
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Après des années à se nourrir de l’art des autres, Nicolas Bedos franchit enfin le pas et rend un rêve réalité. De quel rêve s’agit-il ? Celui de fondre ses mots au cœur des images. C’est maintenant chose faite, Monsieur et Madame Adelman sort le 8 mars, journée internationale du droit des femmes. Avec sa talentueuse co-scénariste et actrice Doria Tillier, ils ont écrit à quatre mains une histoire d’amour qui ne connaît pas de fin. Peut-être serait-ce une manière de défier joyeusement le destin ? Amour passionné, terriblement cruel mais éminemment littéraire, entre un homme et une femme sur près de 50 ans : c’est à la fois court et vaste mais c’est ainsi que l’on peut résumer cette odyssée du couple nourrie de secrets, d’ambition et de trahisons…


 

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ? Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

 

★★★☆☆ – À voir

 

L’histoire commence par la fin, par la disparition, le déchirement. On assiste donc à un enterrement en grandes pompes. Forcément, les personnages viennent dire adieu à l’inoubliable Victor Adelman, grand écrivain devant l’éternel. La petite musique de L’homme qui aimait les femmes nous revient subitement en tête jusqu’à ce que l’on comprenne que le film raconte l’histoire d’un homme qui précisément, n’aima qu’une seule femme. Cette compagne d’une vie sera la narratrice du dernier roman de son mari… Sarah Adelman est une femme de l’ombre et à la demande d’un journaliste, elle va s’appliquer à prononcer la plus belle, mais aussi la plus grinçante des oraisons funèbres. Les films sont comme les romans, ils sont comme des miroirs que l’on promène le long des chemins. C’est ainsi que Sarah arpente en notre compagnie les méandres d’une mémoire successivement amoureuse, admiratrice, agacée, rieuse, blessée, dévastée, résignée, une mémoire qu’elle chapitre subtilement en fonction des époques. Or, les chapitres arborent un visage différent, un portrait en constante évolution à l’instar de la société qu’on perçoit en arrière-plan. Le chemin va donc durer 45 ans. 45 ans, c’est fait de quoi ? Ici, d’amour principalement mais aussi de haine, de tromperies, de désir, d’ennui parfois. A travers les mots d’une femme, Bedos nous conte deux vies d’un bout à l’autre, deux vies qui n’en font qu’une, cette vie c’est donc celle de Sarah et Victor

 

Un film-fleuve aux allures de littérature 

 

Monsieur et Madame Adelman est film-fleuve, une fresque gargantuesque, ce qui est colossal pour une première derrière la caméra, presque digne des romans les plus gourmands ! A la frontière de l’écran, on a cette impression troublante que le réalisateur a fait ce film comme il aurait rêvé d’écrire un livre. Ecriture cinématographique et littéraire se mêlent l’une à l’autre pour donner naissance à un véritable roman en images. Seulement, Monsieur et Madame Adelman n’est pas un roman, c’est un film. Le lyrisme des premiers plans nous laissait imaginer un objet plus esthétique, il se trouve que cette impression s’évanouira bien vite. Les prises de vue deviendront plus conventionnelles dès le commencement du récit. Toujours est-il que chez Bedos, l’essentiel loge dans le verbe. Et même s’il ne donne pas toujours le temps nécessaire aux images de parler elles-mêmes, le film n’en reste pas moins réussi. Car il nous offre des visages pétris d’émotion à travers le temps (le maquillage de vieillissement est bluffant de vérité). Or certaines images, certains regards, sont parfois plus puissants que de longs discours. C’est aussi ça le cinéma : le pouvoir de suggérer beaucoup sans souffler un mot. Et Doria Tillier a cette force de jeu-là, en un mot cette fois : elle est une révélation et une incroyable actrice de composition.

 

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Copyright Les Films Du Kiosque – Christophe Brachet

 

Toujours est-il que l’ombre des grands auteurs plane sans cesse au-dessus des personnages, on évoque Dostoïevski, Fidgerald, Nabokov ou bien Gary… En somme, la littérature est omniprésente, essentielle, comme la solution-même à l’ennui, comme l’unique moyen de romancer la vie. Fatalement, le long-métrage met en scène un homme qui écrit des histoires, s’en raconte beaucoup, bref un homme qui vit sa vie pour l’écrire. Le couple infernal utilise les livres pour se déclarer, se faire peur, s’impressionner, s’insulter, se tuer mais seulement avec des mots. Le film détient un rythme soutenu, presque musical, les évènements s’enchaînent sans accros. Pas un embouteillage à l’horizon, pas un temps mort, le film avance comme un train, un train qui file dans la nuit, aurait pu dire François Truffaut. Les ellipses sont nombreuses et nous font échapper à l’ennui, hantise suprême de Victor.

 

Les mariés avaient un humour noir

 

Plus qu’un film littéraire, Monsieur et Madame Adelman est également une comédie caustique et un tant soit peu cynique qui a pour finalité de faire rire même du pire. Ce film est un hymne à la créativité et son auteur y partage évidemment sa vision personnelle de l’art. Pour lui donc, être artiste c’est faire revivre aux autres leurs drames personnels avec humour, intelligence et légèreté. La fiction corrige la vie, la réinvente même. Et c’est certainement ce qu’il a voulu dire ici.

 

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Copyright Les Films Du Kiosque – Christophe Brachet

 

Les co-scénaristes n’ont épargné rien ni personne et égratignent de la pointe de leur stylo à peu près tout et n’importe quoi : le mariage, la famille, la paternité, la judéité, la bourgeoisie réactionnaire, les intellos de la « gauche caviar », l’embourgeoisement des bien-pensants… Dans les dialogues, on retrouve donc l’humour toujours aussi corrosif de Nicolas Bedos, sa plume aussi acerbe qu’enjouée, mais non moins mélancolique. Derrière le rire, le pathétique, se cache finalement l’essentiel : l’émotion. Chaque mot est pesé, le double-sens ou le sens tout court y est toujours adroitement inséminé. Rien n’est laissé au hasard et on trouve quelques morceaux de bravoures qui nous font tout bonnement pleurer de rire, il faut bien le dire.

 

« Un homme sous influence »   

 

Il existe un adage qui dit : « Derrière chaque grand homme, se cache une femme ». On aurait pas fort parié sur le fait que ce film était avant tout un magnifique portrait de femme. Monsieur et Madame Adelman est principalement un hommage à la femme et une ode à cette manière si féminine d’être au monde, un hommage donc à toutes ces créatures qui de leur seul amour peuvent révéler ces âmes bancales que sont les mâles. Apercevoir la lumière dans le noir absolu, entrevoir le génie au milieu du chaos et ce, sans jamais s’en vanter : voilà ce dont elles sont capables. « Les hommes, il faut tout leur apprendre et surtout leur laisser croire le contraire », c’est sûrement ce que suggère en filigrane l’histoire. En remerciement discret, Victor prend le nom de sa femme sous prétexte qu’il sonne mieux. En réalité, c’est une manière habile de fondre les identités : le couple artistique est formé. Si le film célèbre l’intelligence de la femme, l’homme est davantage ramené à ses bassesses. On nous énumère les petites lâchetés, l’égoïsme et la frustration qui, bien souvent, entaillent l’endroit du « nous ». La question du couple est complexe, sa réponse plurielle. Certains forment un couple dans l’espoir de percevoir dans le regard de l’autre une image meilleure de soi-même quand d’autres n’ont de cesse que de mettre en lumière l’altérité. C’est d’ailleurs la dynamique de ce long-métrage : mettre en lumière, révéler, impressionner celle dont le sourire engendrera peut-être l’épanouissement tant attendu, celui que procure l’art.

 

Au-delà du rire, le cinéaste en herbe sonde l’amour, sa durée, sa fragilité et sa force enfin qui fait qu’on y revient toujours malgré la guerre de la passion, l’essoufflement des sentiments, l’incompréhension entre les sexes, la perte de soi…  Car le couple devient vite un refuge, un abri qui nous met hors de portée des tempêtes, excepté de celle que provoque en nous cette altérité à demi-fusionnée à notre être. De toute manière, l’amour fou est affaire de non-choix. Toujours est-il que du premier instant jusqu’au dernier, Sarah est le guide, le Pygmalion sans lequel la créature créatrice n’a plus en elle le miel de l’inspiration. Ces femmes sont incroyables : si fortes malgré des attaches fines. 

 

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Justine Briquet-Moreno

Etudiante à l'Académie ESJ Lille, menant en parallèle une licence de Lettres Modernes. Journaliste en devenir, passionnée par la vie et les mots qui l'animent. Cinéphile et écrivaine à ses heures perdues ...

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