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Corruption des élus : et si on changeait le système ?

Corruption des élus : et si on changeait le système ?
Ménélas Kosadinos

L’affaire Fillon qui agite aujourd’hui l’opinion publique ne doit pas être vue comme une exception ou une défaillance ponctuelle de notre système politique. Elle est surtout l’occasion de nous interroger sur nos pratiques démocratiques et sur la façon d’organiser la vie politique dans l’intérêt général.


 

Le ras-le-bol des citoyens : « tous pourris ? »

 

La succession d’affaires impliquant des responsables politiques participent à cet écœurement généralisé pour la chose publique et amplifie de manière particulièrement dangereuse la défiance populaire envers nos gouvernants. A chaque scandale, c’est la classe politique toute entière qui est touchée, car elle est décrédibilisée. De la phobie administrative de l’ex-secrétaire d’Etat Thomas Thévenoud à l’affaire des eurodéputés FN en passant par la dispense de peine de Christiane Lagarde ou encore le compte en suisse de l’ex-ministre Jérôme Cahuzac, difficile de renouer la confiance avec nos élites politiques ; sans oublier que ce n’est pas un phénomène nouveau et que la Ve République est luxueusement fournie en scandales politico-financiers.

Face à une demande de plus de transparence de la vie publique, certains élus discréditent leurs détracteurs en les taxant d’emblée de populistes voire de totalitaires. C’est en fait mépriser totalement le sentiment légitime de colère et de ras-le-bol qui touche une grande partie d’entre nous à l’annonce de chaque affaire.

« Tous pourris » ? Non assurément, il existe – et heureusement ! – des élus honnêtes qui font leur travail en toute responsabilité et qui sont amalgamés aux pratiques des corrompus. Ils ne doivent cependant pas être utilisés comme boucliers, légitimant le système établi pour réduire les abus actuels à des cas rares et isolés.

 

Une exigence inquisitrice ?

 

Demander plus de transparence aux élus, est-ce faire preuve d’un contrôle excessif ? Si les déclarations de Michèle Alliot-Marie, considérant les soupçons autour de François Fillon comme les graines d’une dérive totalitaire, relèvent de l’ineptie, elles sont révélatrices de l’état d’esprit qui règne dans les hautes sphères du pouvoir. Qui serions-nous pour nous  mêler de ce qui se passe là-haut, entre personnes autorisées ? Des citoyens tout simplement. Car non seulement nos représentants gèrent de l’argent public, mais nous leur déléguons une partie de notre pouvoir politique par le biais du vote : dès lors, le fond du travail démocratique qu’ils effectuent doit être contrôlé, l’expérience nous ayant prouvé que ces représentants ne garantissent pas plus efficacement que nous le respect de l’intérêt général.

Maintenant, puisque nous considérons logique de contrôler le travail de nos élus, l’autre question est celle de nos exigences, et c’est peut-être là qu’une nouvelle voie est à définir. Bien sûr, un élu jouissant du mandat du peuple et disposant d’une place à part dans l’organisation politique du fait de son rôle de représentant se doit d’être irréprochable : quelle légitimité aurait un élu voyou pour écrire les lois auxquelles doivent se soumettre des millions d’honnêtes travailleurs ? Mais il ne faut pas pour autant verser dans la naïveté, qui peut mener à l’idolâtrie. Comme un dérivé du désir d’homme providentiel, nous exigeons de nos élus une morale immaculée, un comportement parfaitement pur : c’est partir du postulat contestable que les individus sont infaillibles. L’ensemble des citoyens porte, dans une certaine mesure, la responsabilités des défaillances démocratiques : à nous de faire en sorte que les individus, aussi faillibles soient-ils, ne puissent pas abuser de leur statut d’élu.

 

Une question de système et pas de personne

 

En effet, si les affaires s’accumulent, c’est parce que le système démocratique que nous avons construit le permet. Le plus inquiétant, ce n’est pas que certains élus profitent de leur position, c’est simplement qu’ils puissent le faire. Et à ce niveau là nous pouvons agir en demandant des évolutions de la loi, pour lutter contre les pratiques qui nuisent à la cohésion démocratique et qui sont pourtant légales.

Car si toutes ces mesures sont légales, où est le problème ? En réalité, la légalité de telles pratiques ne justifient en rien les actions de ces parlementaires : elle nous signale juste que les lois doivent être modifiées. L’indemnité représentation des frais de mandat par exemple, une enveloppe d’environ 6000 euros versé à chaque parlementaire chaque mois, n’est soumise à aucun contrôle et conduit parfois à de l’enrichissement personnel. Des propositions existent pourtant : révocabilité des élus, transparence sur l’utilisation de l’argent public et sur les activités des parlementaires… autant de pistes, parmi d’autres solutions que nous devons inventer.

 

La corruption des élus doit donc nous permettre de repenser notre système démocratique : il faut condamner ceux qui doivent l’être, sans pour autant se livrer à des chasses à l’homme. La vraie réponse à cette crise ne peut se retrouver que dans une refondation globale de nos pratiques démocratiques.

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Ménélas Kosadinos

Jeune rédacteur, lycéen en terminale dans les Yvelines. Engagé dans le milieu associatif, aime l'écriture et essaye de comprendre le monde.

Comments

  1. Trystan VIAUD

    Ce point de vue fait peu écho, mais je suis convaincu qu’il est partagé par une grande partie de la population.
    Dans quelques siècles, quand nos descendants étudieront la V° république, ils seront scandalisés (enfin je l’espère) que 66 millions de citoyens puissent transférer leur souveraineté à 577 députés et un président, sur lesquels ils n’ont quasiment aucun contrôle.
    On est d’accord, c’est pas les hommes qu’il faut changer, mais le système.

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