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Discours de Jean-Marc Ayrault : quel avenir pour la diplomatie française ?

Discours de Jean-Marc Ayrault : quel avenir pour la diplomatie française ?
Claire Lebrun

Ce 23 mars 2017, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a réalisé un discours sur l’avenir de la diplomatie française. Une déclame qui était en faveur de l’Europe à l’occasion du 60ème anniversaire de la signature du Traité de Rome.


 

Au 37 rue du Quai d’Orsay, devant un public de journalistes, de ministres et de jeunes invités, celui qu’on trouve ‘’discret’’ au gouvernement a établi un discours sérieusement européiste. Dans l’historique salon de l’Horloge, on trouve encadrée une photo en noir et blanc : Jean Monnet et Robert Schuman côte à côte dans ce même salon du ministère des affaires étrangères, le 9 mai 1950. Dans un contexte de post-Seconde guerre mondiale, Robert Schuman alors ministre des affaires étrangères, réalise sa célèbre déclaration où il propose la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), et signe les prémices de l’Union Européenne.

 

Crédits : Claire Lebrun.

 

Une communication européenne dans un contexte défavorable 

 

À l’approche de l’élection présidentielle avec un parti anti-européen (le Front National, ndlr) en tête à 26% dans les sondages, et du Brexit prévu le 29 mars prochain, le gouvernement français fait état d’une position européiste assumée pour le 60ème anniversaire du Traité de Rome.

 

 

Soixante ans plus tard, le projet européen s’illustre par son impopularité et son inachèvement politique. Ses détracteurs y voient une machine technocratique centralisée incapable de justice sociale tandis que les porteurs de l’idéal européen y trouvent le seul moyen pour la France d’affirmer sa puissance sur la scène internationale. Le successeur de Laurent Fabius fait état de son expérience, un an à la tête de la diplomatie française, une fonction ‘’fatigante mais passionnante’’, et endosse la voix européenne. Le discours intervient au lendemain d’une réunion ministérielle de la coalition internationale de lutte contre Daech à Washington, et de l’attentat de Londres où Jean-Marc Ayrault a exprimé la solidarité française dans la matinée.

 

La France au service de l’Europe

 

En hommage à l’histoire et dans sa continuité, Jean-Marc Ayrault se fait le porte-voix d’une Europe Fédérale : ‘’à l’avenir, il faut penser à la direction collective de l’Union Européenne, à la sécurité des européens, et faire de l’Union Européenne une puissance régulatrice. Dans un monde incertain et avec le retour des nationalismes, il nous faut civiliser la mondialisation’’. Jean-Marc Ayrault déplore notamment le choix de ‘’renoncer à l’universalité’’ de l’administration Trump mais garde sa foi en les liens transatlantiques et en ‘’les Etats-Unis, cette grande démocratie’’ même si ‘’Mike Pence n’a pas dis une seule fois Union Européenne à la réunion’’. Dans la foulée, il tacle la position russe qui semble ‘’nostalgique de la guerre froide, ou des affrontements des empires au XIXème siècle. Va-t-on se partager les zones d’influences, comme au bon vieux temps ?’’ ironise le ministre. Il cite son homologue Serguei Lavrov, qui aurait critiqué ‘’un monde post-occidental’’, ‘’comme s’il était responsable de tous les maux’’ s’étonne le ministre. Il rappelle que la Russie est à l’origine d’un ‘’viol de l’intangibilité des frontières avec l’annexion de la Crimée’’, membre de l’ONU, de l’OTAN, a souscrit à la déclaration des droits de l’homme de 1948 et au Conseil de l’Europe. Ainsi, cela en fait un acteur tout aussi impliqué du nouveau monde.

Plus encore, il affirme que l’Europe a les capacités de devenir ‘’la championne de la transition numérique, écologique et technologique’’, ce à quoi il lui manque seulement ‘’une volonté politique’’. Il assure que le développement du soft-power, de la diplomatie économique et d’influence sont consubstantiels au degré de puissance et non pas inutiles : ‘’Il faut promouvoir notre culture, notre langue, donner envie aux entreprises d’investir. François Mitterrand disait : le nationalisme, c’est la guerre. Il faut que la France s’intègre au multilatéralisme en se faisant porteuse des valeurs de paix.’’ Le ministre prône également ce qu’il appelle une ‘’Europe différenciée’’ : ‘’Acceptons la différence de rythme des pays de l’Union Européenne’’. Il revalorise le couple franco-allemand, centre de gravité de la construction européenne : ‘’L’Europe est née de la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Cela nous donne une responsabilité historique. Le couple franco-allemand n’est pas qu’un principe, mais une réalité’’.

 

Position internationale

 

Dans un monde ‘’troublé et incertain’’, Jean-Marc Ayrault rappelle la spécificité de la diplomatie française :  »on parle à tout le monde, que ce soit à la Turquie, à l’Iran, ou à l’Arabie Saoudite’’. Il a fortement plaidé pour une solution syrienne durable dans un processus politique initiée par les négociations de Genève. La France veut mettre en place un une nouvelle constitution et des élections démocratiques. Comme à Mossoul, il n’y aura pas de succès militaire sans suivi politique pour empêcher le chaos. Le ministre ‘’dénonce’’ notamment la paralysie des institutions internationales qui discrédite leurs actions.

Du côté de l’opposition syrienne, qu’il encourage à faire des propositions concrètes, il précise que les négociations se complexifient lorsque Bachar al-Assad dit à Europe 1 ‘’En Syrie, il n’y a pas d’opposition, seulement des terroristes’’. Il rappelle également que la France est favorable à un Etat palestinien et donc à la solution des deux états, alignée sur la position de John Kerry avant la prise de fonction de Donald Trump. Il est pour ‘’repousser’’ la force nucléaire de l’Iran, dont il désapprouve les tirs de missiles balistiques. Il a également échangé avec Riyad en plaidant une solution politique pour le Yémen, seule issue au conflit pour la France. Selon le ministre des affaires étrangères, la France s’investit toujours autant pour le développement de l’Afrique, en défendant qu’après le quinquennat de François Hollande, ‘’la Françafrique est derrière nous’’. Il rappelle les bienfaits de l’action au Mali en janvier 2013, ‘’une intervention dans l’urgence mais dans le respect du droit international afin d’éviter une catastrophe humanitaire’’. Il est à noter que l’attentat du 18 janvier 20017 à Gao, au très lourd bilan de 77 morts, remets en cause le succès de l’opération Serval et la stabilité de la région avec la multiplication des attentats (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger). Concernant la récente escalade entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il veut éviter la reprise des hostilités, même si ‘’le statu quo ne nous convient pas. Monsieur Hollande a rappelé la disponibilité de la France afin d’éviter un conflit gelé comme en Ukraine. Il faut de la patience pour sortir de la négociation. Parfois le statu quo est un choix politique, mais celui du pourrissement.’

 

Il conclut en assurant que la France doit continuer à faire entendre sa voix : ‘’Certains évoquent une France impuissante, absente. Pourquoi toujours la rabaisser ? Soyons fiers de notre pays. J’ai fait plusieurs fois le tour du monde. Partout, la France est respectée, écoutée, attendue. La République Française a encore quelque chose de fort à dire au monde. Ca vaut la peine de se battre pour elle.’’ Si on écrit aujourd’hui que la France n’a jamais été une grande puissance, pour Jean-Marc Ayrault, elle l’a toujours été.

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Claire Lebrun

En Master Histoire Afrique et Moyen Orient à la Sorbonne Paris 1. Mémoire sur les relations diplomatiques franco-saoudiennes.

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