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Donald Trump et les médias : « Les liaisons dangereuses »

Donald Trump et les médias : « Les liaisons dangereuses »
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Si la rupture entre le président Donald Trump et les Médias est aujourd’hui de notoriété publique, les réactions des journalistes américains le sont nettement moins.Stupéfaits de voir la présidence Trump aligner contre-vérités et conférences de presses nihilistes, journalistes et éditorialistes annoncent la « mort » de leur confiance envers les informations de la Maison Blanche. Fenêtre d’opportunité pour un retour au journalisme d’investigation, les liaisons entre Trump et les médias s’annonceraient-elles plus dangereuses qu’il ne le pensait ?


« Hé bien ! La Guerre ! » Deux mots, deux protagonistes mais un seul affrontement : Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos sont certainement l’un des ouvrages les plus inspirant face au « conflit ouvert » opposant le nouveau Président des Etats-Unis, Donald Trump, et le monde journalistique. Si la rupture était déjà bien entamée, les attaques répétées et les insultes monnaie courante durant la campagne présidentielle, la médiaphobie du plus « show off » des présidents américains n’a de cesse de croître. Ainsi, si la plupart des médias américains avaient anticipé des relations potentiellement houleuses, a minima complexes avec l’homme en passe de devenir le futur Président des Etats-Unis, son arrivée au pouvoir n’a fait que confirmer voire accentuer les craintes de la sphère médiatique. Craignant une « trumpisation » de la présidence à grand renfort de talk-show et interview intimistes, les médias américains tombent de Charybde en Scylla face à l’accumulation répétée de contre-vérités et désinformation assumée.

 

De la campagne à la maison blanche : une médiaphobie permanente

 

La très attendue « première conférence de presse » du président Trump le 11 janvier dernier fut sans surprise une occasion pour celui-ci d’affirmer un style sans complexe. Fidèle à lui-même il persiste à faire des médias ses rivaux, profitant de l’occasion, entre les quatre murs de sa tour fétiche, pour imposer sa griffe. Griffe dont sera victime un journaliste de CNN tentant de faire la lumière sur les allégations publiées quelques jours auparavant sur le site internet Buzzfeed, au sujet des liens du président avec la Russie« Je ne vous donne pas la parole, silence, vous donnez de fausses informations ». Changement radical de cap, les journalistes devront s’y faire, Mr Trump répond « s’il veut et à qui il veut » selon Frédéric Autran correspondant pour Libération à New-York. Un autre épisode de la « croisade Trump » contre les médias prend place au sein des bureaux de la CIA lorsque le nouveau président se fend d’une insulte ouverte envers les journalistes faisant parti selon lui, « des êtres humains les plus malhonnêtes de la planète ». Toutefois, la répugnance affichée du président Trump contre les médias dépasse les cadres d’une stratégie de communication populiste « antisystème » pour déborder sur les fondements de la liberté d’information. Le premier point officiel du porte-parole de Donald Trump, Sean Spicer, sème le doute sur la fiabilité des propos du Press Secretary : revenant sur la couverture médiatique de l’investiture présidentielle ce dernier impose ni plus ni moins une vision « officielle » de la cérémonie « Il s’agissait du plus grand nombre jamais vu de personnes ayant assisté à une investiture présidentielle. Point à la ligne ». Demandant alors plus de chiffres et d’explications à ce propos, les journalistes trouvèrent porte close.

 

L’influence de Trump sur les médias : « Make Journalism Great Again » 

 

Si la Maison Blanche se métamorphose en Royaume des « faits alternatifs », le sceptre de Donal Trump peine cependant à atteindre la volonté des journalistes états-uniens et pensant faire de la presse son  pantin , le Washington Post attribue à Sean Spicer quatre « Pinocchios ». Cette remise en question du traitement « classique » de l’action gouvernementale laisse deux voies aux journalistes qui auront dès lors un « choix à faire » entre « dire la vérité » ou « garder un accès et véhiculer leur propagande » selon les termes de Judd Legum de Think Progress.

La confiance envers l’information officielle étant « morte » selon Margaret Sullivan du Washington Post, un vent d’émancipation souffle sur les rédactions américaines. En effet les réactions des médias américains ne tardèrent pas : CNN commença à adapter sa façon de procéder en choisissant de ne pas diffuser en direct la seconde déclaration à la presse de Sean Spicer, initiative saluée par Danna Young, professeure à l’université du Delaware :

« La décision de CNN de ne pas diffuser en direct la conférence de presse illustre la reconnaissance que le rôle de la presse doit être différent sous la présidence Trump. Quand la Maison Blanche use des conférences de presse pour promouvoir de fausses informations et refuser de répondre aux questions dès lors l’accès à la presse devient vide de sens dans le meilleur des cas et complice dans les pires » 

A contre-pied de l’administration Trump, une poignée de journalistes déclarent dorénavant couvrir le quotidien de la maison Blanche « selon leurs propres termes » remerciant ironiquement Trump pour la « libération » offerte. « In his own way Trump has set us free » (Jack Shafer du Politico). Mais cette « crise » met surtout en lumière une question sensible dans le domaine médiatique à savoir le rapport des journalistes à leurs sources. Les sources institutionnelles ou officielles délivrant une information considérée comme habituellement « fiable » ou « crédible » deviennent gage de méfiance. Dès lors que le doute s’installe, les journalistes n’ont d’autre choix que de sortir des sentiers battus tel que l’énonce Jessica Huseman de ProPublica « les journalistes n’obtiendront pas de réponses de Spicer. Nous aurons nos réponses en fouillant, en salissant nos mains. Alors, faisons-le ». La « méthode Trump » – consistant en une stigmatisation des médias et rétention de l’information- n’affaibli pas les journalistes mais bien au contraire les renforce dans leurs volontés martiales « Oubliez les conférences de presse de la Maison Blanche. Il est temps de passé les lignes ennemies. ».

 

Une opportunité pour un « réveil des médias » 

 

Certains spécialistes annoncent un « réveil des médias », voyant dans l’élection de Trump une aubaine pour les chiffres de la presse. Depuis l’élection de ce dernier, le Washington Post et le New York Times ont enregistré une forte hausse de leurs abonnements (plus de 200 000 pour le New-York Times) tandis que de plus en plus de lecteurs affluent vers des publications jugées d’ordinaires « alternatives » telles que ProPublica ou The Nation. Fustigeant le monde de la presse « d’élite déconnectée des réalités », D. Trump a poussé de nombreux citoyens américains à soutenir la « presse libre » se félicite Ken Doctor, spécialiste de l’industrie de la presse. Si Trump ambitionnait d’affaiblir les « chiens de garde » ces derniers se dotent de moyens supplémentaires (recrutement de nouveaux profils, créations de nouveaux postes etc.) pour continuer d’ « aboyer ».

 

Ainsi pour David Mindich c’est le « Murrow moment » c’est-à-dire le moment de s’inspirer d’Ed Murrow, présentateur de CBS News dans les années 1950, lorsqu’il prit parti et dénonça la pratique de la « chasse aux sorcières » de Joe McCarthy. Face aux fake news et aux réactions hors de contrôle du nouveau président des Etats-Unis, le journalisme de vérification sera plus que jamais nécessaire aux côtés d’un journalisme d’investigation « revitalisé ».  Dès lors, la « liaison » qu’entretient Trump avec les Médias s’avère plus dangereuse qu’il ne le pensait. Tels les amants de Choderlos de Laclos, leur relation est faite de répulsion et de fascination où chacun trouve en l’autre un « adversaire » de taille.

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Lena Malval

Etudiante en sciences politiques au pays de Martine Aubry et de la Trippel Karmeliet. Culture-addict, passionnée de théâtre et sociologue de tout (ou rien) à mes heures perdues.
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