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Être « Patient(s) », et adapter son espoir

Être « Patient(s) », et adapter son espoir
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Adaptation du livre de Grand Corps Malade, dans lequel il conte son quotidien dans un centre de rééducation à la suite d’un accident dont il a gardé des séquelles, Patients est le premier film de l’artiste, co-réalisé avec Mehdi Idir. Pari réussi ? Notre critique. 


 

Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Deux cents quarante cinq. C’est le nombre de petits carrés sur la grille du néon qui surplombe Ben des heures durant lors de son arrivé dans le lieu aseptisé où il vivra près d’un an. « Je n’avais jamais compté » lui avoue l’infirmière qui s’occupe de lui lors de son transfert au centre de rééducation. Ben peut parler, cligner des yeux, bouger vaguement la tête et les épaules, le reste de son corps n’est plus qu’une masse paralysée. Plongeon dans une piscine trop peu profonde, vertèbres abîmées. Accident classique. Tout comme celui qu’avait vécu le réalisateur de Patients, Fabien Marsaud, plus connu sous son nom de scène : Grand Corps Malade. Dès le début de son premier film, le ton est posé : toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne seraient en aucun cas fortuite.

Ben passe ses journées cloué au lit, voyant défiler le personnel du centre de rééducation, sa famille, les autres patients. Tout un monde qui gravite autour de lui, sur lequel il n’a plus aucune emprise. Un monde composé de personnes dont il dépend infiniment, ayant perdu toute autonomie. Il y a ses parents, qui lui rendent visite quotidiennement, ravalant leurs angoisses et tentant de transmettre un peu de joie de vivre à leur fils qui ne peut plus se déplacer. Il y a Jean-Marie, l’aide-soignant du matin, qui l’assomme à coups d’émissions de télé-achat et de paroles infantilisantes. Frédéric aussi, le kiné, qui s’applique à redonner vie au corps de Ben, rétablissant les connexions entre le cerveau et les membres du jeune homme. La mise en scène de Grand Corps Malade et Mehdi Idir surprend par son inventivité et sert parfaitement le récit et le portrait des différents personnages. Tantôt vive – lorsque la caméra filmant Ben dans un couloir s’éloigne par à coup au rythme de la bande son – tantôt infiniment douce lorsqu’elle s’attarde sur les corps des personnages, la réalisation sert l’ambivalence de cette histoire. Si Patients est un huis clos qui se joue uniquement dans ce centre de rééducation, les travellings, l’enchaînement des plans larges sur les différentes salles font que le spectateur ne se sent jamais enfermé dans ce lieu. Et c’est là tout l’enjeu : présenter ce centre non pas comme une prison, mais comme un tunnel au bout duquel il y a la possibilité d’un progrès et d’une rémission.

 

Copyright Mandarin Production

 

Y’avait surement plusieurs options mais finalement on a opté pour accepter cette position
Trouver un espoir adapté
Alors on va relever les yeux, quand nos regrets prendront la fuite
On se fixera des objectifs à mobilité réduite
Là bas au bout des couloirs, il y aura de la lumière à capter
On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté

« Espoir adapté » – Grand Corps Malade & Anna Kova

Patients, c’est l’histoire d’un coup dans la figure, de l’amputation abrupte d’un projet de vie, d’un coup du destin d’une injustice révoltante. C’est aussi la peinture touchante des liens d’amitiés qui se tissent entre le personnage principal et d’autres patients. Une description du quotidien de cinq amis qui traînent leur passé et leur handicap en cherchant un espoir, un but à leur vie transfigurée par l’infirmité de l’emprise qu’ils ont sur leur corps. Dans ce combat, ils échouent parfois, et s’accrochent, souvent. Interprétés par de jeunes acteurs aussi talentueux qu’inconnus ou de vrais patients du centre, ces personnages sont d’une humanité désarmante. Ils font preuve d’une autodérision constante sur leur situation, comprenant que le rire est finalement le meilleur remède à toute cette galère, cherchant à relativiser leur handicap en le comparant à d’autres. On rit souvent à l’écoute des dialogues, ou des apartés de Ben qui raille le personnel soignant quand des absurdes « Ne bougez pas, je reviens » leur échappent. On sourit aussi, devant les progrès du jeune homme qui se réapproprie son corps dans des efforts qui apparaissent insurmontables. On brûle enfin de connaître l’issue de sa romance avec l’une des patientes du centre.

 

Patients est un film sur la reconstruction, une immersion de deux heures dans un univers que l’on connaît peu, un portrait de personnages auxquels on s’attache complètement. C’est le récit d’un combat, une ode à la vie, la preuve qu’il y a toujours un espoir auquel se raccrocher. Ben ne quittant jamais l’écran, et ayant une histoire somme toute simple mais bouleversée par un accident qui pourrait arriver à chacun d’entre nous, le procédé d’identification est complet, ce qui rend Patients d’autant plus attachant et marquant.

 

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Claire Schmid

Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

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